| Alors que la transition écologique devient une priorité mondiale, les émissions de gaz à effet de serre liées au commerce international représentent près d’un quart des émissions globales. Cette étude révèle comment les pays du G20, principaux acteurs de ces échanges, peuvent transformer leur interdépendance commerciale en levier d’action climatique collective, ouvrant la voie à une décarbonation accélérée de l’économie mondiale. |
❇️ Introduction : Le défi des émissions importées
Dans un monde où le commerce international structure l’économie mondiale, la question des émissions de gaz à effet de serre « incorporées » dans les échanges commerciaux prend une grande importance. Ces émissions, qui représentent entre 22% et 25% des émissions mondiales de CO2, soit environ *12,8 milliards de tonnes de CO2e en 2021, constituent un angle mort des politiques climatiques traditionnelles.
Le rapport dévoile une réalité complexe : alors que les pays s’efforcent de réduire leurs émissions territoriales, une part significative de leur empreinte carbone se cache dans leurs importations. Cette situation crée un risque de « fuite carbone », où les efforts de réduction dans un pays peuvent conduire à une augmentation des émissions dans un autre, compromettant l’efficacité des politiques climatiques globales.
❇️ La réalité des émissions liées au commerce
➡️ Une tendance à la hausse continue
L’analyse des données révèle une augmentation constante des émissions liées au commerce international, avec une croissance moyenne de *1,4% par an sur les 15 dernières années. Cette progression, bien que plus lente que celle de la valeur des importations mondiales (+3,4%/an), maintient la part des émissions incorporées autour de *23% des émissions globales*.
➡️ Le rôle prépondérant du G20
Les pays du G20 se distinguent comme les acteurs majeurs de ces flux d’émissions, représentant :
- *81% de toutes les émissions importées dans le monde
- 24% des émissions globales à travers leurs échanges commerciaux
- *11% des émissions mondiales uniquement pour le commerce intra-G20
❇️ Les profils contrastés des pays du G20
L’étude identifie trois groupes distincts de pays au sein du G20 :
- *Les importateurs nets majeurs (+20% d’imports vs exports) :
- Royaume-Uni (+308%)
- États-Unis (+212%)
- Japon (+201%)
- Union européenne (+144%)
- Autres : Turquie, Corée du Sud, Inde, Mexique
- *Les pays équilibrés :
- Canada
- Australie
- Chine
- *Les exportateurs nets significatifs (+20% d’exports vs imports) :
- Russie (+327%)
- Afrique du Sud (+177%)
- Brésil (+156%)
- Argentine, Indonésie, Arabie Saoudite
➡️ Le cas particulier de la Chine
La Chine occupe une position centrale dans ce système, étant à la fois :
- Premier exportateur mondial d’émissions incorporées (2,826 GtCO2e)
- Premier importateur mondial (*2,497 GtCO2e)
- Principal partenaire commercial pour de nombreux pays du G20
❇️ Les secteurs clés des émissions incorporées
➡️ La dominance du secteur manufacturier
Le secteur manufacturier représente la plus grande part des émissions incorporées dans le commerce du G20, avec *31% des émissions échangées. Cette prépondérance se décompose en plusieurs sous-secteurs critiques :
- Produits chimiques (27%)
- Métaux de base (38%)
- Minéraux non métalliques (17%)
- Coke et produits pétroliers (8%)
- Autres productions (10%)
➡️ L'importance stratégique de l'énergie
Le secteur de l’électricité, du gaz et de la climatisation occupe la deuxième place avec 25% des émissions échangées. Ce chiffre reflète l’intensité énergétique des chaînes de production mondiales et souligne l’urgence d’une transition vers des sources d’énergie décarbonées.
➡️ Les autres secteurs significatifs
L’analyse révèle également l’importance de trois autres secteurs majeurs :
- L’exploitation minière et les carrières (18%) – Extraction de pétrole et de gaz, Exploitation minière du charbon, Extraction de métaux et minerais
- L’agriculture, la foresterie et la pêche (12%) – Émissions directes de la production végétale et animale – Activités forestières – Aquaculture
- Transport et stockage (8%) – Transport terrestre – Transport maritime – Transport aérien – Activités logistiques
❇️ Les pistes d'action pour la décarbonation
➡️ Les approches unilatérales
Le rapport identifie plusieurs mesures unilatérales déjà mises en œuvre ou envisagées :
- Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE (CBAM)
- La réglementation européenne sur les produits sans déforestation (EUDR)
- Les conditions d’éligibilité aux subventions pour les véhicules électriques
Ces mesures, bien que parfois controversées, peuvent encourager la décarbonation des secteurs exposés dans les pays exportateurs.
