| L’économie, souvent perçue comme une science objective, est en réalité un champ profondément marqué par des idéologies et des intérêts particuliers. Dans cette série d’essais, Katy Shields explore comment l’économie dominante a échoué à répondre aux défis climatiques et environnementaux, et pourquoi elle semble réticente à se réformer. À travers son expérience personnelle et une analyse approfondie, Shields démontre que l’économie, loin d’être une science neutre, est souvent au service d’une vision du monde qui privilégie la croissance économique au détriment de la planète et des sociétés. La série est constituée de 4 parties: 1/4 : Ce que le fait d’avoir (presque) échoué à devenir économiste m’a appris sur l’économie 2/4 – Mon modèle ah-ha 3/4 – Pourquoi les économistes n’écoutent-ils pas ? 4/4 – Points de levier pour la reconquête de l’économie Nous tentons ici d’en synthétiser l’essentiel. |
Une discipline en crise
L’économie se présente comme une discipline rigoureuse, capable de fournir des conseils impartiaux. Pourtant, son histoire révèle une réalité bien différente. Depuis des décennies, elle est dominée par une idéologie fondamentaliste du marché, qui a conduit à des politiques économiques favorisant la croissance à tout prix, souvent au détriment de l’environnement et des populations les plus vulnérables. Cette capture idéologique a des conséquences dramatiques, notamment dans la lutte contre le changement climatique, où les économistes traditionnels peinent à intégrer les limites planétaires dans leurs modèles.
Shields raconte son propre parcours en économie, marqué par un sentiment croissant de déconnexion entre les théories enseignées et la réalité du monde. Elle décrit un système académique où les femmes et les minorités sont sous-représentées, et où les modèles économiques dominants sont souvent déconnectés des enjeux écologiques et sociaux. Cette critique rejoint celle de nombreux économistes hétérodoxes, qui remettent en question les fondements mêmes de la discipline.
Les limites de la croissance : un modèle oublié
Un des points centraux de l’analyse de Shields est l’oubli des travaux pionniers sur Les limites de la croissance, publiés en 1972 par le Club de Rome. Ce rapport, basé sur des modèles de dynamique des systèmes, anticipait les risques d’un effondrement écologique et économique si les sociétés continuaient à privilégier une croissance illimitée. Pourtant, ces avertissements ont été largement ignorés par les économistes traditionnels, qui ont continué à promouvoir des politiques de croissance incompatibles avec les limites planétaires.
Shields explique comment les modèles économiques dominants, comme ceux de William Nordhaus, ont minimisé les risques climatiques en sous-estimant les coûts des dommages environnementaux. Ces modèles, bien que largement critiqués, continuent d’influencer les politiques climatiques mondiales, notamment celles du GIEC. Cette déconnexion entre les modèles économiques et la réalité écologique est l’une des principales failles de l’économie traditionnelle.
L’économie hétérodoxe : une voie alternative
Face à ces échecs, Shields explore les approches hétérodoxes de l’économie, qui offrent des perspectives alternatives pour repenser notre relation à la croissance et à l’environnement. Ces approches, souvent marginalisées, intègrent des dimensions écologiques, sociales et politiques que l’économie traditionnelle ignore. Par exemple, l’économie écologique, fondée par Herman Daly, propose une vision d’une économie stationnaire, où la prospérité est définie non par la croissance, mais par le bien-être dans les limites écologiques de la planète.
Ces approches hétérodoxes, bien que prometteuses, restent peu enseignées et peu intégrées dans les politiques économiques. Shields appelle à une reconquête de l’économie, en intégrant davantage ces perspectives dans l’enseignement, la recherche et les politiques publiques. Elle souligne également l’importance de repenser les objectifs de l’économie, en passant d’une obsession pour la croissance à une quête de prospérité durable.
Les leviers pour un changement
Pour transformer l’économie, Shields identifie plusieurs points de levier. Elle insiste sur la nécessité de repenser les programmes d’enseignement, en intégrant davantage de perspectives hétérodoxes et en favorisant une plus grande diversité parmi les économistes. Elle appelle également à une remise en question des modèles économiques dominants, en particulier ceux qui minimisent les risques climatiques et environnementaux.
Shields propose également de s’inspirer des mouvements comme Beyond Growth ou Doughnut Economics, qui explorent des alternatives à la croissance illimitée. Ces initiatives, bien que encore marginales, montrent qu’il est possible de repenser l’économie de manière plus durable et équitable.
Conclusion : vers une économie réconciliée
L’économie, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, est en crise. Capturée par une idéologie de la croissance, elle peine à répondre aux défis climatiques et environnementaux. Pourtant, des alternatives existent, portées par des économistes hétérodoxes et des mouvements citoyens. En intégrant ces perspectives et en repensant les objectifs de l’économie, il est possible de construire un système plus durable, plus juste et plus résilient.
Les ressources
- Les articles de Katy Shields
- Rapport Meadows / Club de Rome (1972). Les limites de la croissance
- Livre de Kate Raworth – Théorie du Donut, les 7 principes de l’économie de demain – Kate Raworth
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