Les inégalités entre les femmes et les hommes, un défi persistant – par la Cour des Comptes

Alors que la massification de l’enseignement a permis aux femmes d’accéder à des niveaux de diplôme plus élevés et de s’insérer davantage sur le marché du travail, des disparités tenaces subsistent. Ces inégalités, ancrées dans des stéréotypes de genre et des choix de parcours scolaires et professionnels différenciés, se traduisent par des écarts salariaux et des conditions de travail défavorables pour les femmes. Les actions ministérielles, bien que nombreuses, peinent à produire des effets probants en raison d’un pilotage interministériel défaillant et d’une dispersion des moyens financiers. Face à ce constat, la Cour des comptes formule des recommandations concrètes pour renforcer l’efficacité des politiques d’égalité et promouvoir une véritable mixité professionnelle.

Une massification de l’enseignement bénéfique, mais inégalitaire

La massification de l’enseignement a indéniablement profité aux femmes, qui sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes. Cette évolution s’accompagne d’une féminisation croissante du marché du travail, avec des taux d’activité et d’emploi qui se rapprochent de ceux des hommes. Cependant, cette progression cache des réalités plus sombres : les femmes accèdent moins aux postes et aux métiers les mieux rémunérés et les plus valorisés.

Les choix de spécialité au lycée, par exemple, sont révélateurs de cette inégalité. Les filles abandonnent plus souvent les mathématiques en terminale et sont sous-représentées dans les options « maths expertes », tandis que les garçons choisissent peu les enseignements littéraires et les spécialités liées aux métiers du care. Ces choix, influencés par des stéréotypes de genre, ont des répercussions directes sur les parcours professionnels ultérieurs.

Des stéréotypes tenaces et des parcours genrés

Les stéréotypes de genre pèsent lourdement sur les parcours scolaires et professionnels des femmes. Une moindre confiance en elles, une vie scolaire différemment vécue et des espaces genrés contribuent à ces disparités. Les choix d’orientation, cristallisant le passé scolaire et les aspirations des élèves, sont souvent marqués par l’intériorisation de ces stéréotypes.

Les différences de parcours se manifestent dès le collège et s’accentuent dans l’enseignement supérieur. Les filles privilégient les filières littéraires et les métiers du soin, tandis que les garçons s’orientent vers les filières scientifiques et techniques. Cette ségrégation professionnelle a des conséquences directes sur les inégalités salariales et les conditions de travail.

Des inégalités salariales persistantes

Les inégalités salariales entre les femmes et les hommes demeurent un enjeu majeur. Plus d’un tiers des écarts de salaire s’expliquent par les inégalités de volume de travail, liées notamment à la conciliation des vies professionnelle et personnelle. La maternité pèse lourdement sur les parcours professionnels des femmes, entraînant un ralentissement de carrière et un creusement de l’écart de salaire.

Les différences de métiers entraînent également des différences de conditions de travail en défaveur des femmes. Les risques professionnels féminins, souvent invisibilisés, nécessitent une identification et une maîtrise accrues. Les maladies professionnelles, par exemple, progressent deux fois plus rapidement pour les femmes que pour les hommes depuis 2001.

Des actions ministérielles foisonnantes mais peu efficaces

Le rapport pointe du doigt la multiplication des actions ministérielles en faveur de l’égalité, souvent foisonnantes mais peu efficaces. Les moyens financiers ont significativement augmenté, mais leur périmètre reste incertain et leur pilotage dispersé. Les crédits du programme 137 (égalité entre les femmes et les hommes) ont presque triplé depuis 2017, mais cette augmentation est en partie en trompe-l’œil, résultant de changements de périmètre pour valoriser de nouveaux programmes.

Les outils servant à mesurer les inégalités progressent, mais restent insuffisants. L’accès à des statistiques genrées doit être amélioré, et la question de l’égalité entre les femmes et les hommes doit être inscrite au rang de priorité du Comité national de l’information statistique.

Un pilotage interministériel défaillant

Le pilotage interministériel de la politique d’égalité est jugé défaillant. Les actions du ministère chargé du travail ont souffert d’une discontinuité dans les stratégies interministérielles, se traduisant parfois par l’abandon de plans pourtant ambitieux. Le nouveau plan « Toutes et tous égaux » aurait pu constituer une synthèse utile, mais les modalités de son élaboration en ont fait une strate supplémentaire.

Les actions menées ne permettent pas de supprimer les biais genrés qui affectent la recherche d’emploi des femmes. Le recours aux engagements de développement de l’emploi et des compétences (Edec) n’est pas suffisant pour mieux expliciter les enjeux de mixité de secteurs d’activité très féminins ou très masculins.

Des recommandations pour une action plus volontariste

Pour remédier à ces dysfonctionnements, la Cour des comptes formule plusieurs recommandations. Il est notamment proposé de renforcer le rôle du ministère chargé du travail dans la négociation autour des classifications pour revaloriser les métiers majoritairement exercés par des femmes. L’Insee doit être réaffirmé comme coordinateur des statistiques genrées, et la question de l’égalité entre les femmes et les hommes doit être inscrite au rang de priorité du Comité national de l’information statistique.

Il convient également de respecter les obligations de saisine préalable du Haut conseil à l’égalité et de l’impliquer dans la rédaction des études d’impact. Les enjeux de mixité doivent être explicités systématiquement dans les engagements de développement de l’emploi et des compétences.

Enfin, il est recommandé de renouveler la convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif 2019-2024 et de réunir le comité de pilotage une fois par an, en cohérence avec le plan interministériel « Toutes et tous égaux ».

Conclusion : vers une égalité réelle et effective

Le rapport de la Cour des comptes met en lumière les avancées réalisées en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, tout en soulignant les défis persistants. Les inégalités, bien que se résorbant lentement, nécessitent une action volontariste et coordonnée pour être véritablement surmontées. Les recommandations formulées offrent des pistes concrètes pour améliorer le pilotage des politiques d’égalité et renforcer leur efficacité.

Il appartient désormais aux pouvoirs publics de s’emparer de ces recommandations pour construire une société plus juste et égalitaire, où les femmes et les hommes pourront pleinement exprimer leurs potentialités et accéder aux mêmes opportunités.

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