Rôle des achats dans l’économie circulaire – Natacha Trehan

Natacha Trehan, Experte du management des achats (mais aussi Docteur en sciences de gestion et Maître de conférences à l’Université Grenoble Alpes) publiait début de cette année avec Ivalua un petit fascicule sur l’économie circulaire: « ouvrir de nouvelles voies grâce à la fonction achats » que vous pourrez vous procurer au lien ci-dessous.

Introduction : L’économie circulaire, un changement de paradigme

Le rapport de Natacha Tréhan expose comment l’économie circulaire représente bien plus qu’une simple application des « 3R » (Réduire, Réutiliser, Recycler). Il s’agit d’une restructuration fondamentale de notre système économique, visant à découpler la croissance de l’utilisation des ressources tout en développant le bien-être des individus.

L’auteure souligne que l’économie circulaire s’articule autour de sept domaines clés définis par l’ADEME : l’approvisionnement durable, l’écoconception, les symbioses industrielles, l’économie de la fonctionnalité, la consommation responsable, l’allongement de la durée d’usage, et le recyclage. Cette approche française sert d’ailleurs de base à la future norme internationale ISO/TC323.

Un point crucial mis en avant est que la circularité n’est pas systématiquement vertueuse. Le rapport illustre ce constat à travers des exemples parlants, comme l’envoi d’appareils électroniques usagés au Ghana ou la production de bioplastiques entraînant déforestation et monoculture. C’est pourquoi toute démarche d’économie circulaire doit impérativement intégrer les trois piliers de la responsabilité : social, environnemental et économique.

Pourquoi les Achats sont-ils les premiers de cordée en termes de circularité ?

La fonction Achats apparaît comme un acteur central dans le déploiement de l’économie circulaire pour quatre raisons majeures.

Premièrement, elle contribue significativement à la performance financière. À titre d’exemple, les approches circulaires sur l’eau et l’énergie peuvent générer des économies atteignant 8% du chiffre d’affaires des entreprises européennes. Les produits reconditionnés permettent généralement des économies de 20 à 40% par rapport au neuf.

Deuxièmement, la fonction Achats protège l’entreprise face aux risques réglementaires, notamment dans le contexte du Green Deal européen et de la Corporate Sustainability Reporting Directive. Elle aide également à faire face aux risques d’inflation et de pénuries, particulièrement critiques pour les métaux de la transition énergétique.

« Nous entrons dans une nouvelle ère d’économie de la rareté, caractérisée par un déséquilibre entre les besoins et les ressources produites ou disponibles. »

Troisièmement, elle permet de réduire l’empreinte environnementale tout en favorisant le social. Le passage à une économie circulaire pourrait réduire de 50 à 70% les émissions globales de CO2 et créer 700 000 nouveaux emplois en Europe d’ici 2030.

Enfin, la fonction Achats soutient la transformation du business model de l’entreprise vers des modèles plus circulaires, comme l’illustre l’engagement d’IKEA à produire 100% de produits circulaires d’ici 2030.

Comment les Achats peuvent-ils ouvrir de nouvelles voies ?

Le rapport identifie deux axes majeurs d’action : le redesign de l’amont et la valorisation de l’aval.

Le redesign de l’amont

L’approche amont nécessite une pensée systémique articulée autour de quatre leviers principaux.

Premièrement, l’écoconception apparaît comme la clé de voûte, avec 80% de l’impact environnemental d’un bien ou service déterminé dès sa conception. Le cas de la Direction Achats de BIC illustre parfaitement cette approche : en intégrant l’ingénierie packaging et les achats au sein d’une même organisation, l’entreprise accélère significativement ses projets de révision d’emballages pour atteindre son objectif de 100% de packaging recyclable d’ici 2025.

Deuxièmement, le sourcing d’innovations combine approches high-tech et low-tech. Un exemple marquant est la collaboration entre ON RUNNING et ARKEMA pour développer une chaussure de course haute performance en mono-matériau biosourcé, facilitant ainsi le recyclage.

Troisièmement, l’économie de la fonctionnalité transforme la relation client-fournisseur en privilégiant l’usage à la possession. Le rapport cite l’exemple éloquent du « Water as a service », permettant des économies de 30 à 40% sur la consommation d’eau.

« Nous entrons dans l’ère de la servicisation et de la fin de la possession »

Quatrièmement, l’économie du partage et les symbioses industrielles créent de nouvelles opportunités. La symbiose industrielle de Kalundborg au Danemark illustre parfaitement ce concept, générant des économies annuelles de 24 millions d’euros et évitant 635 000 tonnes d’émissions de CO2.

La valorisation de l’aval

La gestion de l’aval s’articule autour de trois axes principaux :

  1. L’allongement de la durée de vie des produits, comme l’illustre Public Health Wales qui a privilégié la réutilisation et la refabrication pour 94% de son mobilier de bureau, évitant ainsi 41 tonnes de déchets.
  2. La gestion de la fin de vie par le recyclage et la valorisation énergétique, exemplifiée par VICAT qui vise 100% de combustibles de substitution dans ses cimenteries européennes d’ici 2030.
  3. La maîtrise des données tout au long de la supply chain, notamment à travers le futur passeport numérique des produits européen.

Quels changements pour réussir cette transformation ?

Le rapport identifie trois transformations majeures nécessaires :

  1. La création d’organisations Achats « neuronales », favorisant les interactions multiples entre parties prenantes internes et externes.
  2. La reconfiguration des relations clients-fournisseurs, marquée par l’émergence de la coopétition et la sophistication des contrats.
  3. L’évolution de la mesure de performance, intégrant les externalités négatives et le coût social du carbone (estimé à 185 dollars par tonne de CO2).

Conclusion : Vers des Achats régénératifs

Le rapport conclut sur la nécessité de dépasser la simple durabilité pour viser un développement régénératif, créant un impact positif sur les ressources environnementales et sociales tout en générant des bénéfices économiques.

Références principales citées

Le rapport


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