| L’année 2024 marque un tournant inquiétant dans l’histoire climatique, avec des records battus sur pratiquement tous les indicateurs clés du système climatique mondial. Le rapport de l’OMM dresse un tableau sans précédent de l’accélération du changement climatique : températures record, fonte des glaces historique, événements extrêmes dévastateurs. Si certaines initiatives d’adaptation émergent, l’ampleur et la rapidité des changements observés soulignent l’urgence d’une action climatique beaucoup plus ambitieuse. |
État du climat mondial en 2024 : Un aperçu alarmant
Le rapport produit par l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) pour la COP29 présente un tableau préoccupant de l’état du climat mondial. Préfacé par la Secrétaire Générale Prof. Celeste Saulo, donne des indicateurs climatiques qui atteignent des niveaux sans précédent, démontrant une accélération inquiétante du changement climatique.
Les indicateurs atmosphériques : des records préoccupants
L’année 2024 s’annonce comme l’année la plus chaude jamais enregistrée, prolongeant une tendance déjà observée en 2023. La période de janvier à septembre 2024 a affiché une température moyenne mondiale supérieure de 1,54±0,13°C par rapport à l’ère préindustrielle. Cette augmentation spectaculaire s’explique notamment par la transition d’une période prolongée de La Niña vers un fort événement El Niño.
Les concentrations des trois principaux gaz à effet de serre ont atteint des niveaux record en 2023 :
- Le dioxyde de carbone (CO₂) a grimpé à 420,0 ppm (±0,2), soit 151% des niveaux préindustriels
- Le méthane (CH₄) a atteint 1934 ppb (±2), représentant 265% des niveaux préindustriels
- Le protoxyde d’azote (N₂O) s’est élevé à 336,9 ppb (±0,1), soit 124% des niveaux préindustriels
La question fondamentale du seuil de 1,5°C
Le rapport aborde avec précision la question complexe du dépassement du seuil de 1,5°C fixé par l’Accord de Paris. Il souligne qu’une année isolée dépassant ce seuil ne signifie pas nécessairement l’échec des objectifs de l’Accord. Les experts proposent trois approches méthodologiques pour évaluer ce dépassement :
- La combinaison des observations historiques avec les projections des modèles climatiques
- L’ajustement d’une tendance statistique aux données historiques
- L’estimation du facteur humain dans les changements historiques
Ces approches convergent vers une estimation du réchauffement actuel d’environ 1,3°C par rapport à la période 1850-1900.
L’état de la cryosphère : une fonte accélérée
Les données sur la cryosphère révèlent une situation particulièrement préoccupante. En 2023, les glaciers ont perdu 1,2 mètre d’équivalent en eau, soit environ cinq fois le volume d’eau de la mer Morte. L’étendue de la glace de mer dans l’Arctique et l’Antarctique a atteint des minimums historiques, avec des conséquences potentiellement dramatiques pour les écosystèmes polaires.
L’océan : un indicateur majeur du changement climatique
Le contenu thermique des océans en 2023 a atteint son niveau le plus élevé jamais enregistré, une tendance qui se poursuit en 2024. À titre d’illustration, l’absorption de chaleur par les océans représente environ 3,1 millions de térawattheures par an entre 2005 et 2023, soit plus de 18 fois la consommation énergétique mondiale annuelle.
L’élévation du niveau de la mer s’accélère de manière alarmante. Le taux d’augmentation a plus que doublé depuis le début des mesures satellitaires, passant de 2,13 mm/an (1993-2002) à 4,77 mm/an (2014-2023). Cette augmentation résulte de la dilatation thermique des eaux et de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires.
Précipitations et ressources en eau : des extrêmes marqués
L’année 2023 s’est distinguée comme l’année la plus sèche pour les rivières mondiales depuis plus de trois décennies. Le rapport met en évidence une distribution géographique contrastée des précipitations :
- Des précipitations anormalement faibles ont été observées en Amérique du Sud (régions nord et centre), en Afrique du Nord-Ouest et centrale-sud, en Amérique du Nord (nord-ouest et nord-est), en Europe du Sud-Est, en Asie du Nord et dans les îles du Pacifique.
- À l’inverse, des précipitations exceptionnellement élevées ont touché la région du Sahel, la Corne de l’Afrique, la péninsule arabique, la région de la mousson indienne, ainsi que l’Asie occidentale et centrale.
Événements extrêmes : un impact humain et économique considérable
L’année 2024 a été marquée par une succession d’événements climatiques extrêmes aux conséquences dévastatrices, illustrant de manière dramatique l’interconnexion entre changement climatique, déplacements de populations et sécurité alimentaire.
En Afrique de l’Est, une série d’inondations catastrophiques entre mars et mai a provoqué une crise humanitaire majeure. Plus de 500 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers en Somalie, au Burundi, en Tanzanie et au Kenya. Au Kenya, la destruction de plus de 25 000 hectares de terres agricoles et la perte de plus de 11 000 têtes de bétail ont aggravé une situation alimentaire déjà précaire. La Somalie a vu le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë grimper à 3,4 millions, tandis qu’en Éthiopie, ce chiffre atteignait 15,8 millions.
