L’Or Noir – Du « don de Dieu » à l’excrément du diable – Podcast France Inter avec Matthieu Auzanneau

Synthèse du podcast de France Inter avec Matthieu Auzanneau, en 6 épisodes, issu de l’émission En 6 dates clés – Mars 2026 – Pétrole, anatomie d’une malédiction

En quelques mots

Pétrole, anatomie d’une malédiction est une fresque historique et géopolitique en six épisodes, animée par Thomas Snégaroff avec l’expert Matthieu Auzanneau, auteur de l’ouvrage de référence Or Noir. À travers six dates clés, cette série explore comment l’or noir est devenu le levier de domination ultime et le moteur des grands conflits mondiaux.
De la première ruée vers l’or noir en Pennsylvanie en 1859 jusqu’aux tensions extrêmes autour de l’Iran en 2026, Matthieu Auzanneau décrypte la dimension physique de la puissance : l’idée que le destin des nations dépend avant tout de leur accès à l’énergie. Le récit traverse les moments fatidiques du XXe siècle — du cartel secret des « Sept Sœurs » en 1928 à la création de l’OPEP, en passant par les batailles stratégiques de Stalingrad et de Pearl Harbor, jusqu’aux guerres du Golfe et au choc pétrolier de 1973.
Ce podcast propose aussi au travers de cette histoire une réflexion profonde sur nos dépendances. Il présente la transition énergétique non seulement comme une urgence climatique, mais comme un impératif de souveraineté pour échapper à un système post-impérialiste violent et aux limites physiques de la croissance. C’est une invitation à comprendre comment l’humanité a prospéré grâce aux « énergies faciles » et pourquoi inventer un monde post-carbone constitue désormais le plus grand défi de notre civilisation.

La ressource

🔗 Podcast de France Inter avec Matthieu Auzanneau, en 6 épisodes, issu de l’émission En 6 dates clés – Mars 2026 – Pétrole, anatomie d’une malédiction
🔗 Livre : Or noir – La grande histoire du pétrole – Matthieu Auzanneau

Sommaire

Synthèse visuelle

1859 : Et le pétrole jaillit

Le pétrole n’est pas une découverte de 1859. Le bitume était déjà exploité pour cimenter la tour de Babel et imperméabiliser les canaux d’irrigation en Mésopotamie dès l’époque de Babylone. Marco Polo, en route vers la Chine, avait observé près de Bakou (mer Caspienne) des chameaux chargés de bitume utilisé comme onguent. Avant le puits de Drake, des exploitations existaient déjà à Bakou et même en France.

Matthieu Auzanneau précise qu’Edwin Drake n’avait pas d’intuition géniale particulière. Il y avait déjà dans la région des puits de sel qui produisaient du pétrole comme coproduit dès les années 1840. Le tournant de 1859 réside dans le fait que, pour la première fois, le pétrole est exploité pour lui-même. C’est une question de conjonction historique : les États-Unis sont à la veille de leur essor industriel et de la guerre de Sécession et ont besoin d’une source de lumière abondante.

L’apport initial majeur du pétrole est l’abondance. Avant cela, disposer d’une lumière pure était un privilège aristocratique utilisant le spermaceti (huile extraite du cerveau des cachalots, évoquée dans Moby Dick), surnommé « l’huile des rois ». Cette ressource était rarissime et était trop chère, elle nécessitait en effet des campagnes de pêche de plusieurs années. En un jour, le puits de Drake produisait l’équivalent de plusieurs années de campagne d’un baleinier.

Matthieu Auzanneau insiste sur le fait que le pétrole est d’abord une source de lumière, puis un lubrifiant pour les machines – remplaçant les huiles animales ou végétales – , et seulement tardivement une source d’énergie avec l’invention du moteur à explosion au début du XXe siècle. John D. Rockefeller, qui a bâti la première fortune des États-Unis, était avant tout un raffineur et non un producteur. Il se targuait de n’avoir aucun chimiste parmi ses employés et utilisait des techniques antédiluviennes héritées du traitement des graisses animales (suif). Pour lui, cette matière qui remontait par sa propre pression naturelle était littéralement un « don de Dieu ».

