| Le rapport 2025 de l’AIE sur les minéraux critiques est un signal d’alarme lucide et documenté. Il montre que la transition énergétique ne se fera pas sans une stratégie minérale cohérente, diversifiée et durable. Derrière l’apparente abondance des ressources se cachent des vulnérabilités systémiques : concentration extrême, dépendances géopolitiques, goulets d’étranglement technologiques. |
Etat du marché des minéraux critiques
« Les minéraux critiques sont devenus les nouveaux baromètres de la sécurité énergétique mondiale. »
L’année 2024 a confirmé que les marchés des minéraux critiques ne sont plus de simples sous-segments de l’économie extractive : ils sont désormais au cœur des tensions géopolitiques, des arbitrages industriels et des stratégies climatiques. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) indique donc en conséquence que la sécurité d’approvisionnement en minéraux critiques est devenue une condition sine qua non de la transition énergétique.
Une année de paradoxes
Alors que les prix de nombreux métaux de batterie (lithium, cobalt, nickel) ont poursuivi leur chute, la demande n’a jamais été aussi soutenue. Cette dynamique paradoxale – croissance de la demande et baisse des prix – s’explique par une expansion rapide de l’offre, notamment en Chine, en Indonésie et en Afrique. Mais cette abondance apparente masque une réalité plus fragile : les chaînes d’approvisionnement restent extrêmement concentrées, et donc vulnérables.
Une concentration qui s’aggrave
Entre 2020 et 2024, la part des trois principaux pays dans le raffinage des minéraux critiques est passée de 82 % à 86 %. Pour certains matériaux, cette concentration atteint des sommets : la Chine contrôle 95 % du graphite de qualité batterie, 77 % du cobalt raffiné, et 98 % des terres rares lourdes. Le raffinage du nickel est désormais dominé par l’Indonésie, dont la croissance fulgurante repose sur des procédés énergivores et peu diversifiés.
« La diversification est un impératif stratégique, mais le marché évolue dans la direction opposée. »
Une réponse politique mondiale
Face à ces déséquilibres, les gouvernements ont réagi avec une vigueur inédite. Les États-Unis ont multiplié les décrets pour accélérer les permis et soutenir les projets domestiques. L’Union européenne a désigné 47 projets stratégiques dans le cadre de son Critical Raw Materials Act. L’Australie, le Canada, le Japon, la Corée et plusieurs pays africains ont lancé des programmes de financement, de traçabilité ou de co-investissement.
Mais l’AIE souligne que les forces du marché seules ne suffiront pas. Les coûts d’investissement dans les régions diversifiées sont en moyenne 50 % plus élevés que chez les producteurs dominants. Il faut donc des mécanismes de stabilisation des prix, des garanties de volumes, et des incitations ciblées pour les productions à faible empreinte carbone.
Elargissement du périmètre de l’analyse
Le rapport 2025 innove en élargissant son périmètre au delà des six minéraux clés de l’énergie (cuivre, lithium, nickel, cobalt, graphite, terres rares). Il intègre une vingtaine de matériaux stratégiques multisectoriels (gallium, germanium, antimoine, tungstène, etc.) utilisés dans les semi-conducteurs, l’aéronautique, les technologies de défense ou les équipements médicaux. Ces marchés, bien que plus petits, sont encore plus volatils et concentrés, avec des risques systémiques en cas de rupture.
Une méthodologie robuste
L’analyse repose sur trois scénarios énergétiques (STEPS, APS, NZE) et deux scénarios d’offre (base et haut). Elle s’appuie sur une base de données exhaustive des projets miniers et de raffinage annoncés, et sur un suivi rigoureux des performances ESG des 25 plus grandes entreprises du secteur. L’AIE y ajoute cette année un chapitre régional inédit, qui dresse un panorama des politiques et projets par continent.
Chapitre 2 – Perspectives par minéral
« L’avenir des technologies bas carbone se joue dans les chaînes d’approvisionnement minérales. »
Ce chapitre constitue le socle prospectif du rapport. Il explore, pour chaque minéral stratégique de la transition énergétique, les trajectoires de demande, les capacités d’offre projetées, les déséquilibres anticipés, les risques de concentration et les leviers de diversification. L’analyse repose sur trois scénarios énergétiques (STEPS, APS, NZE) et deux hypothèses d’offre (base et haute), avec une granularité remarquable.
