✴️ Une critique (personnelle) de ce rapport: Malgré la grande lucidité de cette enquête, le rapport de Globescan évite de nommer les rapports de pouvoir, les intérêts économiques qui freinent la transition, ou les logiques extractivistes qui persistent sous couvert de durabilité. Il traite les leviers comme des variables neutres, sans interroger les structures qui les conditionnent. Il manquerait pour compléter cette vision extrêmement interessante une lecture politique, une critique des imaginaires dominants, une ouverture vers des épistémologies alternatives. Pour celles et ceux qui veulent penser la durabilité au-delà des slogans, avec exigence, complexité et sens politique, ce rapport est une ressource précieuse – à condition de le prolonger, de le discuter, et parfois de le contredire.
| ✴️ En quelques mots : L’agenda mondial de la durabilité est en panne. Il s’est figé dans des cadres devenus inopérants, des coalitions fatiguées, et des récits trop lisses pour affronter la complexité du réel. Basé sur les réponses de 844 experts issus de 72 pays, « Sustainability at a Crossroads » dresse le portrait de la situation : plus de 90 % estiment que l’approche actuelle doit être révisée, et plus de la moitié réclament une refonte radicale. Les institutions internationales, les ONG, les cadres normatifs comme les ODD ou l’Accord de Paris sont désormais perçus comme des leviers à faible impact. Le multilatéralisme, autrefois moteur, devient décor. La confiance se déplace vers les acteurs de la recherche, les innovateurs, les coalitions locales. Et puis vient une proposition de cartographie fine des leviers d’action, évalués selon leur impact et leur faisabilité. On identifie des zones de convergence – finance verte, urbanisme durable, économie circulaire, R&D – et des impasses politiques – redistribution, régulation contraignante, justice climatique. Les visions professionnelles sont segmentées en quatre archétypes (Traditionalistes, Institutionnalistes, Pathfinders, Radicaux), révélant une fragmentation intellectuelle qui rend toute stratégie globale délicate. |
La ressource
🔗 Sustainability at a Crossroads par Globescan
Sommaire
Introduction – Le vert à l’épreuve du réel
Certains mots vieillissent mal. « Développement durable » en est un. Né dans les années 1980 avec le rapport Brundtland, le développement durable portait l’espoir d’un monde réconcilié avec ses limites. Quarante ans plus tard, le terme semble usé, vidé de sa substance, comme un slogan trop répété. Le rapport Sustainability at a Crossroads le suggère avec force : la durabilité est à la croisée des chemins, non pas parce qu’elle manque de définitions, mais parce qu’elle manque d’efficacité.
Sur les 844 experts interrogés dans 72 pays, plus de 90 % estiment que l’agenda actuel de la durabilité doit être révisé, et plus de la moitié réclament une refonte radicale. C’est une rupture radicale. Le rapport ne parle pas de crise, mais d’un « moment verre à moitié plein » – une formule qui tente de conjurer le désenchantement sans le nier. C’est une véritable perte de confiance qui est exprimée : envers les ONG, les institutions internationales, les coalitions multipartites, et même les grands cadres normatifs comme les ODD ou l’Accord de Paris.
Mais tout n’est pas à jeter. Il y a une certaine fatigue du consensus, une lassitude face aux promesses non tenues, et une demande croissante de leviers concrets, mesurables, et surtout crédibles.
Le rapport identifie plusieurs pistes : l’intégration de la durabilité dans les stratégies d’entreprise, l’investissement dans la R&D, l’accélération des modèles circulaires, le développement de la finance verte, ou encore la mise en œuvre de politiques publiques robustes comme la tarification carbone ou le reporting obligatoire.
Mais les experts ne croient plus aux grandes messes diplomatiques, et se tournent vers les institutions académiques et de recherche, perçues comme des sources d’innovation et de rigueur. Ce glissement est révélateur : la durabilité ne se joue plus seulement dans les forums internationaux, mais dans les laboratoires, les think tanks, et les coalitions locales.
Le rapport appelle donc à une réinvention stratégique, à une alliance entre résilience économique et impératifs écologiques, à une création de valeur qui ne sacrifie ni le vivant ni le social. Il ne s’agit plus de concilier l’inconciliable, mais de refonder les termes du contrat entre économie, société et biosphère.
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