Baisse à 6,9 % de l’indice de circularité, le nouveau Circularity Gap Report apporte des pistes pour une transition écologique efficace

La circularité mondiale régresse, alors même que les pressions sur les ressources et les écosystèmes s’intensifient. Le Circularity Gap Report 2025 explore les raisons sous-jacentes à cette décroissance en analysant les flux de matières organisés en 3 catégories interconnectées: circulaires, linéaires, et potentiellement linéraires, potentiellement circulaires. L’analyse permet aussi de regarder plus en détail au delà de l’indicateur unique de circularité précédemment utilisé qui tombe à 6,9%, et de regarder en particulier la bioéconomie et les stocks qui ont une influence sur cette chute.

Une économie hors des clous planétaires

Depuis huit ans, les rapports successifs de Circle Economy martèlent une vérité de plus en plus difficile à ignorer : l’économie mondiale consomme toujours plus de ressources, sans égard pour les limites planétaires. En 2023, l’extraction annuelle de matériaux a franchi le seuil symbolique des 100 milliards de tonnes, soit une multiplication par trois en cinquante ans. Pourtant, cette frénésie extractive ne se traduit plus par un mieux-être généralisé : le développement humain plafonne dans les pays riches, tandis que les pays à faibles revenus subissent de plein fouet les externalités de ce modèle.

Le Circularity Gap Report 2025 mesure la part de matériaux secondaires injectés dans l’économie (le Circularity Metric, tombé à 6,9 %), mais ouvre également la boîte noire de la circularité mondiale, en analysant les flux de matières selon trois catégories : circulaires, linéaires, et potentiellement linéraires, potentiellement circulaires (les matériaux stockés dans les infrastructures, bâtiments, machines). Cette approche systémique permet de mieux comprendre où les matières entrent, où elles s’accumulent, et comment elles sortent — souvent sous forme de déchets ou d’émissions.

Le constat : où en est l’économie mondiale ?

Une circularité en recul

Le Circularity Metric, indicateur phare du rapport, poursuit sa chute : de 7,2 % en 2018 à 6,9 % en 2021. En cause ? Une croissance continue de l’extraction de matériaux vierges, qui dilue les progrès relatifs du recyclage. Même si la quantité absolue de matériaux secondaires augmente légèrement, elle est largement dépassée par l’explosion des flux primaires.

« Si nous recyclions tous les déchets actuellement non valorisés, sans réduire la consommation globale, le taux de circularité atteindrait tout au plus 25 %. »

Autrement dit, le recyclage seul ne suffira jamais. Il faut réduire la demande globale de matières, en s’attaquant aux systèmes de production et de consommation eux-mêmes.

Une bioéconomie à double tranchant

Le rapport distingue deux types de biomasse : la biomasse neutre en carbone (21,5 % des flux entrants) et la biomasse carbonée – non neutre en carbone (2,2 %). Cette distinction, fondée sur le bilan carbone, masque des impacts écologiques majeurs : perte de biodiversité, érosion des sols, pollution des eaux. La biomasse n’est pas circulaire par nature. Elle ne le devient que si elle respecte les cycles naturels — carbone, azote, phosphore — et si les nutriments sont restitués aux bons endroits, au bon rythme. Or l’extraction de biomasse a plus que doublé ces derniers 50 ans. Une part disproportionnée des terres de la planète est utilisée pour l’agriculture, en particulier pour les pâturages et les cultures fourragères. Un rééquilibrage de l’utilisation mondiale des terres sera nécessaire pour une économie plus circulaire. La transformation de nos systèmes alimentaires vers des pratiques circulaires, régénératives et des régimes à base de plantes non transformées sera fondamentale pour réduire ces pressions et restaurer les écosystèmes.

Les énergies fossiles

L’utilisation des combustibles fossiles reste élevée et continue d’augmenter, malgré une légère diminution de leur part relative dans l’extraction globale de matériaux. En 2021, les combustibles fossiles représentaient 13,3 % des matériaux utilisés dans l’économie et étaient responsables de 73 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, excluant celles liées à l’utilisation des terres. Ils constituent toujours la principale source d’énergie, représentant 82 % de l’offre totale d’énergie primaire. La transition vers un système énergétique net-zéro permettrait de réduire la dépendance aux combustibles fossiles et de minimiser les impacts environnementaux. Cela nécessite une restructuration systématique de la production d’énergie, des transports et du traitement des matériaux, ainsi qu’une réorientation des flux financiers vers des systèmes décarbonés. L’adoption de principes de conception circulaire, tels que la durabilité et le recyclage, est indispensable pour minimiser le transfert de la charge environnementale.

Les stocks : un gouffre matériel

Près de 38 % des matériaux extraits chaque année sont stockés dans des infrastructures, bâtiments, véhicules ou machines (minéraux non métalliques, métaux et petites quantités de matériaux à base de combustibles fossiles et de biomasse). Ces stocks, s’ils sont bien conçus, peuvent devenir des « mines urbaines » de demain. Mais aujourd’hui, ils sont hautement matériels, peu recyclables, et en croissance rapide. Le poids des stocks a été multiplié par 23 au XXe siècle. D’ici 2050, la population urbaine augmentera de 2,5 milliards de personnes, nécessitant une expansion massive des infrastructures. C’est une opportunité pour les pays concernés d’intégrer les principes de l’économie circulaire à grande échelle pour éviter les modèles non durables adoptés par d’autres pays, pays qui devraient se concentrer sur l’augmentation de la durée de vie des actifs existants.