Vue d’ensemble
La demande en minéraux critiques croît rapidement dans tous les scénarios, portée par l’électrification des usages, les véhicules électriques, les réseaux, les batteries et les énergies renouvelables. Dans le scénario STEPS :
- Le lithium est multiplié par 5 d’ici 2040.
- Le graphite et le nickel doublent.
- Le cobalt et les terres rares augmentent de 50 à 60 %.
- Le cuivre, déjà massivement utilisé, croît de 30 %.
Mais cette croissance n’est pas toujours couverte par les projets annoncés. Deux minéraux posent problème : le cuivre (déficit de 30 % en 2035) et le lithium (déficit dès les années 2030). À l’inverse, le nickel, le cobalt, le graphite et les terres rares semblent mieux alignés avec la demande projetée, à condition que les projets avancent sans retard.
Cuivre : un goulet d’étranglement structurel
Le cuivre est le seul minéral dont la demande est tirée à la fois par les technologies bas carbone et les usages conventionnels. L’offre minière plafonne dès la fin des années 2020, avec un déficit de 30 % en 2035 dans le scénario STEPS. Les projets en Amérique latine sont freinés par la baisse des teneurs, les coûts croissants et les tensions sociales. Le raffinage reste dominé par la Chine (45 %), avec peu de diversification en vue.
Lithium : abondance à court terme, tension à moyen terme
La demande est multipliée par 5 d’ici 2040, tirée à 90 % par les batteries. Le marché est excédentaire jusqu’en 2030, mais un déficit se profile ensuite. L’offre est relativement diversifiée (Australie, Chine, Argentine, Zimbabwe), mais 95 % du raffinage du spodumène, minéral contenant le Lithium, est chinois. Les projets hors Chine (États-Unis, Finlande, Allemagne, Japon) sont encore marginaux. Le DLE (extraction directe) pourrait changer la donne, mais reste incertain.
Nickel : une domination indonésienne croissante
La demande double d’ici 2040. L’offre est aujourd’hui excédentaire, mais repose quasi exclusivement sur l’Indonésie, qui fournit 60 % du nickel miné et 45 % du nickel raffiné. Cette concentration est aggravée par des procédés très émetteurs (four rotatif, charbon). Les projets hors Indonésie (Australie, Canada, Brésil) sont gelés par les prix bas. Un “green premium” pourrait relancer ces projets, mais nécessite des mécanismes de soutien.
Cobalt : diversification lente, dépendance persistante
La demande double d’ici 2040, mais moins vite que prévu, en raison de la montée des batteries LFP. La RDC reste le premier producteur (62 %), mais l’Indonésie monte en puissance (12 %). Le raffinage est ultra-concentré en Chine (77 %). Le recyclage pourrait jouer un rôle croissant, mais reste marginal. La diversification (Canada, Finlande, États-Unis) progresse lentement.
Graphite : le maillon faible des batteries
La demande est multipliée par 2,5 d’ici 2040, mais 95 % du graphite sphérique est raffiné en Chine. La production synthétique progresse, mais reste très carbonée. Les projets hors Chine (États-Unis, Norvège, Allemagne, Inde) sont freinés par les coûts. Les restrictions à l’exportation imposées par la Chine depuis 2023 ont déclenché une ruée vers la diversification, mais les capacités restent embryonnaires.
Terres rares : un monopole technologique
Néodyme (Nd) – Élément léger, utilisé dans les aimants permanents NdFeB.
Praséodyme (Pr) – Souvent allié au néodyme pour améliorer la résistance thermique des aimants.
Dysprosium (Dy) – Elément lourd, utilisé pour renforcer la stabilité thermique des aimants dans les moteurs de véhicules électriques et les turbines.
Terbium (Tb) – Autre élément lourd, utilisé comme additif dans les aimants pour les applications à haute température.
La demande double d’ici 2040. La Chine contrôle 60 % de la production minière et 91 % du raffinage. Le Myanmar, deuxième fournisseur, est en proie à des conflits armés. Les projets en Australie, aux États-Unis, en France et en Estonie progressent, mais restent limités. Le recyclage des aimants permanents offre une piste prometteuse, mais encore marginale.