L’idée de malédiction n’apparaît pas immédiatement. Elle est précédée d’une forme d’hubris (orgueil démesuré), déjà raillée dans des poèmes de l’empire abbasside à propos de l’exploitation du bitume. Elle devient manifeste lorsque le pétrole commence à alimenter les machines de guerre. Auzanneau cite les temples du feu zoroastriens de Bakou pour illustrer cette « épreuve du feu » qui marquera le XXe siècle, notamment à travers Stalingrad et le partage de la Mésopotamie.

Le partage du monde

Contrairement à une idée reçue, le premier grand accord mondial sur le pétrole ne naît pas d’une pénurie, mais de sa surabondance. Les patrons des grandes compagnies anglo-saxonnes (les futures « Sept Sœurs ») se réunissent secrètement au château d’Aknakari en Écosse pour éviter que la concurrence acharnée et la profusion de ressources (découvertes aux États-Unis, à Bakou, en Iran et en Irak) ne fassent s’effondrer les prix et ne les ruinent. Ils créent un cartel pour contingenter la production et se partager les marchés géographiques et le marketing. Le pétrole devient le pilier du capitalisme et la source de profits la plus importante de l’histoire humaine.

Ce cartel fige le rapport de force en faveur des compagnies américaines (ExxonMobil, Chevron) et britanniques (BP, Shell). Un personnage clé, Calouste Gulbenkian, surnommé « Monsieur 5 % », joue les intermédiaires dans le dépeçage de l’ancien Empire ottoman. Grâce à sa connaissance des arcanes de la région, il s’assure systématiquement 5 % du gâteau pétrolier de Mésopotamie dans chaque négociation.

Auzanneau indique que la puissance n’est pas qu’une notion politique, elle est physique. Il rappelle qu’en physique, un Watt égale un Joule par seconde ; ainsi, la puissance économique ou militaire d’une nation est la mesure exacte de son accès à l’énergie – elle est directement proportionnelle à son accès à l’énergie. Le président américain Calvin Coolidge l’avait pressenti dès les années 1920 en affirmant que le contrôle du pétrole serait décisif pour la « suprême nation ».
Pour Auzanneau, les grands mouvements de la Seconde Guerre mondiale sont ordonnés autour de l’accès au pétrole.

  • Pearl Harbor : Pour la marine impériale japonaise, l’enjeu était d’écarter la flotte américaine afin de saisir le pétrole des Indes néerlandaises (Indonésie). Le Japon était alors totalement dépendant du pétrole de Californie, et l’embargo décidé par Roosevelt a agi comme un déclencheur inévitable de la guerre.
  • Stalingrad : L’objectif stratégique de Hitler n’était pas seulement symbolique. En lançant l’opération Barbarossa, il visait deux sources d’énergie : les céréales ukrainiennes (énergie humaine) et surtout le pétrole de Bakou (énergie mécanique). Stalingrad était la clé pour verrouiller l’accès à la mer Caspienne.
    L’issue du conflit a été déterminée par la réalité physique : les Alliés disposaient de sources abondantes (États-Unis, Bakou, Oural), tandis que l’Axe (Allemagne et Japon) en a été privé. Matthieu Auzanneau souligne que « la nature parle » dans cette histoire et que des règles physiques s’imposent au destin des nations, l’accès à l’énergie étant le verrou ultime de toute volonté de puissance humaine.

L’OPEP ou le pétrole comme contre-pouvoir ?

En 1960, les pays producteurs créent l’OPEP pour faire pièce au cartel des « Sept Sœurs » qui contrôlaient alors le marché mondial. Un personnage clé, l’Italien Enrico Mattei (créateur de l’ENI), a popularisé ce terme de « Sept Sœurs » en tentant de s’infiltrer dans leurs chasses gardées. Mattei est mort dans des circonstances suspectes, probablement assassiné pour avoir tenté de sortir l’Italie de la vassalisation américaine en négociant directement avec l’Iran, l’URSS ou le FLN algérien.

L’un des fondateurs de l’OPEP, le Vénézuélien Juan Pérez Alfonso, est décrit comme un tiers-mondiste et un écologiste sincère. Il voyait le pétrole comme un trésor à utiliser avec parcimonie pour permettre au Sud de se développer. Constatant les effets délétères du pétrole sur la société (corruption, népotisme), il a forgé l’expression célèbre : « le pétrole c’est l’excrément du diable » à cause de la corruption qu’il génère.

