CSRD – Entre indicateurs et inertie – comment les entreprises abordent la biodiversité – EY

En quelques mots : EY a passé au crible plus de soixante rapports de durabilité 2024 pour comprendre comment les entreprises françaises intègrent la biodiversité dans leurs stratégies. Le résultat : si l’enjeu est désormais reconnu, il reste peu incarné. Les plans de transition sont rares, les analyses de résilience embryonnaires, et les opportunités peu explorées. Les indicateurs se multiplient, mais sans convergence méthodologique. Les risques sont identifiés, mais rarement quantifiés. Et la chaîne de valeur aval reste le grand oublié. Face à ces constats, la TNFD offre des pistes, mais la maturité reste à construire.

La ressource

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Sommaire

Matérialité : quand la biodiversité entre dans le champ de gravité des entreprises

I. Une reconnaissance sectorielle, mais encore fragmentaire

La matérialité, dans le langage du reporting, désigne ce qui compte vraiment — ce qui, par son impact ou sa dépendance, mérite d’être mesuré, géré, transformé. Dans le cas de la biodiversité, cette reconnaissance est en train de s’ancrer : près de 60 % des entreprises étudiées par EY la considèrent désormais comme un enjeu matériel. Ce chiffre témoigne d’un basculement culturel, où la nature cesse d’être un décor pour devenir une variable stratégique.

Mais cette reconnaissance reste inégalement répartie. Elle est forte dans les secteurs où les impacts sont déjà encadrés par la réglementation (agriculture, chimie, énergie), ou là où la dépendance aux ressources naturelles est structurelle (luxe, grande consommation). À l’inverse, les secteurs plus éloignés du vivant — IT, télécoms, services — peinent encore à intégrer la biodiversité dans leur matrice de matérialité. Comme si l’éloignement physique des écosystèmes autorisait une forme d’aveuglement stratégique.

II. Une matérialité encore trop négative

Là où la biodiversité est jugée matérielle, les impacts négatifs sont systématiquement identifiés. C’est un progrès. Mais c’est aussi un biais. Car cette matérialité reste centrée sur les risques et les dommages, bien plus que sur les dépendances ou les contributions positives. L’analyse révèle un déséquilibre : 100 % des entreprises identifient des impacts négatifs, 78 % des dépendances, mais seulement 28 % des opportunités.

Ce déséquilibre reflète une vision encore défensive de la biodiversité. Elle est perçue comme un risque à contenir, non comme un levier de transformation. Or, cette posture limite la capacité des entreprises à penser la nature comme un partenaire stratégique, un générateur de valeur, un socle de résilience.

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