Le bulletin de santé de la circularité mondiale

Le rapport propose un tableau de bord à 11 indicateurs principaux, chacun décliné en sous-indicateurs. En voici un aperçu :

  • Matériaux secondaires : 6,9 % des flux entrants, dominés par les déchets de construction (49,6 %) et les déchets industriels (44 %). Les déchets municipaux ne représentent que 3,8 %.
  • Biomasse neutre en carbone : 21,5 % des flux entrants, mais extraction en hausse constante. L’agriculture occupe 50 % des terres habitables, dont 80 % pour l’élevage, qui fournit pourtant une faible part des calories mondiales.
  • Fossiles pour l’énergie : 13,3 % des flux entrants, responsables de 21,6 % des flux sortants (émissions). Malgré les efforts, les émissions mondiales atteignent 53 Gt CO₂e, bien au-dessus des 28,4 Gt nécessaires pour rester sous 1,5 °C.
  • Matériaux vierges non renouvelables : 18,1 % des flux entrants, 28,6 % des flux sortants. Ce sont les déchets non valorisés, souvent lourds, peu recyclables (roches, sols, déchets miniers).
  • Ajouts nets aux stocks : 38 % des flux entrants. Les matériaux sont « gelés » pour des décennies, retardant leur retour dans le cycle.

Cinq leviers stratégiques pour améliorer la circularité et fermer la boucle

Réduire la demande globale de ressources

Le rapport souligne la nécessité de promouvoir la sobriété, l’efficacité et la conception circulaire pour réduire la demande globale de ressources. Cela implique de repenser les systèmes de production et de consommation afin de minimiser l’extraction et l’utilisation des ressources. En adoptant des principes de conception circulaire, en optimisant la durée de vie des produits et des composants, et en favorisant l’utilisation de matériaux recyclés, les gouvernements et les entreprises peuvent contribuer à réduire la pression sur les ressources naturelles.

Rendre la bioéconomie réellement durable

La bioéconomie doit être repensée pour respecter les cycles naturels et limiter l’utilisation de la biomasse à ce qui peut être régénéré. Cela implique de minimiser les impacts environnementaux de l’extraction de la biomasse, de prévenir la dégradation des terres et de maximiser la valeur de la biomasse par des pratiques de cascading. En adoptant des pratiques agricoles régénératives et en favorisant les régimes à base de plantes non transformées, il est possible de réduire les pressions sur les écosystèmes et de restaurer les terres dégradées.

Optimiser les stocks

Les stocks, qui représentent une part importante des matériaux utilisés dans l’économie, doivent être optimisés pour réduire la demande en ressources à long terme. Cela implique de minimiser la croissance des nouveaux stocks, en particulier dans les pays à revenu élevé, et de maximiser la durée de vie des actifs existants. En intégrant des principes de conception circulaire dès la construction des infrastructures, il est possible de réduire la dépendance aux ressources vierges et de favoriser le recyclage des matériaux.

Accélérer la transition énergétique

La transition vers un système énergétique net-zéro est cruciale pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles et atténuer les impacts environnementaux. Cela implique de restructurer systématiquement la manière dont nous alimentons les transports, générons de l’électricité et traitons les matériaux. En réorientant les flux financiers des subventions vers des systèmes décarbonés basés sur l’électricité et alimentés par des sources renouvelables, il est possible de réduire la dépendance aux combustibles fossiles et de minimiser les impacts environnementaux.

Réduire les déchets non valorisés

La gestion des déchets non valorisés est un défi majeur pour l’économie circulaire. En améliorant les infrastructures de collecte et de tri, et en développant des filières de recyclage à haute valeur ajoutée, il est possible de réduire la quantité de déchets non valorisés. Cela implique de minimiser la génération de déchets difficiles à gérer et de maximiser la récupération des matériaux à haute valeur ajoutée. En adoptant des principes de conception circulaire et en améliorant les infrastructures de gestion des déchets, il est possible de réduire les impacts environnementaux et de favoriser une économie plus circulaire et durable.

Gouvernements et entreprises : rôles et responsabilités

Gouvernements : architectes du changement

Les États doivent créer les conditions économiques et réglementaires pour que la circularité devienne la norme. Cela implique :

  • Des objectifs clairs et mesurables sur l’usage des ressources.
  • Une fiscalité écologique qui pénalise le linéaire et soutient le circulaire.
  • Une coopération internationale pour gérer les flux de matières à l’échelle mondiale.
  • La création d’une Agence internationale des matériaux, chargée de fournir des données, des indicateurs et des recommandations.

Entreprises : catalyseurs de solutions

Les entreprises ont tout à gagner à anticiper la transition :

  • En mesurant leur circularité avec des outils comme le Global Circularity Protocol.
  • En investissant dans des modèles circulaires : éco-conception, logistique inverse, services plutôt que produits.
  • En collaborant dans les chaînes de valeur pour mutualiser les efforts et partager les innovations.

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