Une génération exposée : protéger les droits de l’enfant dans un monde en surchauffe – par Save the Children

Ce rapport est une analyse de l’injustice climatique intergénérationnelle. Il démontre que les enfants d’aujourd’hui vivront une vie marquée par des extrêmes climatiques inédits, à moins d’un sursaut politique et financier mondial. Les enfants nés en 2020 vivront, en moyenne, deux fois plus d’événements climatiques extrêmes que leurs grands-parents. Si le réchauffement dépasse 2,7°C, jusqu’à 92 % d’entre eux seront exposés à des canicules inédites. Pourtant, limiter le réchauffement à 1,5°C permettrait d’épargner 58 millions d’enfants de ces expositions. Le rapport démontre que l’adaptation centrée sur les droits de l’enfant – dans la santé, l’éducation, la protection sociale ou l’alimentation – est non seulement possible, mais déjà en marche. Il propose une refonte urgente des financements climatiques, la reconnaissance des enfants comme acteurs à part entière, et à une justice climatique intergénérationnelle.

Une génération née dans la tourmente

Les enfants nés en 2020 vivront une vie marquée par des extrêmes climatiques que leurs grands-parents n’auraient eu qu’une chance sur 10000 de connaître. Cette réalité n’est pas une projection farfelue, mais une certitude statistique, issue de modélisations menées par la Vrije Universiteit Brussel. Le changement climatique n’est plus une menace : il est devenu un contexte de vie. Et dans ce contexte, les enfants – surtout ceux des pays à faibles revenus – sont les plus exposés, les moins responsables, et les plus oubliés des politiques climatiques.

Impacts des risques climatiques sur les enfants : une vulnérabilité systémique

Le rapport analyse les impacts climatiques sur les enfants, en soulignant leur vulnérabilité physiologique, psychologique et sociale. Les chiffres sont effrayants : 774 millions d’enfants vivent à la croisée de la pauvreté et du risque climatique élevé. Le changement climatique exacerbe les violences, les mariages précoces, les déplacements forcés, et les ruptures d’accès aux services essentiels. Il redéfinit ce que signifie être un enfant au XXIe siècle.

« Le climat n’est pas une menace future. Il est déjà là, en train de réécrire nos enfances. »

Les politiques climatiques, quant à elles, restent largement aveugles aux droits de l’enfant. Moins de 2,4 % des financements climatiques multilatéraux entre 2006 et 2023 ont été considérés comme « child-responsive ». Et encore, souvent de manière marginale.

Une vie d’extrêmes : six menaces climatiques majeures

Le rapport s’appuie sur une modélisation pour projeter l’exposition des enfants nés en 2020 à six types d’extrêmes climatiques : canicules, sécheresses, inondations fluviales, cyclones tropicaux, incendies de forêt et pertes de récoltes. Ces événements, autrefois rares, deviennent la toile de fond d’une vie entière. Le concept d’unprecedented lifetime exposure – une exposition que l’on n’aurait eu qu’une chance sur 10 000 de vivre sans changement climatique anthropique – devient la norme pour des millions d’enfants.

Les canicules sont les plus répandues : à 3,5°C de réchauffement, 92 % des enfants nés en 2020 y seront confrontés, contre 52 % à 1,5°C. Ces vagues de chaleur ne sont pas de simples désagréments : elles affectent la santé mentale et physique, perturbent l’apprentissage, aggravent la malnutrition et frappent plus durement les enfants vivant dans des bidonvilles ou sans accès à l’eau, à l’ombre ou à la climatisation.

Les pertes de récoltes, quant à elles, menacent directement la sécurité alimentaire. À 3,5°C, près de 35 millions d’enfants seront exposés à des défaillances agricoles inédites, avec des conséquences en cascade : hausse des prix, malnutrition, déscolarisation, mariages précoces. Le rapport souligne que ces effets sont déjà visibles, notamment en Afrique de l’Est et en Asie du Sud.

Les inondations fluviales et les cyclones tropicaux – bien que géographiquement plus localisés – provoquent des destructions massives d’infrastructures, de logements, d’écoles. À 3,5°C, 16 millions d’enfants seront exposés à des crues fluviales extrêmes, et 12 millions à des cyclones d’une intensité inédite. Le traumatisme psychologique, les déplacements forcés et la perte d’accès aux services essentiels sont autant de conséquences durables.

Les sécheresses, souvent silencieuses, sont des multiplicateurs de vulnérabilité. Elles compromettent l’accès à l’eau, à l’hygiène, à l’alimentation, et exacerbent les inégalités de genre. En Éthiopie, par exemple, les mariages précoces ont bondi de 119 % dans les zones les plus touchées par la sécheresse en 2022.

