| Les forêts françaises, véritables joyaux de notre patrimoine naturel, sont bien plus que de simples étendues boisées. Elles sont des écosystèmes complexes, abritant une biodiversité riche et variée, essentielle à notre équilibre environnemental et culturel. Le rapport de l’Observatoire national de la biodiversité de mars 2024 nous invite à plonger au cœur de ces espaces, pour mieux comprendre leur état actuel, les menaces qui pèsent sur eux et les initiatives mises en place pour les préserver. Alors que les pressions anthropiques et les changements climatiques mettent en péril ces écosystèmes fragiles, il est crucial de saisir l’importance de leur préservation et des actions nécessaires pour assurer leur pérennité. |
❇️ La biodiversité des forêts françaises, un trésor en mutation
Les forêts françaises, véritables joyaux de notre patrimoine naturel, sont bien plus que de simples étendues boisées. Elles sont des écosystèmes complexes, abritant une biodiversité riche et variée, essentielle à notre équilibre environnemental et culturel. Le rapport de l’Observatoire national de la biodiversité de mars 2024 nous plonge au cœur de ces espaces, pour mieux comprendre leur état actuel, les menaces qui pèsent sur eux et les initiatives mises en place pour les préserver.
❇️ La forêt, un écosystème aux multiples facettes
En France hexagonale, les forêts couvrent près d’un tiers du territoire, soit environ 17 millions d’hectares. Cette couverture forestière varie considérablement d’une région à l’autre, avec des zones montagneuses et de l’est de la France fortement boisées, tandis que le grand Ouest, à dominante agricole, enregistre un taux de boisement inférieur à 15%. Les territoires d’Outre-mer présentent également des contrastes marqués, avec la Guyane comme la plus grande région forestière française, s’étendant sur 8 millions d’hectares.
Les forêts hexagonales sont majoritairement tempérées, se déclinant en forêts de plaine, de montagne et méditerranéennes. En Outre-mer, les forêts sont principalement tropicales, se subdivisant en forêts sèches, humides et mangroves. Ces écosystèmes abritent une flore et une faune diversifiées, formant des mosaïques d’habitats forestiers où chaque espèce trouve sa place.
❇️ Le sol forestier, un capital santé essentiel
Le sol forestier, souvent méconnu, joue un rôle crucial dans la santé des forêts. Il se constitue à partir de la matière organique décomposée par les nombreux organismes qui y vivent. La fertilité des sols forestiers est un facteur essentiel de la régénération et de la productivité des forêts, et donc de leur résilience face aux perturbations. Les micro-organismes du sol, tels que les bactéries et les champignons, sont parmi les plus importants en nombre d’individus et les plus diversifiés. La richesse bactérienne des sols forestiers hexagonaux a été évaluée à 1146 taxons différents par gramme de sol, bien que cette valeur soit inférieure à la moyenne hexagonale tous sols confondus.
❇️ Les forêts, des écosystèmes sous pression
Historiquement, les sociétés humaines ont exercé des pressions importantes sur les forêts. En France hexagonale, les pratiques agricoles et pastorales ont entraîné de nombreux défrichements dès le Néolithique. Cette dynamique s’est intensifiée à partir de l’Antiquité, avec une expansion de la population humaine. Après avoir atteint un minimum dans les années 1830, la superficie forestière a doublé depuis le milieu du XIXe siècle, grâce à la déprise agricole et au développement de sources d’énergies alternatives au bois.
Cependant, cette progression masque des défrichements causés par l’urbanisation et les infrastructures, ainsi que la réduction des surfaces de milieux forestiers particuliers, comme les forêts alluviales. Dans les Outre-mer, la déforestation a longtemps été une préoccupation majeure, bien que la superficie forestière évolue peu depuis les années 1990. Les forêts de feuillus des cinq départements ultramarins restent le principal milieu naturel détruit par l’artificialisation.
❇️ Les changements climatiques, une menace croissante
Les changements climatiques imputés aux activités humaines affectent déjà les écosystèmes forestiers. Ils occasionnent des modifications des aires de répartition de certaines espèces, avec à terme une recomposition des paysages forestiers. La progression de la chenille processionnaire du pin vers le nord de la France hexagonale et la migration de certaines espèces d’arbres du Sud, comme le chêne vert, en sont des illustrations.
L’augmentation et la combinaison des aléas naturels liés aux changements climatiques (sécheresses, canicules, tempêtes, incendies) sont à l’origine d’une dégradation générale de l’état de santé et de la vitalité des arbres. Une mortalité croissante est déjà constatée, touchant certaines espèces, en particulier lorsqu’elles sont hors de leur optimum stationnel.
Les écosystèmes forestiers sont également exposés à des sources de pollution, notamment chimique et lumineuse. La pollution chimique est due aux retombées atmosphériques liées aux activités industrielles et agricoles, ou encore à la circulation routière. Ces molécules représentent des substances potentiellement toxiques pour les espèces forestières et peuvent altérer certaines fonctions de l’écosystème. La pollution lumineuse, quant à elle, est nuisible pour les rythmes biologiques des espèces forestières et affecte la croissance des plantes.
