Mon opinion personnelle : la géopolitique, nouveau territoire d’expansion de la RSE
Les directions RSE françaises se trouvent aujourd’hui à un tournant historique et pourtant attendu.
Les risques d’approvisionnement, de pénuries de ressources, de disruption des chaînes logistiques étaient déjà appréhendés sous l’angle environnemental, climatique ou de l’épuisement des ressources naturelles. La géopolitique vient désormais s’insérer comme un facteur de choc supplémentaire, profondément imbriqué dans cette polycrise systémique que vivent nos sociétés. Lorsqu’une guerre en Ukraine bouleverse les circuits énergétiques européens, lorsque les tensions sino-américaines fragmentent les chaînes technologiques, ou lorsque les sanctions économiques redéfinissent les périmètres du commerce international, ces dynamiques entrent dans le champs directe des fonctions RSE. En effet, les enjeux de durabilité, de résilience et de souveraineté économique forment désormais un continuum indissociable. Les directions RSE, habituées à naviguer dans la complexité des interdépendances environnementales et sociales, possèdent paradoxalement les compétences méthodologiques pour appréhender ces nouveaux risques géopolitiques. Leur capacité à penser en systèmes, à cartographier les impacts indirects, à anticiper les effets de cascade, constitue un atout précieux pour intégrer la géopolitique dans leur spectre d’analyse et d’action.
| En quelques mots : L’ère de l’innocence économique française touche à sa fin. Le 1er Baromètre Géopolitique & Business de l’ESSEC révèle une transformation radicale : 97% des dirigeants d’entreprises françaises ont déjà subi les conséquences directes des chocs géopolitiques, mais seuls 4% ont solidement intégré ces risques dans leur stratégie. Cette dissonance massive est moins une négligence qu’un état de sidération collective face à l’avènement de la post-mondialisation, où les logiques de puissance instrumentalisent désormais les interdépendances économiques. Trois menaces redéfinissent l’environnement concurrentiel européen : la prédation économique américaine qui exploite la dépendance énergétique européenne au gaz liquéfié (47% des importations) pour imposer des conditions léonines ; la persistance d’une menace russe qui maintient l’Europe dans une vulnérabilité structurelle malgré des sanctions partiellement contournées ; l’hyper-pénétration chinoise qui, forte d’un déficit commercial européen doublé en six ans (300 milliards d’euros), prépare une réintégration forcée de Taïwan aux conséquences économiques cataclysmiques. C’est une brutalisation du monde dans laquelle l’attentisme entrepreneurial français montre son inadéquation : 59% des dirigeants déclarent qu’ils s’en remettraient à des instructions extérieures en cas de choc majeur, tandis qu’un dirigeant sur cinq s’avoue totalement impréparé. |
La ressource
🔗 Essec – 2025-09 – Baromètre Géopolitique & Business
Sommaire
Introduction – La fin de l’innocence économique
L’Institut Géopolitique & Business de l’ESSEC a confié à OpinionWay une enquête auprès de 100 dirigeants d’entreprises françaises de plus de 250 salariés pour comprendre la transformation profonde d’un monde économique où la géopolitique est devenue une réalité quotidienne qui concerne maintenant directement les conseils d’administration.
97% des dirigeants confirment que leurs entreprises ont déjà subi les conséquences directes des chocs géopolitiques. Cette quasi-unanimité marque la fin d’une époque où les tensions internationales demeuraient confinées aux sphères diplomatiques. Désormais, elles pénètrent directement les comptes de résultat, bouleversent les chaînes d’approvisionnement et transforment la cybersécurité en enjeu stratégique majeur.
Malgré cette prise de conscience généralisée, la majorité des dirigeants demeure dans une posture attentiste, privilégiant l’attente de directives externes plutôt que l’amorce d’une transformation organisationnelle profonde. Cette passivité révèle un état de sidération face à la démultiplication et l’aggravation simultanées des risques géopolitiques.
L’Institut identifie ainsi un double défi : renforcer les capacités d’anticipation stratégique des entreprises tout en leur donnant les moyens d’agir de manière plus autonome et réactive. Il montre le besoin urgent d’une mutation organisationnelle permettant aux entreprises françaises de transformer leur vulnérabilité géopolitique en avantage concurrentiel. Et la réflexion est plus large: la nécessité d’une adaptation du capitalisme français à l’ère de la post-mondialisation, où les logiques de puissance redéfinissent les règles du jeu économique.
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