| « Intégrer le vivant au cœur des entreprises » de Rivaje explore les défis et opportunités liés à la préservation de la biodiversité par les entreprises. Il démontre que la biodiversité n’est pas seulement une question écologique, mais aussi économique et stratégique. Ce document, fruit d’une collaboration entre rivaje, la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC), makesense et l’Institut du Commerce, propose une feuille de route pour les entreprises souhaitant s’engager dans cette transition essentielle. |
Préface : un appel à l’action
La préface, portée par Éric Duverger, fondateur de la CEC, pose le constat : l’effondrement de la biodiversité est une réalité incontournable, et les entreprises, en tant qu’acteurs majeurs de cette crise, doivent en devenir les solutions. En s’appuyant sur les mots d’Aurélien Barrau, le rapport rappelle que la croissance économique ne peut plus se concevoir sans une réflexion profonde sur ses impacts environnementaux. La biodiversité, souvent reléguée au second plan derrière les enjeux climatiques, est pourtant un pilier indispensable à la pérennité des activités humaines.
Philippe Descola, anthropologue, souligne que la coupure entre « nature » et « culture » est une spécificité occidentale. De nombreuses sociétés, au contraire, perçoivent le vivant comme un tissu relationnel dont l’humain fait partie intégrante. Cette vision holistique est au cœur des réflexions proposées dans ce rapport.
Pourquoi cette étude ?
La biodiversité s’effondre, et les entreprises sont à la fois dépendantes de sa préservation et responsables de sa dégradation. Selon le Forum Économique Mondial, 50 % du PIB mondial dépend directement des écosystèmes. Pourtant, les entreprises peinent encore à intégrer ces enjeux dans leurs stratégies. Ce rapport vise à combler cette lacune en proposant des outils concrets et des retours d’expérience inspirants.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 73 % des populations d’animaux sauvages ont disparu entre 1970 et 2020, et 85 % des zones humides ont été détruites. Les causes de cette érosion sont multiples : changement d’usage des terres, surexploitation des ressources, changement climatique, pollutions et espèces exotiques envahissantes. Face à ces défis, les entreprises doivent repenser leurs modèles pour s’inscrire dans les limites planétaires.
Les entreprises pionnières : des exemples concrets
Le rapport s’appuie sur les témoignages de 12 entreprises engagées dans la préservation du vivant, issues de secteurs variés (agroalimentaire, finance, énergie, textile, etc.). Parmi elles, Yves Rocher, Danone, Ecotone ou encore Engie Green partagent leurs réussites et leurs défis. Ces entreprises montrent qu’il est possible de concilier performance économique et respect de la biodiversité, à condition de repenser en profondeur ses pratiques.
Par exemple, Yves Rocher a intégré la préservation de la biodiversité dans sa mission d’entreprise, en s’appuyant sur des labels comme UEBT pour garantir des pratiques responsables. De son côté, Ecotone a mis en place un cahier des charges exigeant pour ses fournisseurs, visant à promouvoir des pratiques agricoles régénératrices. Ces initiatives montrent que la transition est possible, mais qu’elle nécessite un engagement fort et une vision à long terme.
Les leviers d’action pour les entreprises
1. Sensibiliser et mobiliser les collaborateurs
La première étape pour intégrer la biodiversité dans une entreprise est de sensibiliser les équipes. Les entreprises interrogées utilisent des outils comme La Fresque du Climat ou La Fresque de la Biodiversité pour éduquer leurs collaborateurs. Ecotone, par exemple, a rendu obligatoire un MOOC sur les enjeux de biodiversité pour tous ses nouveaux arrivants. D’autres, comme Oé, organisent des journées de mobilisation sur le terrain, permettant aux salariés de participer à des actions concrètes de préservation de la nature.
Ces initiatives ne sont pas uniquement pédagogiques : elles créent un sentiment d’appartenance et de cohérence entre les valeurs de l’entreprise et les actions menées. Cependant, elles doivent être accompagnées d’une gouvernance solide pour éviter les incohérences perçues par les collaborateurs.
2. Repenser la gouvernance
Pour que la préservation de la biodiversité devienne une priorité stratégique, elle doit être intégrée dans la mission de l’entreprise et dans ses objectifs opérationnels. Oé, par exemple, a défini une mission claire : « Transformer l’agriculture, la consommation et l’entreprise au service du bien commun ». Cette mission guide toutes les décisions de l’entreprise, des choix stratégiques aux actions opérationnelles.
