Marc-André Selosse nous rappelle dans Le Monde l’importance des sols comme solution d’adaptation

Les inondations et les sécheresses deviennent de plus en plus fréquentes et intenses du fait du changement climatique. Marc-André Selosse, biologiste et professeur au Muséum national d’histoire naturelle, disserte sur l’importance des sols comme solution pour atténuer ces phénomènes. Il explore les causes de la dégradation des sols, les conséquences sur leur capacité à retenir l’eau, et propose des mesures pour restaurer leur rôle essentiel dans la régulation hydrique.

Les sols jouent un rôle clé dans la gestion de l’eau : ils peuvent retenir entre 40 et 500 litres d’eau par mètre carré, grâce à leur porosité naturelle. Cette capacité est essentielle pour absorber les précipitations extrêmes et constituer des réserves pour les périodes sèches. Cependant, l’urbanisation et les pratiques agricoles intensives ont réduit cette capacité, rendant les sols moins aptes à remplir leur fonction.

Les principales causes de cette dégradation sont le labour, qui détruit la structure naturelle des sols, et la perte de matière organique, essentielle pour stabiliser les pores et retenir l’eau. Depuis l’après-guerre, les sols labourés en France ont perdu une grande partie de leur matière organique, ce qui les rend plus vulnérables à l’érosion et moins capables de retenir l’eau. Les « semelles de labour », créées par le tassement des sols profonds, empêchent l’eau de pénétrer en profondeur, aggravant les problèmes d’inondation et de sécheresse.

🟥 Marc-André Selosse propose donc ses solutions pour restaurer les sols

  1. Réduire ou supprimer le labour : L’agriculture de conservation, qui privilégie le semis direct sur sol non labouré, est une solution prometteuse. Elle occupe déjà 33 % des surfaces cultivées en Amérique du Nord, mais seulement 4 % en France.
  2. Apporter de la matière organique : L’agriculture biologique, qui utilise du fumier ou du compost, est un exemple de pratique favorisant la restauration des sols. Les déchets organiques, humains ou agroalimentaires, doivent également être valorisés pour enrichir les sols. Il aborde également la concurrence de la méthanisation pour l’usage de ces matières essentielles.
  3. Développer les pâtures et les cultures intermédiaires : Les pâtures non labourées et les cultures d’hiver, qui couvrent les sols en hiver, favorisent la vie souterraine et enrichissent les sols en matière organique. Ces pratiques contribuent également à la lutte contre le réchauffement climatique en stockant du carbone.
  4. Planter des arbres et développer l’agroforesterie : Les racines des arbres fracturent les sols profonds, permettant à l’eau de pénétrer plus loin. Les haies et l’agroforesterie sont des solutions efficaces pour améliorer la capacité des sols à retenir l’eau.

🟥 Artificialisation des sols

L’artificialisation des sols, due à l’urbanisation et aux infrastructures, réduit encore davantage leur capacité à stocker l’eau. Depuis 1970, 10 % des surfaces agricoles françaises ont été artificialisées, à un rythme de 26 m² par seconde. La loi « zéro artificialisation nette » (ZAN), visant à enrayer ce phénomène d’ici 2050, est un pas dans la bonne direction, mais elle se heurte à des difficultés de mise en œuvre.

Des initiatives comme celle de Berlin, qui restaure ses sols pour devenir une « ville-éponge », montrent la voie à suivre. En restaurant des sols végétalisés dans les espaces urbains, les villes peuvent devenir plus résilientes face aux inondations et aux sécheresses.

🟥 Les ressources


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