Économie et nature : Leçons du rapport Dasgupta

🔶 Le rapport « Dasgupta » a été commandé au Professeur Sir Partha Dasgupta en 2019 par le UK treasury, et publié avant la Convention sur le diversité biologique de Chine, pour permettre de préparer le plan à 25 ans du gouvernement britannique.
(Il y a un équivalent français à cette commande, le rapport Chevassus-au-Louis dont je donne le lien ci-dessous.)

L’étude propose une refonte majeure de notre compréhension des liens entre économie et biodiversité. Cette somme de travail vise à intégrer pleinement la valeur de la nature dans nos systèmes économiques et décisionnels.

Le rapport de près de 600 pages s’ouvre sur un constat maintenant connu :
🔶 Notre modèle économique actuel épuise les ressources naturelles à un rythme insoutenable. Depuis le milieu du 20ème siècle, l’humanité est entrée dans l’Anthropocène, une ère marquée par un impact sans précédent sur la biosphère. La perte accélérée de biodiversité, le changement climatique et la dégradation des écosystèmes en sont les manifestations les plus évidentes.

Pour comprendre les racines de cette crise, l’étude nous plonge dans la complexité des écosystèmes. Elle souligne l’interdépendance des espèces et la fragilité des équilibres naturels, mettant en garde contre les points de basculement écologiques qui, une fois franchis, peuvent entraîner des changements brutaux et irréversibles.

🔶 L’étude propose ensuite une nouvelle approche pour évaluer notre richesse collective : le concept de « richesse inclusive ». Contrairement au PIB, cette mesure prend en compte non seulement le capital produit et humain, mais aussi le capital naturel. Ce changement de perspective oblige à considérer la nature comme un actif fondamental de notre économie.

Cette nouvelle approche éclaire les défaillances de nos systèmes économiques actuels. Les externalités négatives, ces coûts environnementaux non pris en compte dans les prix du marché, sont identifiées comme un problème central. De même, nos institutions et modes de gouvernance se révèlent inadaptés à la gestion durable des biens communs mondiaux comme la biodiversité ou le climat.

🔶 Face à ces défis, le rapport Dasgupta propose une série de transformations profondes :

  • Intégration de la nature dans l’économie : L’étude souligne la nécessité de reconnaître la nature comme un actif fondamental de l’économie, au même titre que le capital produit et humain.
  • Assurer que notre demande ne dépasse pas l’offre de la nature
  • Changer nos mesures de succès économique. Richesse inclusive : L’étude propose d’adopter la « richesse inclusive » comme mesure plus pertinente du progrès économique, intégrant le capital naturel, humain et produit.
  • Investir dans la conservation et la restauration des écosystèmes
  • Réduire notre empreinte écologique
  • Repenser nos chaînes d’approvisionnement et modes de production pour réduire notre empreinte écologique. Cela implique de développer des pratiques agricoles plus durables, de lutter contre le gaspillage alimentaire et de promouvoir une économie circulaire.
  • Transformer le système financier pour intégrer les risques liés à la biodiversité dans les décisions d’investissement et orienter les capitaux vers la conservation et la restauration des écosystèmes.
  • Réformer les subventions néfastes à l’environnement et mettre en place des incitations positives pour la protection de la nature.
  • Intégrer le capital naturel dans la prise de décision économique
  • Renforcer l’éducation environnementale et favoriser la reconnexion des individus à la nature pour encourager des choix de consommation plus responsables.
  • Repenser la gouvernance (polycentrique) des ressources naturelles à toutes les échelles, en adoptant une approche polycentrique impliquant les communautés locales, les États et les institutions internationales.

🔶 Exemples marquants de ce rapport

  • Gestion communautaire des forêts en Inde : Étude de cas sur la gestion efficace des forêts par les communautés locales dans l’Himalaya central.
  • Paiements pour services écosystémiques au Costa Rica : Exemple de programme national réussi de conservation des forêts.
  • Comptabilité du capital naturel en Chine : Développement du « Produit Écosystémique Brut » comme mesure complémentaire au PIB.
  • Restauration des mangroves en Indonésie : Projet combinant protection contre les inondations et séquestration du carbone.
  • Agriculture régénératrice aux États-Unis : Adoption de pratiques agricoles améliorant la santé des sols et la biodiversité.

🌎 Source du rapport

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