Le crépuscule des prédateurs, l’aube des vivants

Ce n’est cette fois la synthèse d’aucun autre texte. Ce texte est le mien. A force de lire les textes des autres, à force de voir le néant émerger en premier, pour voir naître ensuite un peu d’espoir, je voulais vous donner le mien, d’espoir. Bonne lecture.

Quelle est cette étrange victoire qui ne laisse derrière elle que des mains vides et des terres froides?

Celui qui trône aujourd’hui au sommet de la tour de verre ne cherche pas la conquête, mais l’anéantissement par l’usure et l’épuisement. C’est un combat silencieux contre la sève des choses. Son règne est un combat contre la sève, un siège mené contre la substance même du monde. On fouille les entrailles de la terre jusqu’à n’en laisser qu’une peau morte, une enveloppe parcheminée. On fore les sols avec la frénésie du condamné, comme si l’on pouvait boire l’avenir à la paille avant que le jour ne se lève. Les ressources ne sont plus préservées comme des trésors, mais brûlées dans l’urgence comme munitions pour un profit sans mémoire.

L’épuisement ne s’arrête pas aux gisements de pétrole ou de minerais. Il s’insinue désormais dans les veines de la diplomatie, transformant le pacte en piège. On use l’amitié comme un vieux vêtement que l’on finit par déchirer par pur ennui. Les alliances, tissées au fil des siècles par la patience des hommes, sont aujourd’hui étirées jusqu’à la rupture, testées par le mépris et l’imprévisibilité. On épuise l’autre – l’adversaire comme l’allié – en le forçant à une vigilance de bête traquée, en le privant du sommeil de la confiance.

L’idée même de l’échange, promesse d’un commerce comme dialogue, s’essouffle, s’étouffe sous son propre poids. L’économie ne respire plus ; elle halète dans un cul-de-sac, dévorant ses propres stocks, sacrifiant les siècles à venir sur l’autel d’une seconde de jouissance. C’est le vertige d’une machine qui ne tourne plus que pour broyer son propre mécanisme.

Dans l’ombre portée de ce grand assèchement, une autre force s’édifie pourtant.

La résistance, lorsqu’elle est nécessaire, ne naît jamais du fracas. Elle naît de la retenue. Pendant que l’ogre s’épuise à tout vouloir vider, les peuples apprennent la patience des racines sous la sécheresse.

Résister, aujourd’hui, c’est ce refus farouche de se laisser vider de sa substance. C’est l’obstination à cultiver des oasis de sens là où l’on nous impose le désert de la transaction. C’est l’héroïsme de ceux qui redécouvrent que la seule richesse qui vaille est celle que l’on est capable de faire durer.

Nous attendons. Nous attendons avec la certitude tranquille des marées : tout ce qui ne repose que sur l’épuisement finit par s’effondrer de sa propre fatigue. La fureur du vide a une fin, le néant est un mauvais combustible.

Lorsque le silence reviendra sur la tour de verre, quand l’agitation furieuse se sera tue, il nous restera ce que nous aurons sauvé du naufrage : le lien, la terre, et cette obstination magnifique à vouloir, envers et contre tout, continuer à vivre ensemble.

il nous restera ce que nous aurons su préserver : le lien, la terre, et cette obstination magnifique à vouloir simplement continuer à vivre, ensemble.


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