Pendant les années 1960, l’OPEP reste impuissante car le pétrole est trop abondant ; c’est un marché contrôlé par la demande. Tout change en 1970, date à laquelle la production de pétrole conventionnel aux États-Unis (Texas, Oklahoma, Louisiane) entre en déclin inexorable. Pour Matthieu Auzanneau, ce seuil n’est pas un phénomène économique mais un fait purement écologique (le tarissement) que l’ingénierie ne peut enrayer. Ce déclin de la première puissance pétrolière mondiale de l’époque offre soudainement à l’OPEP un pouvoir de marché réel.

L’auteur avance que le choc de 1973 n’a pas été uniquement un coup de force arabe lié à la guerre du Kippour. En réalité, les États-Unis et les « Sept Sœurs » avaient un besoin vital d’un prix du baril plus élevé pour rendre rentable l’exploitation de gisements complexes et coûteux, comme ceux de l’Alaska ou de la mer du Nord.

Plusieurs éléments soutiennent cette thèse :

  • Le rôle du Shah d’Iran : Meilleur allié des Américains dans la région et proche d’Israël, c’est lui qui, le 23 décembre 1973, impose l’augmentation massive des prix lors d’une conférence de presse à Téhéran, expliquant qu’un pétrole cher est nécessaire pour développer de nouvelles formes d’énergie.
  • La diplomatie de Kissinger : Selon le Shah et d’autres sources, Henry Kissinger aurait encouragé ce renchérissement du baril.
  • Les intérêts américains : En laissant les prix monter, Washington rendait enfin rentable l’exploitation de pétroles plus difficiles et coûteux, comme ceux de l’Alaska ou de la mer du Nord, permettant à l’Amérique de maintenir sa suprématie énergétique face à l’Europe et au Japon. Dès janvier 1974, l’exploitation de la mer du Nord commence, le prix élevé du baril permet enfin de couvrir les coûts de production dans cet environnement difficile.

En résumé, le choc de 1973 marque la fin d’une ère d’énergie facile et bon marché, et le début d’une période où la géopolitique est dictée par les limites physiques des ressources.

1991, la guerre pour l’or noir

Puisque la production américaine décline inexorablement depuis 1970, les États-Unis doivent impérativement porter leur regard vers le golfe arabo-persique, qui recèle les ressources les plus amples de la planète hors de leur territoire. Pour Matthieu Auzanneau, tout le surinvestissement militaire américain dans cette région est inscrit dans cette fatalité géologique. La stratégie américaine devient alors celle du « diviser pour mieux régner ».

Puisque l’Iran et l’Irak sont les deux puissances majeures de la région assises sur ce cœur énergétique mondial, l’Amérique de Reagan va s’employer à les affaiblir mutuellement durant la guerre Iran-Irak. L’objectif est qu’aucune nation locale ne domine ce « cœur de l’économie mondiale ».

  • L’Irangate : Bien que l’Iran de Khomeini soit officiellement l’ennemi juré, l’armée américaine le ravitaille secrètement en pièces détachées et munitions. L’objectif est d’empêcher l’effondrement de l’armée iranienne face à Saddam Hussein.
  • Le soutien à Saddam : En parallèle, lorsque l’Irak est en difficulté en 1983, Donald Rumsfeld se rend à Bagdad. Les États-Unis « encouragent » alors l’utilisation massive de l’arme chimique par les Irakiens pour rétablir l’équilibre (les circuits d’avitaillement proviennent d’Europe et des Etats-Unis, avec leur aval). Cette manipulation des deux camps vise à s’assurer qu’aucune puissance locale ne prévale, permettant ainsi aux États-Unis de rester le « dominium ultime » sur le système sanguin de l’économie mondiale.

Le point de départ de la guerre du Golfe est l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, peut-être provoqué par des forages obliques koweïtiens sous la frontière irakienne. Si les États-Unis interviennent massivement pour libérer le Koweït, ils prennent la décision surprenante de ne pas destituer Saddam Hussein malgré la déroute de son armée. Selon Auzanneau, ce choix relève d’une logique stratégique précise :

  • Justifier la présence militaire : Laisser Saddam en place permet de justifier l’installation de bases militaires permanentes dans la région.
  • L’embargo comme arme : Cela permet d’instaurer un embargo dévastateur (pétrole contre nourriture) qui durera jusqu’en 2003, maintenant l’Irak sous un contrôle américain strict au prix de centaines de milliers de morts civiles.