Enfin, certaines forêts souffrent de leur colonisation par des espèces exotiques envahissantes. Transportées accidentellement ou volontairement en dehors de leur aire de répartition naturelle, ces espèces sont susceptibles de nuire à la biodiversité déjà présente en modifiant les équilibres écosystémiques. Elles peuvent entrer en compétition avec les espèces présentes, être un vecteur de maladies ou créer des espèces hybrides.
❇️ Des initiatives pour préserver la biodiversité forestière
Face à ces menaces, plusieurs initiatives ont été mises en place pour préserver la biodiversité forestière. Les aires protégées sont un instrument important au service de cette conservation, et les forêts sont représentées au sein de ce réseau. La protection forte correspondait à 1,8% de la superficie forestière en 2019. En complément du réseau d’aires protégées, la restauration des continuités écologiques permettant de relier entre eux des réservoirs de biodiversité constitue l’objet de la politique «Trame Verte et Bleue».
Des programmes portant sur des pans plus précis de la biodiversité forestière ont également été instaurés. Par exemple, un effort de conservation des ressources génétiques des populations autochtones d’arbres forestiers en France hexagonale a été entrepris. Depuis 2000, le taux d’essences indigènes concernées par un programme de conservation des ressources génétiques forestières n’a cessé d’augmenter, atteignant 13% en 2020.
La mise en place de «trames de vieux bois», notamment dans les forêts publiques gérées et exploitées, est une mesure importante en faveur de la biodiversité. Ces trames intra-forestières comprennent des îlots de sénescence et des îlots de vieillissement, permettant le développement de certaines espèces typiquement forestières, comme les espèces saproxyliques liées au bois mort ou en cours de décomposition. Cette stratégie de conservation se déploie progressivement dans les forêts publiques hexagonales et concernait 12% de leur surface en 2022.
En Outre-mer, des programmes de protection ciblent plus particulièrement les mangroves. En 2022, 57% des mangroves nationales faisaient ainsi l’objet de mesures de conservation. Les mangroves sont des écosystèmes dynamiques, particulièrement riches en biodiversité, abritant une faune très diversifiée et rendant une multitude de services aux sociétés humaines. Elles sont de précieuses alliées dans l’atténuation des changements climatiques, constituant une barrière naturelle contre les vagues et les tempêtes, et possédant une valeur économique et culturelle importante pour les communautés.
❇️ Une prise de conscience nécessaire
La forêt est perçue comme un réservoir pour la biodiversité, mais aussi comme un refuge pour des biodiversités urbaines et agricoles soumises à des pressions importantes. Cette valeur de la forêt en tant que réservoir de la diversité biologique est affirmée par 6 Français sur 10. Cependant, seuls 18% des habitats forestiers d’intérêt communautaire évalués entre 2013 et 2018 sont dans un état de conservation considéré comme favorable. Les forêts alpines semblent en meilleur état de conservation que les autres formations, tandis que les forêts de la région atlantique terrestre ont le plus souffert.
Malgré des diminutions importantes de certaines populations d’oiseaux dans l’Hexagone, les effectifs d’oiseaux spécialistes forestiers sont pratiquement stables, au contraire de ceux des milieux urbains et agricoles. La présence régulière des grands prédateurs (ours brun, loup, lynx) est également à la hausse dans l’Hexagone, participant à l’équilibre écosystémique des forêts en chassant le grand gibier et en prévenant des pressions trop fortes de la part des ongulés sur leur environnement.
❇️ Conclusion
L’état de la biodiversité des forêts françaises est contrasté, avec des pressions anthropiques passées et présentes qui s’exercent et des mesures de protection ou de restauration déployées par la société. Dans ce contexte, il est essentiel d’améliorer les savoirs sur les forêts, en particulier pour les territoires d’Outre-mer, où les enjeux de conservation et les besoins de connaissance sont considérables. Les suivis et indicateurs actuels restent principalement restreints à l’Hexagone et à certains groupes d’espèces, et ne couvrent pas suffisamment certains groupes d’espèces remplissant un rôle fonctionnel majeur dans l’écosystème forestier. La surveillance des espèces rares et des habitats forestiers remarquables est particulièrement lacunaire et devrait être renforcée, comme un préalable indispensable à leur conservation.
Les suivis de biodiversité existants nécessitent également d’être affinés et mis en lien avec les pratiques de gestion forestière et le changement climatique, afin de préciser leurs effets sur les différents pans de la biodiversité en forêt, y compris au niveau des sols. Cette connaissance est essentielle pour une meilleure prise en compte des enjeux forestiers dans les politiques publiques. En somme, la préservation de la biodiversité des forêts françaises est un enjeu majeur, nécessitant une prise de conscience collective et des actions concrètes pour assurer la pérennité de ces écosystèmes précieux.
❇️ Les ressources
- Le rapport de l’OFB de Mars 2024 La biodiversité des forêts françaises
- Le rapport de l’OFB de Février 2025 La biodiversité des milieux humides français qui fera l’objet d’un autre post
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