Quel rôle pour la grande distribution pour l’alimentation bio – par la Fondation pour la Nature et l’Homme

Le rapport de la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH) d’avril 2025, « Alimentation bio : quel rôle de la grande distribution ? », explore le rôle fondamental de la grande distribution dans le développement de l’agriculture biologique en France. Analyse des stratégies des principaux distributeurs, défis et opportunités pour soutenir les filières bio dans un contexte économique et social en mutation.

Contexte : une agriculture bio en crise

L’agriculture biologique, encadrée par un cahier des charges strict interdisant les pesticides et engrais de synthèse, présente des bénéfices avérés pour la biodiversité, la santé et la qualité des sols. Pourtant, malgré ces avantages, elle traverse une crise sans précédent. Les ventes de produits bio ont chuté de 6 % entre 2020 et 2023, et la part des surfaces agricoles bio en France stagne à 10,36 %, loin de l’objectif de 21 % fixé pour 2030. Cette situation s’explique par une inflation record, une baisse du pouvoir d’achat des ménages, et une défiance croissante envers les produits bio, souvent perçus comme élitistes ou trop chers.

Les producteurs bio sont particulièrement touchés : contraints de vendre leurs produits au prix du conventionnel, nombreux sont ceux qui remettent en question la pérennité de leur activité. En 2023, on observe même un recul des surfaces bio pour la première fois, avec 54 000 hectares déclassés. Cette crise met en péril non seulement les filières bio, mais aussi les ambitions nationales et européennes en matière de transition agricole.

La grande distribution, acteur incontournable

Représentant 61 % des ventes alimentaires en France, la grande distribution joue un rôle majeur dans l’orientation des pratiques alimentaires. Son pouvoir d’influence est considérable : elle façonne l’offre alimentaire, oriente les comportements des consommateurs et exerce une pression économique sur les filières agricoles. Historiquement, la grande distribution a été un moteur dans la démocratisation du bio, notamment entre 2010 et 2020, grâce à des stratégies ambitieuses : développement des marques distributeurs bio, création de corners dédiés, et investissements publicitaires massifs.

Cependant, depuis 2021, face à l’inflation et à la baisse de la demande, les enseignes ont réduit leurs efforts. Les références bio ont été déclassées, les investissements médiatiques réduits, et les objectifs chiffrés en matière de bio ont disparu des feuilles de route des distributeurs. Cette désaffection met en lumière une tension entre les engagements affichés et les actions concrètes.

Les résultats de l’enquête : des stratégies contrastées

L’enquête menée par la FNH, en partenariat avec le cabinet CERESCO, évalue les stratégies bio de huit groupes de distribution (E. Leclerc, Carrefour, Les Mousquetaires, Auchan, Casino, Coopérative U, Aldi et Lidl). Les résultats révèlent des engagements très contrastés.

  • Carrefour et Coopérative U se distinguent par des stratégies transversales, bien que perfectibles, avec des parts de chiffre d’affaires bio autour de 7 %. Ces enseignes maintiennent des partenariats avec les filières bio et des actions de communication, mais leurs efforts restent insuffisants pour relancer la dynamique.
  • Monoprix affiche une part d’offre bio particulièrement élevée (15 %), facilitée par une clientèle à fort pouvoir d’achat, mais sans ambition claire pour développer davantage le label.
  • Lidl propose une offre bio accessible en prix, mais sans stratégie dédiée, tandis qu’Intermarché limite les déréférencements grâce à sa marque distributeur bio.
  • Leclerc, Aldi et Auchan sont critiqués pour leur manque de transparence et d’ambition, avec des stratégies bio peu visibles et des engagements limités.

Feuille de route pour l’avenir

Pour relancer le bio, la FNH propose une série de recommandations pour les enseignes et les décideurs politiques. Les distributeurs doivent réinscrire l’agriculture biologique dans leurs stratégies, avec des objectifs ambitieux (au moins 12 % de ventes alimentaires bio en 2030) et un pilotage rigoureux. Ils doivent également renouer des liens avec les filières bio, via des contrats tripartites et des engagements sur les volumes et les prix.

Les pouvoirs publics, quant à eux, doivent fixer des objectifs contraignants pour les distributeurs, renforcer la transparence sur les marges bio, et soutenir financièrement les filières bio. Une réflexion sur la valorisation des achats bio via les tickets restaurant est également encouragée.

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