Cette période inaugure ce que l’auteur appelle une stratégie cauchemardesque pour asseoir la domination sur le golfe Persique. C’est la réhabilitation de la « diplomatie de la canonnière » : on affaiblit les régimes locaux pour sécuriser le mode de vie des Américains, car celui-ci repose entièrement sur le contrôle des flux d’énergie. Pour Auzanneau, cette logique de l’homme fou (« method to the madness ») se poursuit de Reagan jusqu’à Trump, réinventant sans cesse des techniques impérialistes pour dominer la première source d’énergie mondiale.

La guerre des pétrodollars

Matthieu Auzanneau explique que la puissance américaine repose sur « deux pattes » : le pétrole et le dollar. Le fait que le pétrole soit libellé et échangé en dollars oblige tous les pays du monde à stocker cette monnaie en réserve de change. Cela permet aux États-Unis de maintenir un déficit permanent sans que leur monnaie ne s’effondre, car la demande mondiale de dollars reste soutenue par la nécessité d’acheter de l’énergie. Pour l’auteur, croissance économique et consommation d’énergie sont proportionnelles : le dollar et le joule sont les deux facettes d’un même phénomène de puissance.

L’auteur récuse les versions officielles de l’invasion de 2003. Si le prétexte des armes de destruction massive est jugé fallacieux, celui de la menace de Saddam Hussein de vendre son pétrole en euros est également considéré comme mineur vu les faibles volumes irakiens. La véritable cause est le contrôle stratégique de la plus belle source d’énergie au monde pour assurer la domination américaine sur le golfe Persique.

  • Des aveux de haut niveau : Alan Greenspan (ex-patron de la Fed) et le général Abizaid ont admis que la guerre était liée au pétrole.
  • Une administration de pétroliers : L’administration Bush (Bush, Rice, Cheney) était composée de dirigeants issus de l’industrie pétrolière.
  • Halliburton et Dick Cheney : Avant d’être vice-président, Dick Cheney dirigeait Halliburton (géant des services pétroliers) et avait désigné le Moyen-Orient comme le « trésor ultime » dès 1999.
  • Un plan de domination : Des plans de découpage de l’Irak et de construction de 80 bases militaires permanentes étaient prévus pour transformer le pays en un domaine sous contrôle américain, verrouillant ainsi l’accès aux ressources irakiennes et iraniennes.

Cependant, une nouvelle limite physique est franchie en 2008 : c’est le pic mondial de la production de pétrole conventionnel. Ce pétrole liquide, facile à extraire et extrêmement rentable, a atteint son maximum historique. Depuis cette date, il est de plus en plus difficile et coûteux de remplacer les barils perdus par le déclin des champs existants (mer du Nord, Afrique, Arabie Saoudite).

Auzanneau lie directement la crise financière de 2008 à cette limite. La rareté du pétrole a fait exploser les prix (147 dollars le baril), provoquant une inflation que les banques centrales ont tenté de contrer en augmentant les taux d’intérêt, ce qui a fait éclater la bulle des subprimes.

Pour éviter l’effondrement de l’économie mondiale après 2008, les banques centrales ont injecté massivement des liquidités (quantitative easing). Cet argent a permis de financer l’essor industriel du pétrole de schiste aux États-Unis. Bien que ce pétrole soit « non conventionnel » (plus difficile à extraire et moins rentable), il a permis aux États-Unis de compenser le déclin du pétrole conventionnel et de redevenir, temporairement, le premier producteur mondial, et repoussant ainsi l’échéance.

2026, l’or noir sous pression

Après le déclin entamé en 1970, les États-Unis sont redevenus les premiers producteurs mondiaux après 2008 grâce à l’essor du pétrole de schiste. Ce renouveau leur a permis de réhabiliter la « diplomatie de la canonnière » : une technique impériale consistant à faire pression sur les ports exportateurs pour imposer ses conditions ou installer un dirigeant affaibli, comme ils l’ont fait avec succès au Venezuela. Sur l’ensemble du continent américain, ils contrôlent désormais, directement ou indirectement, la moitié de la production et des réserves mondiales.