Autres matériaux : vulnérabilités silencieuses, enjeux stratégiques
Le rapport examine aussi des matériaux stratégiques comme le manganèse, le silicium, l’aluminium, l’uranium, l’argent ou les métaux du groupe platine. Certains, comme le manganèse de qualité batterie ou le silicium pour anodes, pourraient devenir des points de tension majeurs. D’autres, comme l’argent pour le photovoltaïque, voient leur demande exploser sans que l’offre suive.
Aluminium : le métal omniprésent
L’aluminium est utilisé dans les panneaux solaires, les véhicules électriques, les câbles de transmission et les batteries. Sa production est très énergivore, ce qui en fait un levier majeur de décarbonation industrielle. En 2024, les prix ont été volatils, oscillant entre 2 100 et 2 700 USD/tonne, sous l’effet de tensions sur l’alumine (Australie, Guinée) et de politiques chinoises (plafond de production à 45 Mt, suppression des exonérations fiscales à l’export).
Le recyclage de l’aluminium émet 30 fois moins de CO₂ que la production primaire.
Manganèse : le prochain goulet d’étranglement des batteries
Le manganèse est un composant clé des batteries NMC et LMFP. La demande pour le manganèse de qualité batterie (sulfate de haute pureté) explose, mais 95 % de l’offre est chinoise. Les projets hors Chine (Belgique, Japon, Mexique, Afrique du Sud) sont rares. Un déficit est attendu dès le début des années 2030 si les projets ne se concrétisent pas rapidement.
Silicium : entre solaire et batteries
Le silicium est indispensable aux cellules photovoltaïques (95 % de la demande actuelle) et commence à s’imposer dans les anodes de batteries. La demande en silicium de haute pureté a doublé depuis 2020. Mais 95 % de la capacité de production est chinoise, avec quelques projets émergents en Malaisie, Oman et aux États-Unis. Le recyclage du silicium solaire reste embryonnaire, mais des projets pilotes apparaissent en France, Allemagne et Espagne.
Métaux du groupe platine (PGM) : catalyseurs sous pression
Le platine, le palladium et le rhodium sont utilisés dans les pots catalytiques, les électrolyseurs et les piles à combustible. La demande automobile diminue avec l’électrification, mais les usages dans l’hydrogène pourraient compenser. L’offre est concentrée en Afrique du Sud et en Russie, avec des coûts en hausse et des risques géopolitiques. Le recyclage (30 % de l’offre) est crucial, mais dépend de la collecte des véhicules en fin de vie.
Uranium : retour en grâce sous tension
Le prix de l’uranium a atteint 100 USD/livre début 2024, avant de retomber à 70 USD. La production a augmenté (Kazakhstan, Canada, Namibie), mais reste fragile. La Russie contrôle encore 40 % de la capacité mondiale d’enrichissement, ce qui pose un problème stratégique. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France cherchent à relocaliser ces capacités.
Argent : le métal solaire
L’argent est essentiel aux cellules photovoltaïques. En 2024, la demande solaire a atteint 200 millions d’onces, soit 17 % de la demande mondiale. L’offre minière stagne, car l’argent est souvent un sous-produit du cuivre, du zinc ou de l’or. Le recyclage progresse, mais reste limité. Les prix ont atteint 34 USD/once en mars 2025, un record décennal.
Revue de marché 2024
« L’abondance apparente masque une tension latente. »
L’année 2024 a été marquée par une dynamique contrastée : une croissance vigoureuse de la demande en minéraux critiques, portée par les technologies énergétiques, mais une expansion encore plus rapide de l’offre, qui a exercé une pression baissière sur les prix. Cette situation, loin d’être rassurante, révèle une fragilité structurelle : les chaînes d’approvisionnement sont plus vulnérables que jamais, car concentrées, instables et exposées à des chocs géopolitiques.
Une demande toujours plus énergivore
La demande en lithium a bondi de 30 % en 2024, poursuivant une trajectoire exponentielle. Le nickel, le cobalt, le graphite et les terres rares ont connu des hausses de 6 à 8 %, tirées par les véhicules électriques, les batteries stationnaires, les énergies renouvelables et les réseaux électriques. Le cuivre, quant à lui, a bénéficié de l’expansion des investissements dans les réseaux chinois, avec une croissance de 3 %.
