| Dans un monde marqué par une instabilité croissante, les entreprises font face à des défis majeurs en matière de droits humains et de responsabilité sociale. L’année 2025 représente un moment charnière où les actions des acteurs économiques peuvent soit contribuer à exacerber les crises, soit ouvrir la voie vers des solutions durables. Ce rapport examine les dix enjeux prioritaires qui définiront la relation entre entreprises et droits humains, proposant des pistes d’action concrètes dans un contexte d’incertitude. |
Introduction : Un monde en mutation
L’ordre international fondé sur les marchés et institutions globales traverse une période de profondes turbulences. Malgré de nouvelles initiatives comme le Pacte pour l’Avenir des Nations Unies, l’année écoulée a été marquée par des confrontations violentes, des défis politiques croissants et des résultats électoraux anti-establishment dans de nombreux pays. Face à cette complexité grandissante, les acteurs influents peuvent soit atténuer soit aggraver les préjudices causés aux personnes et à la planète. En 2025, les leaders peuvent s’engager à relever ces défis en :
- Défendant l’importance vitale de la coopération mondiale
- Renforçant le respect de l’état de droit
- Redoublant d’efforts pour appliquer les cadres existants en matière de droits humains
- Travaillant de manière proactive avec les autres acteurs sociétaux
Les dix enjeux prioritaires pour 2025
1. Assurer la responsabilité dans la transition énergétique
La consommation d’énergie renouvelable devrait croître de 60% d’ici 2030, entraînant une demande accrue de minerais de transition et de terres pour les infrastructures. Cette « ruée verte » soulève des préoccupations majeures :
- Déplacement forcé des communautés
- Perturbation des moyens de subsistance autochtones
- Destruction d’écosystèmes critiques
- Impacts sur la sécurité alimentaire des communautés marginalisées
Les entreprises doivent développer des évaluations d’impact robustes, reconnaître les processus de consentement libre, préalable et éclairé, et mettre en place des mécanismes de recours efficaces.
2. Empêcher la finance d’alimenter les conflits
Le secteur financier fait face à des défis majeurs :
- Corruption et flux financiers illicites alimentant les conflits
- Manque de connaissances sur les impacts en matière de droits humains
- Complexification due aux cryptomonnaies
- Besoin de régulations internationales plus strictes
L’intégrité financière et l’investissement responsable émergent comme des facteurs clés pour atténuer les risques.
Je poursuis la synthèse avec les enjeux suivants du rapport.
3. Faire face aux risques liés à l’IA
L’avancée rapide de l’intelligence artificielle soulève des questionnements majeurs sur les promesses et les périls de cette technologie. Les risques identifiés pour les droits humains sont multiples :
- Biais conduisant à des pratiques discriminatoires
- Atteintes à la vie privée
- Prise de décision automatisée soulevant des questions de responsabilité
- Censure de discours légitimes
- Diffusion de désinformation pouvant alimenter l’instabilité sociale
En septembre 2024, un nouveau Pacte numérique mondial a été adopté par les Nations Unies, appelant à :
- Combler les fractures numériques
- Construire un espace numérique ouvert et sécurisé
- Mettre l’IA au service de l’humanité
4. Répondre aux dangers du transport maritime
Les « flottes fantômes » ou « dark fleets » sont devenues un sujet de préoccupation croissante, notamment en raison des sanctions imposées contre certains pays. Ces navires présentent des risques majeurs :
- Transport illégal de pétrole et de gaz sanctionnés
- Conditions de sécurité minimales
- Risques accrus d’accidents et de catastrophes environnementales
- Exploitation des marins souvent non informés de l’illégalité
- Triplement des abandons de navires depuis 2021
Les gouvernements ont pris des mesures mais la position juridique reste complexe et risquée, notamment face aux potentielles représailles des États sous sanctions.
5. Reconstruire les États ravagés par la guerre
Le monde connaît actuellement le plus grand nombre de conflits actifs depuis la Seconde Guerre mondiale. La reconstruction post-conflit fait face à des défis considérables :
- Instabilité politique persistante
- Infrastructures fragiles
- Écosystèmes endommagés
- Risques de corruption et de marginalisation
Les entreprises sont essentielles à la reconstruction mais doivent :
- Naviguer entre urgence de reconstruire et nécessité d’engager les communautés locales
- Équilibrer expertise internationale et renforcement des capacités locales
- Prioriser la transparence dans des contextes de gouvernance fragile
- Intégrer les enjeux climatiques dans la reconstruction
6. Mettre en œuvre les mesures obligatoires
L’année 2024 a été marquée par deux directives européennes majeures :
- La Directive sur le devoir de vigilance en matière de durabilité (CSDDD)
- La Directive sur le reporting de durabilité des entreprises (CSRD)
Les défis de mise en œuvre comprennent :
- Retard de transposition dans plus de la moitié des pays de l’UE
- Incertitude sur les autorités de supervision
- Risque de bureaucratisation excessive
- Besoin d’équilibre entre conformité et action effective
7. Faire fonctionner la migration pour tous
Environ 169 millions de travailleurs migrants soutiennent les économies mondiales, mais restent systématiquement sous-évalués :
- Écart salarial de 25% avec les travailleurs locaux
- Risque triple de travail forcé
- Montée des sentiments anti-immigration
- Tensions croissantes dans les régions politiquement instables
Les entreprises ont un rôle crucial à jouer :
- Encourager des voies de migration de travail sûres
- Sensibiliser aux contributions des travailleurs migrants
- Lutter contre les préjugés
- Collaborer avec les autorités pour renforcer les réseaux de soutien communautaire
8. Promouvoir la diversité au travail
Les politiques de Diversité, Équité et Inclusion (DEI) font face à des critiques croissantes, avec un « capitalisme anti-woke » qui menace de renverser des décennies de progrès. Les entreprises doivent :
- Démontrer clairement les bénéfices des politiques DEI
- Accroître la transparence sur les impacts positifs
- Mesurer les progrès sur des indicateurs multiples
- Maintenir l’engagement malgré les pressions contraires
9-10. Restaurer la confiance dans l’action climatique
2025 représente un moment critique avec la COP30 au Brésil. Les entreprises doivent jouer un rôle responsable dans :
- L’alignement des objectifs avec les NDC (Contributions déterminées au niveau national)
- L’établissement d’objectifs sectoriels ambitieux
- Le renforcement de la résilience des chaînes d’approvisionnement
- La priorisation d’une action climatique centrée sur l’humain
Cette analyse démontre l’interconnexion profonde entre les enjeux commerciaux et les droits humains, soulignant la nécessité d’une approche holistique et engagée de la part des entreprises dans un contexte mondial incertain.
La ressource
- le rapport de l’IHRB Top 10 Business and Human Rights issues 2025 – responsible business in uncertain times
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