| Le rapport « QuotaClimat – 2025-04 – 1er rapport de la détection automatisée de la désinformation climatique dans la télévision et la radio françaises » analyse la désinformation climatique dans les médias traditionnels français. C’en est la première version issue de la détection automatisée. Porté par un collectif d’ONGs, le rapport identifie les tendances actuelles et les risques associés à la propagation de fausses informations sur le climat. Il s’appuie sur des données traitées par l’Observatoire des Médias sur l’Écologie et des méthodologies d’intelligence artificielle pour identifier et valider les cas de désinformation. |
Raison d’être du projet
Les médias mainstream : catalyseurs ou inhibiteurs ?
Les médias traditionnels jouent un rôle crucial dans la formation des perceptions publiques et la diffusion de l’information. Cependant, ils sont également des vecteurs potentiels de désinformation climatique. Le rapport souligne que, malgré la confiance accordée aux journaux télévisés et aux chaînes d’information en continu, ces médias sont de plus en plus exposés à des narratifs fallacieux. Cette situation est aggravée par l’absence de contradictoire proportionné et la multiplication des formats d’opinion, souvent influencés par des intérêts économiques et politiques.
Changement climatique et désinformation : des défis interconnectés
Le changement climatique et la désinformation sont deux défis interconnectés. Le Rapport sur les risques mondiaux 2024 du Forum économique mondial identifie la désinformation comme le principal risque à court terme, tandis que les menaces climatiques dominent à long terme. La désinformation climatique est utilisée comme outil stratégique par divers acteurs pour entraver l’action environnementale, ce qui pose un risque significatif pour la transition écologique et énergétique.
La désinformation climatique : une menace croissante
La désinformation climatique est en expansion, tant en ligne qu’hors ligne. Elle est favorisée par des développements technologiques rapides, des tendances politiques à la déréglementation, une crise de confiance, et des ingérences étrangères. Le rapport note que le changement climatique est l’un des sujets les plus exposés à la désinformation, avec des implications géopolitiques importantes.
Un moment politique unique à saisir
Le rapport met en avant une reconnaissance politique émergente de la menace de la désinformation climatique. Des initiatives mondiales, comme celle lancée par le gouvernement brésilien, l’UNESCO et l’ONU, visent à promouvoir l’intégrité de l’information sur le changement climatique. Cependant, ces initiatives doivent être soutenues par des actions concrètes et des financements adéquats pour être pleinement efficaces.
Résultats de l’analyse sur la période concernée
Prévalence de la désinformation climatique
Sur le premier trimestre 2025, 128 cas de désinformation climatique ont été détectés, soit une dizaine de cas par semaine. Cette prévalence est particulièrement notable lors d’événements politiques majeurs, comme l’investiture de Donald Trump ou le lancement de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) en France. Les médias privés, notamment Sud Radio, sont particulièrement perméables à la désinformation climatique.
Sur-représentation de la désinformation climatique lors de certains événements politiques
Le rapport identifie des pics de désinformation climatique lors d’événements politiques majeurs. Par exemple, la semaine de l’investiture de Donald Trump a vu une augmentation de 150 % des cas de désinformation par rapport aux semaines précédentes. Cette perméabilité des médias traditionnels à des narratifs de désinformation climatique lors d’événements géopolitiques est préoccupante, surtout dans un contexte de montée en puissance de gouvernements adoptant une posture de déni climatique.
Comparaison entre les chaînes d’information : prévalence de certaines chaînes privées
L’analyse montre que les chaînes privées, en particulier Sud Radio, sont les plus touchées par la désinformation climatique. Sud Radio représente à lui seul 45 % de la désinformation relative identifiée dans les contenus d’information. Cette situation souligne l’urgence de renforcer la régulation et la formation des journalistes pour contrer ces tendances.
La désinformation climatique politique dans le service audiovisuel public
Le service audiovisuel public a également été touché par la désinformation climatique, ce qui est particulièrement inquiétant étant donné sa mission d' »éducation à l’environnement et au développement durable ». Le rapport appelle à un renforcement des actions de formation et de debunking pour les journalistes, ainsi qu’à une meilleure recontextualisation des paroles rapportées.
Lien avec la couverture médiatique dans l’ensemble
La faible couverture médiatique des sujets environnementaux (seulement 2 % du temps d’antenne) contribue à la vulnérabilité de la population aux campagnes de désinformation climatique. Le rapport souligne l’importance d’augmenter la quantité d’information environnementale pour protéger les citoyens face à cette menace informationnelle.
Type de narratifs de désinformation et discours de l’inaction
Identification de vagues thématiques ponctuelles
L’analyse identifie deux sujets particulièrement exposés à la désinformation climatique : l’énergie et la mobilité. Les affirmations fausses et trompeuses portent notamment sur les véhicules électriques et les énergies renouvelables, ce qui est préoccupant compte tenu du consensus scientifique sur la nécessité de décarboner notre mix énergétique et d’électrifier notre parc automobile.
Dépasser le cadre de la désinformation pour analyser les discours de l’inaction
Le rapport utilise la taxonomie CARDS (Computer Assisted Recognition of Denial and Skepticism) pour identifier les narratifs favorisant l’inaction climatique. Les narratifs les plus saillants incluent le discrédit porté sur les solutions à la crise climatique et sur les messagers de la transition, ainsi que le déni du consensus scientifique.
Analyse de cas spécifiques
Le rapport détaille plusieurs cas spécifiques de désinformation climatique, comme les affirmations de Luc Ferry sur LCI concernant les voitures électriques ou les propos de Christian Gérondeau sur Radio Classique niant l’origine anthropique du réchauffement climatique. Ces exemples illustrent la nécessité d’une meilleure régulation et d’une formation renforcée des journalistes pour contrer ces discours fallacieux.
Méthodologie et périmètre
Le rapport décrit la méthodologie utilisée pour détecter et valider les cas de désinformation climatique. Il s’appuie sur une détection automatisée par des algorithmes de traitement automatique du langage (NLP), suivie d’une validation manuelle par des experts de Science Feedback. La classification des segments en désinformation est basée sur des critères de crédibilité et de potentiel de nuisance.
Recommandations d’actions
Pour les médias
Le rapport appelle les médias à amplifier la couverture des sujets environnementaux, à renforcer la formation des journalistes aux enjeux environnementaux, et à adapter les pratiques de fact-checking pour contrer la désinformation en temps réel. Il souligne également la nécessité de remettre en question la montée en puissance de l’infotainment au détriment de l’information factuelle.
Pour le régulateur
L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) doit assumer son rôle et instruire les saisines en matière de désinformation climatique avec rapidité et proportionnalité. Le rapport appelle à une précision des compétences de l’ARCOM pour mieux lutter contre la désinformation climatique.
Pour le législateur
Le rapport soutient une proposition de loi visant à garantir que la programmation reflète l’état des connaissances scientifiques concernant les enjeux environnementaux. Il appelle à l’inscription de cette proposition de loi à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.
Pour les annonceurs
Les annonceurs sont invités à sensibiliser leurs partenaires médiatiques à la menace de la désinformation climatique et à exercer un levier financier pour encourager une couverture médiatique responsable.
Pour la société civile
Le rapport appelle les citoyens et acteurs de la société civile à être exigeants face aux sources d’information, à vérifier les informations suspectes, à diversifier leurs sources d’information, et à soutenir la presse indépendante.
Les ressources
- Le rapport Quota Climat 1er rapport de la détection automatisée de la désinformation climatique dans la télévision et la radio françaises
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