Le conflit avec l’Iran est décrit comme une « farce » tragique où Trump a sous-estimé la géographie. Si l’Iran n’a jamais fermé le détroit d’Hormuz durant la guerre des tankers il y a 40 ans, il s’y prépare depuis lors. Ce détroit est la « carotide de l’économie mondiale » par laquelle passent 20 % des flux de pétrole et de gaz. Une fermeture risquerait de provoquer une apoplexie économique globale. Le bombardement israélien du principal champ gazier iranien est d’ailleurs considéré comme un casus belli sans retour.

Un changement majeur s’est opéré : la Chine est devenue le premier importateur mondial, réussissant le tour de force d’être l’amie de tous les pays du Golfe (Saoudiens et Iraniens) pour garantir sa stabilité énergétique. À l’inverse, les États-Unis, étant redevenus exportateurs, ont moins besoin du pétrole du Golfe pour leur consommation, mais cherchent à en garder le contrôle pour rester la puissance mondiale ultime.

L’Europe est dans une situation critique. Sa production en mer du Nord décline depuis 2000. Entre l’annexion de la Crimée (2014) et l’invasion de l’Ukraine (2021), l’Union Européenne a augmenté sa consommation de gaz de 20 % pour compenser la fermeture du nucléaire allemand et pallier l’intermittence des renouvelables. Aujourd’hui, privée du gaz russe bon marché par pipeline, elle est forcée d’importer du gaz liquéfié par bateau, beaucoup plus cher, en provenance des États-Unis et du Qatar. Cette situation entraîne une récession industrielle et une forme de vassalisation économique.

Auzanneau explique que le pétrole a dominé le XXe siècle parce qu’il cumule des propriétés physiques incroyables. C’est une source d’énergie abondante, facile à exploiter et à transporter, qui remonte souvent sous sa propre pression.

  • Puissance économique et militaire : Il existe une relation proportionnelle entre la croissance de la production d’énergie et la croissance économique. En physique, la puissance (Watt) est la mesure de l’énergie consommée par seconde. Ainsi, les nations qui ont eu accès à cette « énergie facile » ont pu bâtir leur puissance militaire et leur mode de vie.
  • Le sang du système : Il compare l’énergie au système sanguin d’un organisme : celui qui contrôle le pétrole contrôle le flux de nutriments de l’économie mondiale.
    Auzanneau souligne que toutes les alternatives au pétrole ont un point commun : elles sont plus compliquées.
  • Les énergies fossiles ont permis une croissance « facile ». Passer à un monde post-carbone ne consiste pas simplement à changer de carburant, mais à apprendre à fonctionner différemment. Cela nécessite une rupture de modèle, pourtant nécessaire.
  • Il rejette l’idée que le gaz naturel soit une étape de transition « facile », soulignant que son bilan carbone (notamment le gaz liquéfié par bateau) peut être pire que celui du charbon. Inventer une société sans pétrole est donc un véritable défi de civilisation car tout notre système a été conçu pour l’abondance fossile.

Pour Auzanneau, rester dépendant du pétrole, c’est rester prisonnier d’un « post-impérialisme cauchemardesque ».

  • Éviter la vassalisation : Il cite l’exemple de l’Europe, dont l’industrie est entrée en récession depuis 2022. Après avoir épuisé ses propres ressources (mer du Nord), elle est devenue dépendante du gaz russe, puis a été contrainte d’acheter du gaz américain ou qatari très cher. Cette dépendance conduit à une vassalisation économique.
  • Le jeu de la canonnière : Tant qu’une nation dépend du pétrole, elle est soumise à la « diplomatie de la canonnière » des grandes puissances productrices (comme les États-Unis de Trump au Venezuela ou en Iran). Elle est aussi vulnérable au moindre blocage de détroit stratégique, comme celui d’Hormuz, qui peut provoquer une apoplexie de l’économie mondiale en un instant.
  • La réduction du gâteau : La géostratégie actuelle est marquée par les limites physiques de la croissance : le « gâteau » pétrolier mondial se réduit depuis le pic de 2008, alors que le nombre de pays essayant de se le partager augmente.
    En conclusion, l’écologie politique de Matthieu Auzanneau est une stratégie de libération. Réussir la transition bas carbone permet à une nation de sortir d’un jeu géopolitique violent qui « nous entraîne par le fond » et de retrouver une véritable indépendance face aux contraintes géologiques de la planète.

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