➡️ Vers une coopération renforcée
Le rapport préconise une approche collaborative basée sur :
- *La reconnaissance mutuelle de la co-dépendance entre partenaires commerciaux
- *Le développement d’initiatives sectorielles, comme :
- Le Climate Club (42 pays)
- L’Initiative de décarbonation industrielle profonde
- Le Leadership Group for Industry Transition (LeadIT)
- L’intégration des émissions importées dans les engagements nationaux
- Quelques pays commencent à calculer leur empreinte carbone totale
- Possibilité d’inclure des objectifs volontaires de réduction
➡️ Les recommandations clés
Le rapport formule plusieurs recommandations stratégiques :
- Développer des méthodologies communes de mesure du contenu carbone des biens échangés
- Renforcer la coordination internationale sur les standards et les pratiques
- Intégrer progressivement la dimension des émissions importées dans les politiques climatiques nationales
❇️ Perspectives et défis futurs
L’étude met en lumière la complexité des transformations nécessaires pour réduire les émissions incorporées dans le commerce international.
- La question de la relocalisation des productions illustre parfaitement ces défis : au-delà des coûts d’investissement considérables qu’elle implique, elle se heurte à des contraintes structurelles profondes. Les spécialisations géographiques, construites sur plusieurs décennies, ne peuvent être facilement réorientées sans bouleverser l’ensemble des chaînes de valeur mondiales.
- Le cas de l’industrie européenne est particulièrement révélateur de ces enjeux. Avec 56% de sa consommation d’aluminium dépendant des importations, l’Europe fait face à un dilemme complexe. Le développement d’une production locale bas-carbone nécessiterait non seulement des investissements massifs dans de nouvelles capacités de production, mais aussi une augmentation significative de la production d’électricité décarbonée. Cette transformation pose la question plus large de la synchronisation entre politiques industrielles et transition énergétique.
- La dimension concurrentielle ajoute une couche supplémentaire de complexité. Les différences de vitesse dans la mise en œuvre des politiques climatiques créent des risques de distorsion des marchés. La recherche d’un équilibre entre ambition environnementale et maintien de la compétitivité internationale constitue un défi majeur pour les décideurs politiques. Les coûts administratifs liés aux nouvelles réglementations doivent également être pris en compte, particulièrement pour les pays en développement et les petites entreprises.
Néanmoins, ces défis s’accompagnent d’opportunités significatives de transformation.
- L’optimisation des chaînes de valeur offre un potentiel considérable de réduction des émissions, à travers l’amélioration de l’efficacité énergétique et le développement de l’économie circulaire.
- Le renforcement des coopérations internationales pourrait accélérer ces transformations, notamment via le partage des technologies bas-carbone et la mise en place de financements conjoints pour la transition.
❇️ Conclusion : vers une action collective
La réduction des émissions incorporées dans le commerce international est un levier essentiel de la lutte contre le changement climatique, nécessitant une approche résolument collaborative. Le G20, regroupant les principales puissances économiques mondiales, dispose des moyens politiques, économiques et financiers pour impulser cette transformation. Son action collective pourrait créer un effet d’entraînement vertueux sur l’ensemble de l’économie mondiale.
L’étude souligne que la transition vers une économie bas-carbone ne peut se concevoir de manière isolée. Les interconnexions profondes révélées par l’analyse des flux d’émissions incorporées appellent à repenser nos modèles de coopération internationale. Cette transformation représente un défi majeur, mais aussi une opportunité unique de construire un système commercial plus durable et plus résilient.
La réussite de cette transition repose sur la capacité des pays du G20 à dépasser les approches purement nationales pour développer des stratégies coordonnées de décarbonation. L’harmonisation des standards, le partage des technologies et le développement de mécanismes de financement innovants apparaissent comme des éléments clés de cette transformation. C’est à travers cette coopération renforcée que pourra émerger une réponse à la hauteur des enjeux climatiques contemporains.
❇️ Les ressources
Le rapport de Carbone 4 et ECF – Imported emissions – From co-dependence to co-operative action https://www.carbone4.com/publication-imported-emissions
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