| L’étude récente menée par des chercheurs du Dartmouth College marque une avancée considérable dans notre compréhension des impacts climatiques attribuables aux grandes entreprises. En reliant de manière inédite les émissions de gaz à effet de serre (GES) à des dommages climatiques spécifiques, cette recherche ouvre des perspectives nouvelles, tant sur le plan scientifique que juridique. Imaginez un instant que chaque goutte de sueur versée sous un soleil de plomb, chaque récolte perdue à cause d’une sécheresse implacable, puisse être directement imputée aux activités d’une poignée d’entreprises. C’est précisément ce que permet le cadre scientifique développé par ces chercheurs. En utilisant des données d’émissions directes et indirectes (scopes 1 et 3) des principales entreprises, ils ont réussi à quantifier les pertes économiques liées à la chaleur extrême causée par ces émissions. Le chiffre est vertigineux : 28 000 milliards de dollars de dommages économiques mondiaux entre 1991 et 2020, rien que pour la chaleur. |
Ce montant astronomique n’est pas réparti équitablement. Dix majors pétro-gazières, dont Saudi Aramco, Gazprom, Chevron, et ExxonMobil, sont responsables de plus de la moitié de ces coûts. Chevron, par exemple, aurait causé entre 791 et 3 600 milliards de dollars de pertes, affectant de manière disproportionnée les régions tropicales, pourtant moins responsables du réchauffement. Cette injustice climatique est d’autant plus frappante qu’elle souligne l’écart béant entre les bénéficiaires de l’économie fossile et ses victimes.
L’étude chiffre les dégâts, mais elle révèle également l’impact physique de ces émissions. Les rejets de Chevron auraient contribué à une augmentation de 0,025°C de la température terrestre. Chaque pourcentage de GES émis depuis 1990 aurait causé 502 milliards de dollars de dégâts dus à la chaleur, sans compter les coûts des ouragans, sécheresses et inondations. Ces chiffres, bien que partiels, illustrent l’ampleur des dommages et la nécessité d’une action urgente.
Le cadre scientifique développé par les chercheurs pourrait bien lever un obstacle majeur dans les actions en justice climatique. En établissant des liens quantitatifs entre les émetteurs individuels et les préjudices spécifiques, il permet de dépasser le « voile du déni plausible » qui protégeait jusqu’ici les entreprises. Justin Mankin, climatologue à Dartmouth et co-auteur de l’étude, résume cette avancée : « Nous pouvons désormais remonter jusqu’aux principaux émetteurs. »
Cette percée scientifique intervient dans un contexte où les poursuites judiciaires liées aux dommages climatiques se multiplient. Selon le cabinet d’études Zero Carbon Analytics, 68 poursuites ont été intentées dans le monde, dont plus de la moitié aux États-Unis. Ces actions sont souvent retardées par la difficulté de prouver la responsabilité des entreprises. Le nouveau cadre pourrait changer la donne, en fournissant aux tribunaux un outil transparent et reproductible pour évaluer les demandes de responsabilité.
Christopher Callahan, auteur principal de l’étude, compare cette responsabilité à celle des sociétés pharmaceutiques face aux effets négatifs de leurs médicaments. « Les sociétés de combustibles fossiles ne devraient pas être excusées des dommages qu’elles ont causés par la prospérité que leurs produits ont générée », affirme-t-il. Cette analogie est pertinente : elle rappelle que la responsabilité ne se mesure pas uniquement à l’aune des bénéfices, mais aussi des coûts humains et environnementaux.
Les Ressources
- l’article Novethic Des chercheurs parviennent à relier des majors pétro-gazières aux dommages climatiques qu’elles ont provoqués, une première
- L’étude (accès payant)
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