Les Amériques n’ont pas été épargnées. Au Brésil, des pluies torrentielles persistantes dans l’État de Rio Grande do Sul ont submergé Porto Alegre et ses environs en mai, causant plus de 180 décès et affectant 2,3 millions de personnes. Les pertes économiques se chiffrent en milliards de dollars, avec des répercussions particulièrement sévères sur la commercialisation du riz et la pêche artisanale dans la lagune dos Patos. Parallèlement, une sécheresse dévastatrice a frappé le Mexique et l’Amérique centrale, se prolongeant jusqu’au début 2024, entraînant une réduction de 20 à 40% de la production de maïs au Mexique.
En Afghanistan, un enchaînement tragique d’événements climatiques a frappé le pays : un froid anormal et des chutes de neige en février-mars ont été suivis de plusieurs épisodes d’inondations, culminant entre le 10 et 17 mai. Le bilan est lourd : des centaines de morts, 115 000 déplacés et près de 475 000 hectares de terres inondées.
L’Afrique du Nord-Ouest et australe a connu une période de sécheresse intense début 2024, provoquant des déplacements massifs de population et une crise alimentaire. En Zambie, la production céréalière a chuté de 42% par rapport à la moyenne des cinq années précédentes. Cette situation s’est paradoxalement inversée au Sahel en septembre, où des pluies de mousson exceptionnellement actives ont provoqué des inondations majeures, touchant plus de 716 000 personnes et déplaçant près d’un million de personnes au Tchad.
Les incendies ont également marqué l’année 2024. Au Chili, la ville de Vina del Mar a connu l’un des incendies les plus destructeurs du siècle, affectant plus de 14 000 propriétés et causant plus de 130 décès. Au Canada et dans l’ouest des États-Unis, la saison des feux a été particulièrement intense, provoquant le déplacement de 45 000 personnes au Canada et 240 000 aux États-Unis.
La saison des ouragans dans l’Atlantique Nord a été particulièrement violente, avec notamment l’ouragan Beryl en juillet, premier ouragan de catégorie 5 aussi précoce jamais enregistré, qui a durement touché les Caraïbes. En Asie, le typhon Yagi en septembre a causé des dommages considérables au Vietnam, au Laos, en Thaïlande et au Myanmar, provoquant 233 décès au Vietnam et le déplacement de plus de 1,5 million de personnes.
Ces événements extrêmes ont eu des répercussions profondes sur la sécurité alimentaire mondiale. À la mi-2024, 18 pays connaissaient une aggravation des crises alimentaires, avec des pays comme le Nigeria, le Soudan, le Myanmar, l’Éthiopie, le Zimbabwe, le Malawi, le Tchad et le Yémen comptant chacun au moins un million de personnes supplémentaires confrontées à une insécurité alimentaire aiguë par rapport aux pics de 2023. L’Afrique reste particulièrement touchée, avec une prévalence de la sous-alimentation atteignant 20,4% en 2023, et jusqu’à 30% en Afrique centrale et orientale.
Actions climatiques : des progrès notables mais insuffisants
Services climatiques : une évolution positive
Les cinq dernières années ont vu une amélioration significative des capacités en matière de services climatiques. Le nombre de pays ayant mis en place des Cadres Nationaux pour les Services Climatiques (CNSC) est passé de 36 en 2019 à 98 en 2024, soit une augmentation de 63%. Plus précisément :
- Le nombre de Services Météorologiques et Hydrologiques Nationaux (SMHN) fournissant des services climatiques « avancés » a presque doublé, passant de 8 à 15
- Ceux offrant des services à « pleine capacité » sont passés de 11 à 17
Système d’alerte précoce : une initiative cruciale
L’initiative « Early Warnings for All » (EW4All) vise à protéger chaque individu contre les événements météorologiques, hydrologiques ou climatiques dangereux d’ici 2027. Les données montrent que :
- 108 pays disposent d’un système d’alerte précoce multi-aléas (MHEWS) en mars 2024
- Un préavis de 24 heures peut réduire les dommages de 30%
- Des lacunes persistent : seuls 44% des pays les moins avancés et 38% des petits États insulaires en développement disposent de MHEWS
Énergies renouvelables : un secteur en transformation
Le rapport souligne l’importance cruciale de comprendre la variabilité climatique pour optimiser la production d’énergie renouvelable. Des exemples concrets illustrent cette interaction :
- L’Amérique du Sud a connu une augmentation de 3,9% de la capacité photovoltaïque solaire
- L’Asie de l’Est a enregistré une hausse de 5,4% de la production éolienne en 2023, représentant 60 TWh supplémentaires
Recommandations et perspectives
Le rapport conclut sur plusieurs points d’action essentiels :
- Urgence d’action : La nécessité de limiter le réchauffement bien en dessous de 2°C tout en poursuivant les efforts pour le maintenir à 1,5°C
- Adaptation : Le besoin d’intensifier le soutien à l’adaptation au changement climatique via :
- Le développement des services climatiques
- Le renforcement des systèmes d’alerte précoce
- L’amélioration de la résilience des infrastructures
- Transition énergétique : L’objectif ambitieux de tripler la capacité en énergies renouvelables et doubler l’efficacité énergétique d’ici 2030
- Coopération internationale : Le renforcement de la collaboration pour :
- Combler les lacunes en matière d’observation
- Améliorer les capacités des pays en développement
- Accélérer le transfert de technologies
Les ressources
- La rapport provisoire Etat du climat – mise à jour pour la COP 29
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