| Entre l’environnement et la compétitivité, notre cœur, celui de l’Europe, balance! (et hésite à tout balancer). Dans une tribune du journal Le Monde, Elvire Regnier, consultante en stratégie d’achat et chargée de cours à l’ ESSEC et à HEC, ajoute une composante géostratégique au débat. Le sacrifice de l’ambition environnementale de l’Europe pourrait rendre incontournable la Chine lorsque, de manière inévitable, les catastrophes naturelles rendront un retour à des régulations strictes. |
Entre les pressions américaines et l’ambition chinoise, l’Europe doit choisir : maintenir ses exigences environnementales ou céder au pragmatisme économique. Les principes de transparence, inspirés des États-Unis, pourraient alors être sacrifiés sur l’autel de la compétitivité.
La directive CSRD pour le reporting extra-financier est la digne héritière spirituelle de la loi Sarbanes-Oxley pour la transparence financière. Elle impose aux entreprises européennes de rendre des comptes sur leurs impacts environnementaux et sociaux. Pourtant, face à la menace d’une guerre commerciale avec les États-Unis, l’Europe hésite. Réduire ses ambitions environnementales pourrait sembler une concession nécessaire pour protéger son économie, mais à quel prix ?
Pourtant pendant ce temps, la Chine avance à grands pas. Pékin a compris que l’avenir appartient à ceux qui maîtrisent les énergies renouvelables. Avec 35 % de sa production électrique issue de sources renouvelables et des projets ambitieux en Afrique, la Chine se positionne comme un leader incontournable. Les entreprises chinoises, soucieuses de leurs scores ESG, adoptent des pratiques exemplaires, telles que le doublement des salaires pour les employés sans voiture. Ces initiatives séduisent les acheteurs occidentaux, autrefois réticents à cause des pratiques industrielles chinoises.
La coopération sino-africaine montre aussi cette nouvelle dynamique. En finançant des projets d’énergie propre et en soutenant le développement durable, la Chine gagne en crédibilité sur la scène internationale. Cette stratégie pourrait s’avérer payante lorsque les catastrophes naturelles imposeront un retour à des régulations environnementales strictes en Occident. La Chine, avec ses produits abordables et respectueux de l’environnement, pourrait alors devenir incontournable.
L’Europe se trouve ainsi face à un dilemme : sacrifier ses principes pour gagner du temps ou maintenir le cap pour ne pas perdre son âme. La réponse à cette question déterminera non seulement son avenir économique, mais aussi sa place dans le concert des nations engagées pour la planète. Car, au-delà des considérations économiques, c’est bien de notre responsabilité collective qu’il s’agit. L’Europe doit-elle se contenter de suivre ou peut-elle encore inspirer ?
L’histoire nous enseigne que les grandes avancées naissent souvent de la capacité à concilier ces deux impératifs qui ne ménagent qu’une voie étroite: réalisme économique et idéalisme environnemental. L’Europe, berceau de la révolution industrielle, peut-elle devenir le fer de lance d’une révolution verte ? L’avenir nous le dira, mais une chose est sûre : le statu quo n’est plus une option.
La ressource
- La tribune dans le journal Le Monde Sur le terrain environnemental, la Chine creuse un écart qui risque de devenir irrattrapable pour les entreprises occidentales
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