Certaines entreprises, comme Ecotone, vont plus loin en intégrant des objectifs environnementaux dans les primes de leurs collaborateurs. Cette approche aligne les intérêts individuels avec les objectifs collectifs de l’entreprise, renforçant ainsi l’engagement de chacun.
3. Mesurer son empreinte biodiversité
Mesurer son impact sur la biodiversité est une étape essentielle pour agir efficacement. Des outils comme le Global Biodiversity Score (GBS) permettent d’évaluer les pressions exercées sur les écosystèmes. La Banque Postale, par exemple, a utilisé cet outil pour mesurer son empreinte biodiversité sur l’ensemble de ses activités.
Cependant, la mesure ne doit pas être une fin en soi. Elle doit servir de base pour définir des objectifs chiffrés et des plans d’action concrets. Ecotone suit ainsi une dizaine d’indicateurs clés, comme la part de produits bio dans ses recettes ou son empreinte carbone, pour s’assurer de rester sur la bonne trajectoire.
4. Transformer son modèle d’affaires
Repenser son modèle d’affaires est souvent la partie la plus complexe, mais aussi la plus essentielle. Cela peut passer par l’intégration de nouvelles contraintes, comme le refus de travailler avec certains clients ou la réduction des impacts liés au transport. Omie, par exemple, a décidé de ne pas vendre ses produits aux compagnies aériennes pour limiter son empreinte carbone.
D’autres entreprises, comme 1083, ont choisi de produire localement pour réduire les distances de transport. En fabriquant ses jeans exclusivement en France, 1083 limite son empreinte carbone tout en soutenant l’économie locale.
5. Produire autrement
La production responsable passe par le choix de ressources durables, la réduction des déchets et l’augmentation de la réparabilité des produits. Ecotone, par exemple, a diversifié ses sources d’approvisionnement pour éviter la monoculture et favoriser la biodiversité. Oé, de son côté, a supprimé les emballages superflus et mis en place des systèmes de consigne pour réduire ses déchets.
Ces initiatives montrent que la production responsable n’est pas seulement une question de coûts, mais aussi d’innovation et de créativité. En repensant leurs processus, les entreprises peuvent non seulement réduire leur impact environnemental, mais aussi créer de la valeur ajoutée.
6. Innover et explorer de nouvelles voies
L’innovation est au cœur de la transition écologique. Oé, par exemple, a lancé un projet pilote pour expérimenter des pratiques agricoles régénératrices sur ses domaines viticoles. Ces initiatives permettent de tester de nouvelles idées à petite échelle avant de les déployer plus largement.
D’autres entreprises, comme Engie Green, collaborent avec des scientifiques pour développer des solutions innovantes, comme la réduction des nuisances sonores des éoliennes en s’inspirant des ailes des hiboux. Ces exemples montrent que l’innovation peut naître de la collaboration entre différents acteurs, y compris ceux extérieurs à l’entreprise.
7. Collaborer avec ses parties prenantes
La transition écologique ne peut pas être menée en silo. Les entreprises doivent collaborer avec leurs parties prenantes, qu’il s’agisse de fournisseurs, de clients ou d’acteurs locaux. Green-Got, par exemple, a mis en place une gouvernance participative en impliquant ses clients dans la sélection des projets à financer.
Cette approche collaborative permet de renforcer l’engagement de chacun et de créer un écosystème vertueux autour de l’entreprise. Elle est également essentielle pour surmonter les résistances et les obstacles liés à la transition.
Agir sur le site de l’entreprise
Le site de l’entreprise est souvent le premier lieu où les actions concrètes peuvent être mises en œuvre. 1083, par exemple, a adopté une politique de non-artificialisation des sols en choisissant de rénover des bâtiments existants plutôt que d’en construire de nouveaux. D’autres entreprises, comme Ecotone, ont installé des ruches ou des jardins comestibles sur leurs sites pour favoriser la biodiversité locale.
Ces initiatives, bien que symboliques, sont un premier pas vers une démarche plus systémique. Elles permettent de sensibiliser les collaborateurs et de créer une dynamique positive autour de la préservation de la biodiversité.
Conclusion : un chemin joyeux et nécessaire
Le rapport se conclut sur une note d’espoir. Les solutions existent, et les entreprises pionnières montrent qu’il est possible de concilier performance économique et préservation de la biodiversité. Cependant, cela nécessite un engagement sincère, une gouvernance solide et une collaboration avec l’ensemble des parties prenantes.
Comme le souligne Lynn Margulis, « la vie n’a pas conquis le globe par le combat, mais par la mise en réseau ». Cette citation résume à elle seule l’esprit de ce rapport : la coopération et l’innovation sont les clés pour relever les défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés.
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