« L’énergie représente désormais 85 % de la croissance de la demande en métaux de batterie. »
Une offre qui déborde… pour l’instant
Mais cette demande soutenue a été dépassée par la croissance de l’offre, notamment en Chine, en Indonésie et en Afrique. Depuis 2020, la production de métaux de batterie a crû deux fois plus vite que dans les années 2010. Résultat : les prix ont chuté. Le lithium, après avoir été multiplié par huit entre 2021 et 2022, a perdu plus de 80 % de sa valeur depuis 2023. Le cobalt, le nickel et le graphite ont reculé de 10 à 20 % en 2024.
Cette baisse des prix a freiné les investissements : la croissance des dépenses d’exploration est tombée à 5 % en 2024, contre 14 % en 2023. Corrigée de l’inflation, la croissance réelle n’est que de 2 %. Les projets portés par de nouveaux entrants sont les plus affectés, faute de signaux de prix incitatifs.Une concentration qui s’aggrave
Entre 2020 et 2024, 90 % de la croissance du raffinage est venue d’un seul pays pour chaque métal : l’Indonésie pour le nickel, la Chine pour le cobalt, le graphite et les terres rares. La part des trois premiers pays dans le raffinage est passée de 82 % à 86 %. Dans le cas du graphite, la Chine contrôle 95 % de la production de qualité batterie. Le raffinage du nickel est désormais dominé par l’Indonésie, dont les capacités ont explosé grâce à des investissements massifs dans des procédés à forte intensité énergétique.
« Le monde parle de diversification, mais les chaînes de valeur se recentrent. »
Des tensions géopolitiques croissantes
La multiplication des restrictions à l’exportation a accentué les risques. Depuis 2023, plus de la moitié des minéraux critiques sont soumis à des contrôles. En décembre 2024, la Chine a restreint les exportations de gallium, germanium et antimoine vers les États-Unis, puis de tungstène, tellure, bismuth, indium, molybdène et de sept terres rares lourdes. En février 2025, la RDC a suspendu ses exportations de cobalt pendant quatre mois pour enrayer la chute des prix.
Ces mesures ne concernent plus seulement les matières premières, mais aussi les technologies de traitement (raffinage du lithium, séparation des terres rares). Le risque est clair : si le principal fournisseur est perturbé, l’offre restante ne couvre que la moitié de la demande mondiale pour les métaux de batterie et les terres rares.
Des effets en cascade
Un choc d’approvisionnement pourrait faire grimper le prix des batteries de 40 à 50 %, creusant l’écart de compétitivité entre les fabricants chinois et leurs concurrents. Déjà, le coût de production d’une cellule de batterie est 40 à 50 % plus élevé en Europe et aux États-Unis qu’en Chine. Un choc sur le graphite, par exemple, pourrait porter cet écart à 70 %.
Face à ces risques, les États multiplient les initiatives : financement public, partenariats stratégiques, réformes réglementaires. Les États-Unis ont lancé un programme de sécurité minérale, l’Union européenne a désigné 47 projets stratégiques, et des pays comme l’Australie, le Canada, le Qatar ou l’Arabie saoudite investissent massivement. Les pays producteurs, eux, cherchent à monétiser davantage leurs ressources, en imposant des exigences de transformation locale (Indonésie, RDC, Zimbabwe).
Une innovation technologique prometteuse
L’innovation offre des pistes de diversification : extraction directe du lithium, traitement des argiles adsorbantes, revalorisation des résidus miniers, recyclage avancé, exploration assistée par IA. Ces technologies pourraient réduire les coûts de forage de 60 % et multiplier par quatre les taux de découverte.
Analyses thématiques
« Diversifier, sécuriser, décarboner : trois impératifs, un même champ de bataille. »
Ce chapitre explore les leviers stratégiques pour renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. Il s’articule autour de quatre axes : les mécanismes de soutien à la diversification, les chaînes de valeur des batteries émergentes, l’innovation technologique côté offre, et les risques liés aux minéraux stratégiques multisectoriels.
