Mon opinion: Le rapport de l’IRENA a été publié en 2019. mais au regard des événements géopolitiques de ces derniers mois, il semble être une bonne grille de lecture du monde en mutation, en particulier celui de la transition énergétique. Il anticipait avec acuité les bouleversements géopolitiques induits par la montée des énergies renouvelables. Il ne pouvait pourtant pas encore saisir toute la violence latente que cette transition allait déclencher. Depuis 2019, le monde a changé. La transition énergétique s’est révélée être un champ de tensions, de rivalités, de reterritorialisations brutales. Même si le backlash écologique s’est intensifié ces derniers mois, la transition est pourtant au coeur de la transformation du monde. Les conflits se sont multipliés, la géopolitique des matériaux critiques est devenue un nouveau théâtre d’affrontements stratégiques, et la violence du monde n’en est que le symptôme. La promesse de durabilité (celle d’un monde sans pétrole et sans gaz, aux émissions GES réduites) n’est en fait qu’un angle mort de la brutale recomposition des rapports de force mondiaux induite par les luttes pour le contrôle des ressources, des infrastructures, des technologies. Or ces luttes sont justement le résultat de la transition en cours. Ce rapport est donc une introduction destinée à voir la transition comme une mutation géopolitique totale, où se joue l’avenir des États, des peuples, et des équilibres planétaires. Et cela semble prendre (pour le moment) le dessus sur l’avenir de la planète liée au changement climatique et à la perte de biodiversité, comme si ce qui était en jeu n’était pas notre existence, mais juste notre avenir.
| En quelques mots: L’humanité traverse une métamorphose énergétique sans précédent qui redessine la carte géopolitique mondiale. Cette transformation, portée par l’essor fulgurant des énergies renouvelables, opère un basculement paradigmatique fondamental : le passage d’une géopolitique des stocks énergétiques à celle des flux. Deux siècles de domination fossile, fondés sur la concentration géographique des gisements et la rareté des ressources, cèdent la place à un monde d’énergies distribuées, décentralisées et inépuisables. Cette révolution substitue une technologie à une autre mais démocratise aussi et surtout l’accès à l’énergie, rend obsolète « l’energy statecraft » (1) traditionnel et transforme les consommateurs passifs en « prosumers » actifs. Les pays exportateurs de pétrole voient leur influence vaciller tandis que la Chine s’impose par la domination technologique (concentration des pouvoirs technologiques créant de nouvelles dépendances),, que les importateurs conquièrent leur indépendance énergétique, et qu’émergent de nouveaux acteurs géopolitiques. Cette mutation promet un « dividende de paix » (2) par la réduction des conflits liés aux ressources, tout en générant de nouveaux défis : 25 000 milliards de dollars d’actifs échoués, transitions sociales à gérer, cybersécurité des réseaux intelligents et nouvelles dépendances minérales. Au-delà des enjeux technologiques, c’est une « energy democracy » (3) qui émerge, où l’innovation et l’adaptation détermineront les gagnants et les perdants du XXIe siècle. |
(1) Energy statecraft – usage traditionnel de l’énergie comme instrument de politique étrangère, rendu obsolète par la décentralisation
(2) Dividende de paix – réduction des conflits liés aux ressources énergétiques par la décentralisation
(3) Energy democracy -démocratisation du système énergétique par la décentralisation et l’émergence des « prosumers
Les ressources
IRENA – A new world – the geopolitics of the energy transformation
Podcast Sismique – La guerre des ressources : géopolitique de l’extraction – Olivia Lazard
IRENA – 2023-07 – Geopolitics of the Energy Transition – Critical Materials
IRENA – 2024-04 – Geopolitics of the energy transition – Energy security
Sommaire
Introduction – L’aube d’une révolution géopolitique silencieuse
La transformation énergétique comme bascule paradigmatique
La transition énergétique mondiale transcende largement le cadre technique d’un changement de combustibles. Elle est une rupture géopolitique majeure qui remet en question les fondements du pouvoir établis depuis l’ère industrielle. La transformation repose sur le passage d’une géopolitique des stocks à une géopolitique des flux.
Pendant deux siècles, les combustibles fossiles – charbon, pétrole, gaz – ont façonné l’histoire géopolitique moderne. Leur exploitation a structuré empires, conflits, alliances et dépendances. Leur concentration géographique a créé des asymétries de pouvoir, des vulnérabilités stratégiques et des tensions récurrentes autour de ressources finies et stockables. Les renouvelables bouleversent cette logique par leur nature fondamentalement différente : elles sont distribuées, décentralisées, inépuisables. Elles incarnent des flux énergétiques qui se régénèrent continuellement, résistent mieux aux disruptions et ne s’épuisent jamais.
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