Enfin, les incendies de forêt, bien que moins fréquents, affectent la qualité de l’air, provoquent des maladies respiratoires chroniques et forcent des milliers d’enfants à fuir leur foyer. À 3,5°C, 11,5 millions d’enfants seront exposés à ces feux incontrôlables.

« Chaque dixième de degré évité, c’est une vie d’enfant moins marquée par la peur, la faim ou l’exil. »

Le rapport insiste : ces projections ne sont pas des fatalités. Elles sont des avertissements. Et chaque scénario climatique – 1,5°C, 2,7°C, 3,5°C – dessine un futur radicalement différent pour les enfants d’aujourd’hui.

Adapter sans trahir : des pratiques prometteuses centrées sur l’enfant

Face à l’inexorabilité de certains impacts climatiques, l’adaptation n’est plus une option, mais une condition de survie. Et si l’on veut qu’elle soit juste, efficace et durable, elle doit être pensée avec et pour les enfants. Le rapport explore une constellation d’initiatives concrètes, ancrées dans les territoires, qui démontrent qu’une adaptation centrée sur les droits de l’enfant est non seulement possible, mais déjà en cours.

Dans le domaine de la santé, des systèmes résilients émergent, capables de maintenir les soins essentiels même en période de crise. Aux Philippines, un outil de gestion des risques climatiques a été intégré dans les services de santé publique pour anticiper les ruptures d’accès aux soins maternels et infantiles lors des typhons. Ce type d’intégration systémique permet de sauver des vies, mais aussi de préserver la continuité des services dans les moments les plus critiques.

L’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (WASH) est un autre pilier. Des solutions comme les systèmes de pompage solaire, la collecte des eaux de pluie ou les technologies sociales à petite échelle permettent de garantir un accès durable à l’eau potable, même dans les zones les plus exposées. Ces infrastructures, souvent simples mais ingénieuses, protègent les enfants contre les maladies hydriques et les privations qui compromettent leur développement.

L’éducation, elle aussi, se réinvente. Des écoles résilientes, conçues pour résister aux inondations ou aux cyclones, voient le jour. Des programmes scolaires intègrent désormais l’alphabétisation climatique, transformant les élèves en acteurs de la résilience communautaire. Au Bangladesh, des enfants participent à l’élaboration de plans de sécurité scolaire, renforçant à la fois leur protection et leur pouvoir d’agir.

En matière de protection de l’enfance, deux approches se distinguent : les espaces amis des enfants, qui offrent un havre de stabilité psychologique après une catastrophe, et le renforcement des systèmes de protection sociale, pour prévenir les violences, les mariages précoces ou le travail des enfants. Ces dispositifs, lorsqu’ils sont intégrés aux politiques climatiques, deviennent des remparts contre les effets secondaires les plus insidieux du dérèglement climatique.

L’alimentation et les moyens de subsistance sont également au cœur des stratégies d’adaptation. En Éthiopie, la diversification des cultures a permis de réduire la malnutrition infantile. Au Brésil, un projet agroécologique a formé des milliers de jeunes à des pratiques agricoles résilientes, tout en renforçant l’autonomie économique des femmes. Ces approches combinent sécurité alimentaire, justice sociale et durabilité écologique.

Enfin, les systèmes de protection sociale adaptatifs – comme les transferts monétaires anticipés – permettent aux familles de faire face aux chocs climatiques sans sacrifier l’éducation ou la santé de leurs enfants. Au Bangladesh, des protocoles d’action précoce ont permis d’anticiper les effets d’El Niño, en garantissant l’accès à l’eau, à l’alimentation et à l’école pour des milliers d’enfants.

« Nous appelons les dirigeants à investir dans des projets d’adaptation portés localement, qui reflètent les besoins et les voix des enfants. » – Enfants de Somalie

Ces exemples, loin d’être anecdotiques, dessinent les contours d’une adaptation enracinée dans les droits, portée par les communautés, et attentive aux vulnérabilités spécifiques des enfants. Ils montrent que l’adaptation ne doit pas être une fuite en avant technocratique, mais une réponse humaine, sensible, et profondément politique.

Financer la résilience des enfants : une urgence politique

Le rapport dénonce le fait que les pays les plus vulnérables soient aussi les plus endettés, et qu’ils reçoivent deux fois moins en financements climatiques qu’ils ne paient en remboursement de dette. Le financement de l’adaptation et des pertes et dommages doit atteindre au moins 300 milliards de $ par an d’ici 2035, selon les engagements de la COP29. Mais ce chiffre reste très en deçà des besoins réels.

Le rapport appelle à :

  • Réformer l’architecture financière internationale (Banque mondiale, FMI, etc.).
  • Appliquer le principe du pollueur-payeur (taxes sur les industries fossiles, aviation, etc.).
  • Simplifier l’accès aux financements pour les acteurs locaux.

« Les enfants ne peuvent pas attendre que les systèmes financiers se réforment. Ils vivent la crise maintenant. »

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