1. Soutenir la diversification : au-delà des subventions
Les projets situés hors des pays dominants souffrent d’un handicap structurel : leurs coûts d’investissement sont en moyenne 50 % plus élevés. À cela s’ajoutent des coûts d’exploitation plus élevés (énergie, main-d’œuvre, logistique), une volatilité des prix dissuasive, et une absence de signaux de marché pour les productions durables.
L’AIE propose une boîte à outils de mécanismes de marché :
- Contrats pour différence (CfD) : garantissent un prix plancher aux producteurs, tout en plafonnant les gains en cas de flambée.
- Mécanismes de garantie de volume : assurent une demande minimale sur la durée du projet.
- Accès au marché conditionné à des normes ESG : seuls les matériaux respectant certains critères peuvent accéder aux marchés publics ou aux réserves stratégiques.
- Prime verte : un bonus pour les productions à faible intensité carbone, qui pourrait réduire la concentration du nickel raffiné de 7 % d’ici 2035.
« Sans mécanismes de stabilisation, la diversification restera un vœu pieux. »
2. Nouvelles batteries, nouveaux goulets d’étranglement
Les batteries LFP (lithium-fer-phosphate) couvrent désormais près de la moitié du marché des véhicules électriques, contre moins de 10 % en 2020. Les technologies sodium-ion et lithium-manganèse gagnent aussi du terrain. Mais ces alternatives ne sont pas exemptes de risques :
- 95 % du manganèse de qualité batterie est raffiné en Chine.
- 75 % de l’acide phosphorique purifié (essentiel au LFP) est produit en Chine.
- Les projets hors Chine ne couvrent que 55 % de la demande projetée en manganèse en 2035.
Le basculement vers ces technologies pourrait donc remplacer une dépendance par une autre, si les chaînes d’approvisionnement ne sont pas anticipées.
3. Innover côté offre : l’espoir technologique
L’innovation technologique offre des leviers puissants pour diversifier l’offre :
- Exploration assistée par IA : réduction des coûts de forage jusqu’à 60 %, quadruplement des taux de découverte.
- Extraction directe du lithium (DLE) : prometteuse pour les saumures complexes.
- Traitement des argiles adsorbantes : ouvre des perspectives en Amérique latine et en Afrique.
- Recyclage avancé : hydrométallurgie, tri optique, traitement des résidus miniers.
Mais ces technologies restent à un stade préindustriel. Leur déploiement nécessite des partenariats public-privé, des financements patients, et des standards techniques partagés.
4. Minéraux stratégiques multisectoriels : les angles morts
Au-delà des six minéraux clés de l’énergie, l’AIE analyse 20 matériaux stratégiques utilisés dans l’aéronautique, les semi-conducteurs, la défense ou les technologies médicales : gallium, germanium, antimoine, tungstène, tellure, indium, etc.
- 70 % du raffinage est chinois.
- 75 % sont plus volatils que le pétrole, et 50 % plus que le gaz naturel.
- La moitié sont des coproduits, donc peu sensibles aux signaux de prix.
- Les substituts sont rares, souvent coûteux ou moins performants.
« Ces minéraux sont petits par la taille de marché, mais gigantesques par leur impact stratégique. »
Panorama régional
« La géographie des minéraux critiques redessine les alliances, les dépendances et les ambitions industrielles. »
Pour la première fois, l’AIE consacre un chapitre entier à une lecture régionale des dynamiques minérales. Ce panorama révèle une mosaïque de stratégies, de vulnérabilités et d’opportunités, où chaque région tente de conjuguer sécurité d’approvisionnement, souveraineté industrielle et transition énergétique.
Europe : entre ambition industrielle et dépendance persistante
L’Union européenne a fait de la sécurisation des matières premières une priorité stratégique. Le Critical Raw Materials Act a désigné 47 projets “stratégiques”, bénéficiant de procédures accélérées et d’un accès facilité au financement. Mais la réalité reste contrastée :
- Aucune production significative de lithium, nickel ou cobalt à l’échelle industrielle.
- Une dépendance quasi totale à la Chine pour le graphite, les terres rares et les composants de batteries.
- Des projets de raffinage (Finlande, Allemagne, France) encore embryonnaires.
