Minerais – la ruée vers l’Afrique – Episode 1 – Du cuivre au cobalt, la course aux trésors stratégiques du sous-sol de l’Afrique

Sur 3 jours, nous publions une synthèse des 3 premiers volets de l’enquête proposée par le journal Le Monde « Minerais – la ruée vers l’Afrique »
En quelques mots: Dans une série d’articles publiés par Le Monde, le continent africain est placé sous les projecteurs comme l’épicentre d’une nouvelle ruée vers les minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique et numérique mondiale.

L’épisode 1, intitulé « Du cuivre au cobalt, la course aux trésors stratégiques du sous-sol de l’Afrique », pose les bases de cette dynamique en explorant les enjeux géopolitiques, économiques et sociaux liés à l’exploitation des ressources minières du continent. Avec près d’un tiers des réserves mondiales de minerais critiques comme le cobalt, le manganèse ou le graphite, l’Afrique attire les convoitises des grandes puissances, notamment la Chine, qui domine la chaîne de valeur de ces matériaux. Cependant, cette abondance de richesses s’accompagne de défis majeurs : infrastructures défaillantes, corruption, conflits armés et impacts environnementaux.
Demain et après demain:

L’épisode 2, « En Zambie, le coût environnemental ‘abyssal’ de la transition verte », montre les impacts dévastateurs de l’exploitation minière sur les populations locales et l’environnement, notamment dans la région de la Copperbelt, où les émissions toxiques et la pollution des sols menacent la santé et les moyens de subsistance des habitants.

Enfin, l’épisode 3, « En République démocratique du Congo, la mine de coltan de Rubaya condense les problèmes de la région », explore les tensions géopolitiques et économiques autour de la mine de coltan de Rubaya, où les conflits armés et les luttes pour le contrôle des ressources illustrent les enjeux complexes de cette course aux minerais stratégiques.

Episode 1 : Du cuivre au cobalt, la course aux trésors stratégiques du sous-sol de l’Afrique

Robert Friedland, fondateur d’Ivanhoe Mines : « L’Afrique va diriger le monde en termes d’industrie minière. Et pas à la marge, mais largement. »

Un eldorado minier en ébullition

L’Afrique, terre de contrastes et de richesses insoupçonnées, se trouve au cœur d’une nouvelle ruée vers l’or, ou plutôt vers les minerais stratégiques essentiels à la transition énergétique et numérique. Dans un monde en quête de matériaux critiques pour alimenter la révolution des énergies vertes et des technologies avancées, le sous-sol africain attise les convoitises des grandes puissances. Cet épisode 1 de la série publiée par Le Monde observe les enjeux géopolitiques, économiques et sociaux de cette course effrénée, tout en mettant en lumière les défis et les opportunités pour le continent.

1. Un continent aux ressources inestimables

L’Afrique recèle près d’un tiers des réserves mondiales de minerais critiques, tels que le cobalt, le manganèse, le graphite et le platine. Ces matériaux, indispensables pour les batteries des voitures électriques, les panneaux solaires et les infrastructures numériques, sont devenus les nouveaux piliers de l’économie mondiale. La République démocratique du Congo (RDC), par exemple, détient à elle seule 73 % de la production mondiale de cobalt, un métal dont la demande devrait être multipliée par 20 d’ici 2040, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Cependant, cette abondance de ressources n’est pas sans risques. Dans l’est de la RDC, l’exploitation du coltan, un minerai contenant du tantale utilisé dans les produits électroniques, finance en partie les groupes rebelles, comme le M23. Ce lien entre conflits et ressources naturelles illustre les défis complexes auxquels l’Afrique est confrontée.

2. Compétition mondiale pour les minerais stratégiques

La demande mondiale pour les minerais critiques est en pleine explosion. L’AIE prévoit une hausse de 40 % de la demande en cuivre d’ici 2035, en grande partie portée par l’essor des véhicules électriques. Mais cette ruée vers les minerais stratégiques révèle une nouvelle réalité géopolitique : la domination chinoise sur la chaîne de valeur des matériaux critiques. Pékin contrôle une trentaine des cinquante métaux critiques identifiés par l’institut de géologie des États-Unis, et a même commencé à restreindre certaines exportations.

Face à cette hégémonie, les pays occidentaux tentent de rattraper leur retard. Les États-Unis, par exemple, ont fait pression sur la RDC pour empêcher la vente d’actifs miniers à des entreprises chinoises. Cette compétition s’accompagne d’investissements massifs dans les infrastructures, comme le chemin de fer reliant les mines congolaises au port angolais de Lobito, un projet stratégique pour réduire les coûts d’exportation des minerais critiques.

3. Défis de l’exploitation minière en Afrique

L’exploitation des ressources minières en Afrique est semée d’embûches. Les infrastructures défaillantes, les coupures d’électricité fréquentes et les routes en mauvais état augmentent les coûts d’exploitation. De plus, la corruption et l’instabilité politique dans certains pays, comme le Mali ou la RDC, dissuadent les investisseurs. Cependant, certains pays, comme la Zambie, parviennent à tirer parti de leurs richesses minières. Grâce à des investissements dans des raffineries, la Zambie exporte désormais des cathodes de cuivre prêtes à l’emploi, une valeur ajoutée qui lui permet de capter une plus grande part de la chaîne de valeur. D’autres pays, comme le Zimbabwe et le Ghana, ont interdit les exportations de lithium non transformé pour encourager la transformation locale.

4. Bénédiction ou malédiction ?

Ces ressources seront-elles une bénédiction ou une malédiction pour le continent ? L’histoire du pétrole en Afrique, où les richesses naturelles n’ont souvent pas profité aux populations locales, sert de leçon. Pour éviter de répéter les erreurs du passé, les experts insistent sur la nécessité de contrats équilibrés, de lutte contre la corruption et de valorisation locale des ressources.

Des initiatives prometteuses font surface. La RDC, par exemple, rêve de fabriquer ses propres batteries électriques, tandis que le Maroc investit dans des usines de batteries lithium-phosphate. Ces projets visent à créer des emplois et à diversifier les économies locales, tout en répondant à la demande croissante pour les technologies vertes.

5. Avenir incertain mais prometteur

L’Afrique se trouve à un carrefour historique. D’un côté, ses ressources minières représentent une opportunité unique pour transformer son économie et améliorer les conditions de vie de ses populations. De l’autre, les défis liés à l’exploitation de ces ressources sont immenses. La clé réside dans la capacité des pays africains à négocier des contrats équitables, à lutter contre la corruption et à investir dans des infrastructures et des industries de transformation locales.

Comme le souligne Beatrice Mutali, diplomate kényane : « à moins que nous ne soyons plus intelligents et plus stratégiques avec les mines, et que nous apprenions du passé, les immenses ressources que nous avons ne vont pas aider l’Afrique ».

L’avenir du continent repose donc sur sa capacité à tirer parti de ses richesses tout en évitant les pièges du passé.


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