Géopolitique du climat 2025 – L’environnement, nouvelle arme des conflits

En quelques mots: synthèse du rapport de novembre 2025 de l’Observatoire Défense & Climat The Strategic Use of Climate Vulnerabilities in Contemporary Conflicts – Modalities and Feedback Effects
L’accélération du dérèglement climatique s’est muée en un levier stratégique majeur au cœur des conflits contemporains. Ce rapport montre comment la vulnérabilité des ressources vitales – l’eau et l’alimentation – passe d’une conséquence de la guerre à un instrument de coercition, voire une arme de destruction massive. À travers une analyse systémique de théâtres variés, de l’Ukraine au Yémen, l’étude montre que le climat est désormais « weaponisé ». La compréhension d’une nouvelle grammaire de la conflictualité où l’environnement est à la fois le terrain, la cible et le levier de puissance est le terreau de ce rapport.

La ressource

🔗Observatoire Défense & Climat – 2025-11 – The Strategic Use of Climate Vulnerabilities in Contemporary Conflicts – Modalities and Feedback Effects

Sommaire

Mon éditorial personnel

Après l’inquiétude du Global Risks Report 2026 du WEF lundi, les chiffres du climat de Copernicus mardi, nous voici aujourd’hui devant les conséquences de notre dérive. Aujourd’hui, la synthèse du rapport de l’Observatoire Défense & Climat nous place devant l’instrumentalisation des « limites planétaires » ou « vulnérabilités climatiques ».
Au Yémen, au Pendjab ou en Ukraine, la vulnérabilité climatique est une faille dans laquelle s’engouffrent les belligérants. On détruit un barrage pour créer un empoisonnement durable aux PFAS, on retient des données hydrologiques pour paralyser une économie agricole, on transforme le blé en bulletin de vote diplomatique.

C’est ici que réside le véritable basculement de notre civilisation. Nous avons naïvement cru (c’est fou, j’y crois encore malgré ce texte) que la crise écologique nous obligerait à la solidarité. C’est l’inverse qui se produit. Le chaos climatique offre un « répertoire d’action » inédit aux puissances cyniques. La « double matérialité » décrite par l’Observatoire est un avertissement, ou une boucle sans fin : la guerre mutile la nature, et la nature meurtrie, en retour, prépare le lit des prochaines guerres.

Pour nous, décideurs et experts, lire ces trois rapports à la suite est une épreuve… ou de la lucidité. On ne peut plus traiter le climat en silo. Le risque est systémique, hybride, et désormais militarisé. Être résilient aujourd’hui, n’est pas seulement réduire son empreinte carbone ; c’est comprendre que chaque ressource – eau, grain, sol, matières premières minérales, déchets, … – que nous ne parvenons pas à protéger devient un levier pour ceux qui veulent déstabiliser nos démocraties. L’incurie climatique que révélait Copernicus hier trouve aujourd’hui son prolongement logique dans la violence géopolitique.

Entre les risques futurs du WEF et le thermomètre de Copernicus, Défense & Climat nous rappelle que le terrain de jeu change. À nous de décider si nous continuerons de subir cette weaponisation du vivant, ou si nous aurons le courage d’une diplomatie de la restauration avant qu’il ne soit trop tard. Nos moyens diminuent avec le temps, et les risques augmentent d’en perdre le contrôle en même temps que nous pouvons tout bonnement tout perdre.

Introduction : Le climat, nouveau spectre de la conflictualité hybride

L’éveil des appareils de défense face au péril écologique
Depuis le début des années 2000, le changement climatique a cessé d’être une préoccupation périphérique pour s’ancrer au cœur des politiques de sécurité nationale et internationale. Cette prise de conscience se manifeste par l’émergence de doctrines dédiées, à l’image de la Stratégie Climat & Défense de la France ou des plans d’adaptation du Pentagone, visant à anticiper l’impact des aléas météorologiques sur les capacités opérationnelles et les infrastructures. Pourtant, ce mouvement se heurte aujourd’hui à des vents contraires : aux États-Unis comme en Europe, des vagues de dépriorisation politique menacent de démanteler les avancées institutionnelles, au risque de laisser les armées démunies face à une transformation radicale de leur environnement d’action.

La convergence des crises : haute intensité et hybridation
L’analyse sécuritaire doit désormais naviguer entre deux pôles : le retour des conflits de « haute intensité », marqué par des affrontements directs et massifs, et la montée en puissance de la « guerre hybride ». Cette dernière, par sa nature poreuse entre temps de paix et temps de guerre, offre un cadre idéal pour l’instrumentalisation des fragilités climatiques. Alors que sept des neuf limites planétaires sont déjà franchies, la raréfaction des ressources et la dégradation des écosystèmes passent de « multiplicateurs de menaces », à des leviers stratégiques à part entière, manipulés par les belligérants pour déstabiliser des sociétés entières.

En vous abonnant, vous pourrez accéder à toutes les archives de la chaîne RSE depuis sa création. Ce sont à date près de 600 synthèses de rapports, d’articles scientifiques, d’articles de presse. Vous avez accès également aux ressources originales, et aux ressources complémentaires proposées.

J’anime la chaîne RSE depuis près de 2 ans maintenant. Votre soutien me permet de nourrir ma veille, payer les outils que j’utilise, et améliorer la qualité des contenus.


En savoir plus sur REPÈRES RSE

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Une réflexion sur “Géopolitique du climat 2025 – L’environnement, nouvelle arme des conflits

Les commentaires sont fermés.