L’Europe mise sur la traçabilité (règlement sur les chaînes durables), le recyclage (notamment des batteries) et les partenariats internationaux (avec 14 pays, dont le Chili, le Kazakhstan, la Namibie).
Amérique du Nord : relocalisation et diplomatie minérale
Les États-Unis ont activé tous les leviers : décrets présidentiels, crédits d’impôt, prêts garantis, soutien à l’exploration. Le Inflation Reduction Act a catalysé une vague d’investissements dans les batteries, les aimants permanents et le raffinage. Mais les défis restent nombreux :
- 100 % du nickel raffiné et du manganèse de qualité batterie sont importés.
- La production de graphite, de cobalt et de terres rares reste marginale.
- Les projets de lithium (Thacker Pass) avancent, mais suscitent des oppositions locales.
Le Canada, de son côté, a lancé un fonds de 3,8 milliards CAD pour les minéraux critiques, et multiplie les accords bilatéraux (UE, Japon, Corée, États-Unis).
Amérique latine : eldorado sous conditions
Le triangle du lithium (Argentine, Bolivie, Chili) concentre plus de 50 % des ressources mondiales. L’Argentine attire les investissements grâce à un cadre favorable. Le Chili, après des hésitations, ouvre son secteur au privé. La Bolivie reste en retrait, malgré des partenariats avec la Chine et la Russie.
Mais la région veut monter en gamme : transformation locale, coentreprises, exigences de contenu national. Le cuivre reste un pilier (Chili, Pérou), mais les tensions sociales et environnementales freinent les projets.
Chine : puissance intégrée, vulnérabilité stratégique
La Chine est le cœur battant des chaînes de valeur : premier raffineur de lithium, cobalt, graphite, terres rares ; premier producteur de batteries ; premier consommateur de cuivre, nickel et manganèse. Elle contrôle :
- 70 à 95 % du raffinage mondial selon les matériaux.
- 80 % de la production de cellules de batteries.
- 98 % des aimants permanents.
Mais cette domination suscite des contre-mesures : restrictions à l’exportation, tensions commerciales, dépendance aux importations de minerais bruts (notamment d’Afrique). Pékin investit massivement dans le recyclage, la traçabilité et les technologies d’extraction.
Asie hors Chine : montée en puissance industrielle
- Japon et Corée : leaders dans les matériaux de cathode, les électrolytes, les composants de batteries. Forts en raffinage (nickel, cobalt), mais dépendants pour les matières premières.
- Inde : ambitionne de devenir un hub de batteries et de véhicules électriques. Projets de lithium, de raffinage, et de fabrication d’anodes.
- Asie du Sud-Est : l’Indonésie est devenue un géant du nickel, avec des zones industrielles intégrées (Morowali, Weda Bay). Mais la dépendance à la Chine est forte, et les impacts environnementaux préoccupants.
Australie : champion des ressources, retard industriel
Premier producteur de lithium, deuxième de cobalt, troisième de nickel, l’Australie est un pilier de l’offre mondiale. Mais 90 % de son spodumène est exporté vers la Chine. Le gouvernement a lancé un fonds de 4 milliards AUD pour soutenir le raffinage local, avec des projets à Kwinana, Kemerton, Townsville. L’objectif : capter plus de valeur, tout en respectant les standards ESG.
Afrique : potentiel immense, gouvernance fragile
La RDC reste incontournable pour le cobalt (62 % de la production mondiale), mais l’instabilité politique, les conflits armés et les enjeux de gouvernance freinent les investissements. Le Zimbabwe, le Mali, le Mozambique, Madagascar et la Namibie émergent sur le lithium, le graphite, les terres rares. Mais les infrastructures, la fiscalité et la transparence restent des défis majeurs.
Des initiatives de traçabilité (ZIMIS en Zambie, SIMBARA en Indonésie) visent à mieux contrôler les flux, lutter contre l’exploitation illégale et capter plus de valeur localement.
Les ressources
- le rapport de l’IEA Global Critical Minerals Outlook 2025
- Un article dédié à ce rapport dans le journal Les Echos
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Une réflexion sur “Ressources sous influence – les minéraux critiques à l’épreuve du monde – un rapport de l’IEA”
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