Comment structurer un marché biodiversité à haute intégrité – par le WEF et la Biodiversity Credit Alliance

Mon incitation à lire ce document: Comme moi, vous vous êtes certainement demandés en quoi les crédits biodiversité pourrait différer des crédits carbone dans leurs dérives mais aussi leurs intérêts (en particulier pour le financement de la transition). Une des critiques les plus fortes faites à l’idée des crédits biodiversité est que contrairement au carbone qui peut se mesurer en tonnes équivalentes, la biodiversité est non-fongible: on ne peut pas compenser la disparition d’une espèce en Amazonie par la restauration d’un habitat en Asie du Sud-Est. Par ailleurs, comment garantir sur de tels projets de compensation qu’il n’y ait pas de surévaluation des bénéfices ou un choix opportuniste d’indicateurs. Comment également garantir que cela ne soit pas la porte ouverte à des permis de détruire par compensation, donnant une illusion de responsabilité sans changer de comportement. Et puis, les risques de spoliation de terres, de déplacement de communautés sur des crédits issus de territoires autochtones sans consentement réel pourraient aussi advenir.

C’est donc avec tous ces doutes en tête que lire ce document permet d’explorer les conditions d’un marché crédits biodiversité. Parce que malgré les réticences, il est difficile sans changer de paradigme de société de se passer d’explorer de telles pistes.

En quelques mots : Les institutions ne savent protéger la biodiversité qui s’effondre à un rythme effreiné. Le World Economic Forum et la Biodiversity Credit Alliance proposent les fondations d’un marché qui pourrait, si rigoureusement encadré, devenir un levier de régénération du vivant. Les crédits biodiversité pourraient combler un déficit de financement estimé à 700 milliards de dollars par an. Cependant, cette promesse ne vaut que si elle repose sur une intégrité irréprochable, une justice sociale réelle, et une gouvernance transparente. Ce sont 21 principes communs qui sont proposés ici pour éviter les dérives du marché carbone, garantir des bénéfices tangibles pour les écosystèmes, et respecter les droits des peuples autochtones et des communautés locales. L’intention n’est pas de monétiser la nature, mais de reconfigurer les rapports entre économie et écologie, en plaçant la science, les savoirs traditionnels et les droits humains au cœur du dispositif. Si ce marché échoue à démontrer sa crédibilité, il ne sera qu’un mirage de plus dans le désert de la finance verte. Mais s’il réussit, il pourrait devenir l’un des instruments les plus puissants pour réconcilier l’économie avec le vivant.

Les ressources

🔗 High-Level Principles to Guide the Biodiversity Credit Market – Juillet 2025 – World Economic Forum

Ressources complémentaires sur les crédits biodiversité

🔗 Corporate Commitment Meets Nature: The Reality of Biodiversity Credits – du BCG
🔗 Biodiversity credits are more problematic than carbon credits – Nature
🔗 Why biodiversity credits cannot work (commentary) – Mongabay
🔗 The politics of biodiversity offsetting across time and institutional scales – Nature sustainability
🔗 New framework shows the challenges involved with establishing a biodiversity credit market – University of Oxford
🔗 Rapport du CDC de juillet 2024 – Crédits biodiversité – vers un nouveau marché de la nature en Europe

Sommaire

Une alerte vitale et un appel à la mobilisation

La biodiversité est en crise, et l’humanité vacille avec elle. Plus d’un million d’espèces sont menacées d’extinction, et le rythme de disparition est vertigineux. Ce cri d’alarme est porté par des voix institutionnelles fortes, qui rappellent que la biodiversité n’est pas un luxe écologique. C’est au contraire une condition de notre survie, de notre santé mentale, de notre sécurité alimentaire, et de notre équilibre spirituel.

Le rôle des peuples autochtones et des communautés locales est central, ils sont les véritables gardiens du vivant, trop souvent exclus des flux financiers et des décisions.
Il faut par ailleurs combler un déficit de financement estimé à 700 milliards de dollars par an, en mobilisant à la fois les secteurs publics et privés. Les crédits biodiversité sont présentés comme un levier potentiel, inscrit dans le cadre de l’accord de Kunming-Montreal, dans le Global Biodiversity Framework (objectif 19d), mais leur efficacité dépendra de leur intégrité.

Les crédits biodiversité ne doivent cependant pas être une commodité de plus, mais un outil de transformation. Ils doivent être conçus avec rigueur, transparence et inclusion, pour éviter les erreurs du marché carbone. Sans implication des communautés locales, sans respect du consentement libre, préalable et éclairé (FPIC), et sans bénéfices tangibles pour la nature, ce marché est voué à l’échec.

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