La convergence des crises – quand le néolibéralisme mute en autoritarisme

Synthèse du rapport de TNI – 2026-02 – Fascism – State of Power 2026

En quelques mots

Ce rapport annuel du Transnational Institute (TNI) brosse certes un inventaire des dérives autoritaires. Mais au-delà, il propose et coordonne une convergence de regards experts – chercheurs, activistes et analystes de terrain – pour disséquer le fascisme et montrer qu’il ne s’agit pas d’une rechute historique, mais bien d’une infrastructure de pouvoir émergente. Cette œuvre collective vise à percer le blindage technologique et rhétorique des nouvelles droites pour révéler un dessein commun : la sécurisation (brutale) du capitalisme face aux limites planétaires. Cette poussée autoritaire globale agit comme un mécanisme de survie pour une classe milliardaire déconnectée, prête à sacrifier les droits humains et la démocratie sur l’autel de la sécurisation des ressources face à l’effondrement climatique. La convergence entre l’extractivisme prédateur, la surveillance algorithmique et la rhétorique de l’exclusion dessine un futur où le « canot de sauvetage » devient l’unique horizon politique d’une élite mondiale cherchant à pérenniser ses privilèges dans un monde fini.

En reliant l’extractivisme indien, le techwashing israélien, le néo-nativisme européen et le suprémacisme de la Silicon Valley, l’ouvrage démontre que la fragmentation du monde est en réalité une stratégie cohérente de gestion de la crise globale par l’exclusion. Le but de ce travail est d’armer les décideurs d’une lucidité nouvelle : celle de comprendre que la lutte contre l’autoritarisme est indissociable d’une refonte radicale de nos modèles économiques et de nos dépendances technologiques.

La ressource

🔗 TNI – 2026-02 – Fascism – State of Power 2026

Sommaire

Canots de sauvetage, steampunk et colonialisme : le fascisme au présent

Le fascisme contemporain ne se laisse pas enfermer dans les grilles de lecture du siècle dernier ; il s’affirme comme une dynamique mouvante, un processus de domination qui s’engouffre dans les brèches béantes des démocraties électorales en crise. Plutôt qu’un retour nostalgique aux chemises brunes, Alberto Toscano et Harsha Walia identifient une métamorphose vers une politique de survie de type « canot de sauvetage » (lifeboat), où l’angoisse de la catastrophe climatique sert de catalyseur à une exclusion violente des plus précaires. Ce nouveau visage de l’autoritarisme s’enracine dans une continuité coloniale profonde, recyclant les structures de suprématie raciale et patriarcale pour répondre à l’épuisement du modèle néolibéral.

Dans ce paysage de stagnation capitaliste où les promesses d’abondance se sont évaporées, le fascisme offre un « salaire psychologique » aux classes moyennes et populaires déclassées : le sentiment de supériorité et le spectacle de l’humiliation d’autrui – migrants, usagers de drogues ou minorités de genre – en compensation d’une dégradation matérielle irréversible. Cette stratégie de « somme nulle » transforme la détresse sociale en une adhésion à des politiques de sécurisation identitaire. Le pouvoir ne promet plus la prospérité pour tous, mais la protection exclusive d’un groupe restreint, transformant l’État en une forteresse gérée selon une logique darwinienne brutale.

L’alliance entre les élites économiques et ces mouvements autoritaires n’est pas un accident de parcours mais une convergence d’intérêts face à la contestation sociale croissante. Nous assistons à l’émergence d’une classe de milliardaires – les Musk, Bezos ou Ambani – qui exercent un pouvoir politique personnalisé à l’échelle planétaire, capables d’influencer des élections ou de neutraliser des infrastructures stratégiques selon leurs propres obsessions idéologiques. Ce « fascisme de plateforme » s’appuie sur une petite bourgeoisie radicalisée (propriétaires de commerces, entrepreneurs locaux) qui voit dans l’autoritarisme un rempart contre la régulation et la redistribution.

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