Introduction : Le contexte du « de-risking » européen
Le concept de « de-risking » est devenu un principe organisateur central des relations entre l’Union européenne et la Chine depuis son introduction par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen en mars 2023. Cette approche s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes et de prise de conscience des vulnérabilités européennes.
Le rapport examine minutieusement comment 21 États membres de l’UE et le Royaume-Uni perçoivent et mettent en œuvre ce concept de « de-risking », révélant une grande diversité d’approches nationales.
« Il n’est ni viable ni dans l’intérêt de l’Europe de se découpler de la Chine. Nos relations ne sont pas noires ou blanches – et notre réponse ne peut pas l’être non plus. C’est pourquoi nous devons nous concentrer sur le de-risking, pas sur le découplage. » – Ursula von der Leyen, mars 2023
Les origines du « de-risking » en Europe
Le débat sur les dépendances stratégiques vis-à-vis de la Chine s’est intensifié ces dernières années, catalysé par plusieurs événements majeurs :
- La controverse autour des équipements Huawei dans les réseaux 5G européens en 2019
- La pandémie de Covid-19 qui a mis en lumière la dépendance aux chaînes d’approvisionnement chinoises
- L’invasion russe de l’Ukraine révélant les risques de dépendance énergétique
Le « de-risking » est ainsi présenté comme une alternative au découplage total, visant à gérer les risques tout en maintenant des relations économiques avec la Chine.

La réaction chinoise et ses implications
La réponse de Pékin a évolué d’une acceptation initiale prudente vers une opposition plus marquée. Les autorités chinoises considèrent désormais le « de-risking » comme une forme déguisée de « dé-sinisation », orchestrée sous l’influence américaine.
Cette tension s’est notamment manifestée dans la réaction chinoise au projet européen d’imposer des tarifs sur les véhicules électriques chinois, avec des menaces de représailles visant notamment les exportations européennes de spiritueux et de produits laitiers.
Les différentes approches nationales
Le rapport identifie plusieurs catégories de pays selon leur positionnement :
- Les précurseurs (France, Italie, République tchèque, Danemark, Royaume-Uni) : ayant déjà pris des mesures substantielles avant l’introduction du concept
- Les suiveurs (Suède, Finlande, Lettonie, Belgique, Roumanie) : alignés sur l’approche européenne
- Les adoptants prudents (Autriche, Portugal, Espagne, Irlande) : soutenant verbalement tout en cherchant à ménager les relations avec la Chine
- Les opposants (Hongrie) : rejetant ouvertement l’approche du « de-risking »
Les défis et perspectives
Le rapport souligne plusieurs défis majeurs dans la mise en œuvre du « de-risking » :
- La difficulté de trouver un équilibre entre opportunités économiques et sécurité
- Le besoin de coordination entre États membres
- La nécessité de maintenir la coopération sur des enjeux globaux comme le changement climatique
Conclusion et ressources
Cette étude approfondie du ETNC (European Think-tank Network on China) offre un panorama inédit des différentes approches nationales du « de-risking ». Elle souligne la complexité de la mise en œuvre d’une stratégie européenne cohérente face à la Chine.
Vous avez raison, je vais reprendre la synthèse sur la position française en respectant les consignes de rédaction en texte continu et fluide.
La vision française du « de-risking » : une approche pionnière et systémique
La France occupe une position singulière dans le paysage européen du « de-risking », ayant développé une réflexion sur la sécurité économique bien avant l’émergence des tensions actuelles avec la Chine. Cette anticipation s’inscrit dans une tradition française de pensée stratégique, initiée dès 1994 avec le rapport Martre sur l’intelligence économique, puis approfondie en 2004 par le rapport Carayon sur la stratégie de sécurité économique nationale.
Dans le contexte actuel, l’approche française se distingue par son ambition d’intégrer le « de-risking » dans une stratégie plus large de souveraineté économique. Cette vision holistique s’est notamment concrétisée par la création en 2016 du Service de l’Information Stratégique et de la Sécurité Économique (SISSE), véritable tour de contrôle chargée de protéger les actifs stratégiques de l’économie française.
La particularité française réside dans sa conception du « de-risking » comme une composante d’une politique plus vaste de sécurité économique, transcendant la seule question chinoise. Cette approche s’est cristallisée autour du programme France 2030, une initiative ambitieuse mobilisant 52 milliards d’euros pour renforcer l’autonomie technologique et industrielle du pays. Le cas de la 5G illustre parfaitement cette démarche équilibrée : plutôt qu’une exclusion totale de Huawei, la France a opté pour une limitation à 20% de sa présence dans les infrastructures, conjuguant ainsi impératifs de sécurité et pragmatisme économique.
Au niveau européen, la France joue un rôle moteur dans le développement d’instruments communs de protection économique. Elle a notamment été précurseur dans la promotion du mécanisme européen de filtrage des investissements, dès 2010, bien avant que cette question ne devienne une priorité continentale. Cette influence s’est particulièrement manifestée lors de la présidence française du Conseil de l’Union européenne en 2022, durant laquelle Paris a poussé pour l’adoption de nouveaux outils de défense économique.
Les défis actuels auxquels fait face la stratégie française sont multiples. L’évolution rapide des asymétries technologiques avec la Chine, notamment dans des domaines comme les batteries électriques où la coopération reste nécessaire, impose une réévaluation constante des équilibres. La France doit également naviguer habilement entre les pressions américaines pour un découplage plus radical et son souhait de maintenir un engagement constructif avec Pékin.
Le rapport met en lumière une spécificité française essentielle : la recherche permanente d’un équilibre entre protection des intérêts stratégiques et maintien d’une économie ouverte. Cette position, résumée par Emmanuel Macron comme devant être « exigeante mais engagée » avec la Chine, reflète la complexité d’une approche qui refuse tant le découplage radical que la naïveté économique.
Les perspectives dessinées par le rapport suggèrent que la France devra continuer à affiner sa stratégie, notamment en renforçant ses capacités d’évaluation des risques et en développant des outils de protection plus sophistiqués. L’enjeu sera de maintenir une position autonome dans un contexte de rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine, tout en préservant les intérêts économiques français.
Cette analyse s’appuie sur un corpus riche de documents officiels, rapports gouvernementaux et analyses d’experts, démontrant la profondeur de la réflexion française sur ces enjeux. Pour approfondir la compréhension de cette approche, le rapport recommande notamment la consultation des documents stratégiques France 2030 et des analyses du SISSE sur la sécurité économique.
Pour aller plus loin dans la compréhension de l’approche française du « de-risking », il serait pertinent de consulter également les travaux de l’Institut Montaigne sur l’autonomie stratégique européenne, les analyses de l’IFRI sur les relations Europe-Chine, et les publications du CAPS (Centre d’analyse, de prévision et de stratégie) du Ministère des Affaires étrangères.
Source MERICS
Source Le Monde
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