Pour trois euros créés par l’économie mondiale, un est perdu, tel est le nouveau verdict de Circle Economy

Synthèse du rapport CGR (Circularity Gap Report) 2026 de Circle Economy d’avril 2026

En quelques mots

L’économie mondiale détruit 25 400 milliards d’euros de valeur chaque année par gaspillage de matières, d’énergie et d’actifs mal entretenus — l’équivalent de 31 % du PIB planétaire. C’est le chiffre que publie Circle Economy dans son rapport 2026, en abandonnant son indicateur historique (la part de matières recyclées dans l’économie, tombée à 6,9 %) au profit d’une mesure en euros, plus parlante pour les directions financières. Les pertes ne viennent pas du tri domestique mais des bâtiments qui vieillissent prématurément, des machines remplacées trop tôt et des chaînes énergétiques qui dissipent les deux tiers de ce qu’elles transportent. Le rapport avance une proposition inédite : transposer à la matière le cadre de régulation prudentielle que les banques centrales ont construit pour le climat. Il laisse en revanche intactes les questions qui fâchent — quels secteurs, quels modèles d’affaires, quelle fiscalité sur les matières vierges.

La ressource

🔗 Circle Economy – 2026-04 – CGR 2026 – Report – The value gap

Sommaire

Résumé exécutif — le pivot des trillions

Un euro perdu pour trois euros créés : le chiffre choc qui remplace le pourcentage qui s’effondre.
Circle Economy annonce 25 400 milliards d’euros de valeur détruite chaque année par la linéarité de l’économie, soit 31 % du PIB mondial. La formule est calibrée pour marquer les esprits : « for every €3 of economic value created globally, around €1 is lost ». Le basculement narratif du rapport CGI intervient alors que l’indicateur historique du Circularity Gap Report – la part de matières secondaires dans l’économie – régresse d’année en année, passant de 9,1 % en 2018 à 6,9 % en 2025. Alors que le thermomètre affiche une aggravation de la circularité (dont l’explication a été longuement détaillée l’année dernière – par exemple par un accroissement du stock et de l’extraction), les auteurs choisissent de changer de thermomètre pour mieux expliquer l’impact de la circularité et son évolution.

Cinq voies de fuite, quatre mécanismes, une démonstration systémique.
Les pertes se répartissent entre déchets en fin de vie (10 000 Md€), pertes énergétiques (8 700 Md€), capital fixe déprécié (5 200 Md€), pertes de procédés (904 Md€) et gaspillage alimentaire (651 Md€). La casse d’actifs longue durée pèse davantage que toutes les inefficiences industrielles traditionnelles réunies. Derrière ces voies, quatre mécanismes opèrent – mauvaise gestion, obsolescence prématurée, détérioration évitable, externalités non tarifées. Le rapport explique que cette perte est structurelle et systémique, non liée à une inefficacité marginale. Formule à retenir : le gaspillage n’est pas un bug du modèle, il est dans sa conception.

Un diagnostic qui épargne les acteurs.
Les recommandations finales — construire un argumentaire économique, coopérer en chaîne de valeur, orienter la fiscalité — restent prudentes, voire désincarnées. Aucun secteur n’est nommé comme responsable, aucune géographie pointée, aucun modèle d’affaires remis en cause. Le WBCSD et son Global Circularity Protocol apparaissent comme les véhicules de mise en œuvre privilégiés, ce qui éclaire la fonction réelle du document : fournir un chiffre-massue assez frappant pour convaincre, sans désigner de perdants.

Introduction – Repenser la valeur, ou relégitimer l’indicateur ROI

Le constat.
L’usage mondial des ressources a triplé depuis 1970, plus de la moitié des émissions de gaz à effet de serre proviennent de l’extraction et du traitement des matières, et la masse anthropique – béton, acier, plastique, asphalte – dépasse désormais celle du vivant (Elhacham et al., Nature, 2020).
Plus troublant encore, la productivité-ressources mondiale, qui mesure la valeur économique générée par unité de matière, stagne depuis une décennie. Autrement dit, nous extrayons plus pour produire autant. Ce diagnostic aurait pu justifier une remise à plat radicale du modèle ; il sert ici de tremplin à une question plus étroite : _« Quelle est l’ampleur de la valeur évitable perdue par des pratiques économiques linéaires et inefficaces ?»

La valeur comme concept, puis la valeur comme prix.
Le rapport convoque brièvement les tensions classiques – valeur d’usage contre valeur d’échange, valeur fonctionnelle contre valeur sociale – et reconnaît, citant Farley (2008), que le capital naturel critique (forêts, sols, eau douce) échappe structurellement aux valorisations de marché. Un kilogramme de matières premières rares dans un dispositif médical n’a pas la même portée sociétale qu’un kilogramme dans un gadget jetable, observe le texte, « yet this difference is only partially visible in market prices ». Le rapport explique ensuite rapidement la « colline de valeur » (Value Hill) de Circle Economy, un schéma pédagogique qui cartographie l’ajout de valeur en amont (extraction, fabrication, assemblage) et sa rétention en aval (réparation, reconditionnement, recyclage). Le modèle est efficace mais reste un cadre d’optimisation de flux, pas une théorie critique du prix.

Du 6,9 % qui baisse au trillion qui est là pour marquer.
La transition vers l’indicateur monétaire est soigneusement amenée. Le rapport rappelle que 93,1 % des matières entrant dans l’économie mondiale proviennent de sources vierges (la circularité est donc de 6,9%) : le faible taux de circularité représente des pertes économiques immenses. Faire de la circularité un problème d’euros perdus, c’est proposer de jouer sur le terrain des directions financières et de leurs métriques. C’est aussi abandonner, au moins provisoirement, le terrain des limites physiques.

Une promesse qui engage le lecteur.
Le rapport entend guider entreprises, financiers et décideurs publics vers les interventions aux potentiels les plus grands. La suite dira si cette promesse tient, ou si l’outil monétaire finit par dicter le périmètre des solutions envisageables.

Chapitre 2 — Mesurer l’écart de valeur : méthodologie

Un indicateur construit sur une concession de départ.
L’approche retenue est volontairement pragmatique et largement de type statu quo. La valeur sera mesurée en euros, via les prix de marché, parce que c’est la seule façon de produire une comparaison mondiale. Les indicateurs alternatifs – indice de développement humain, indices de bonheur, comptabilité multi-capitaux – sont écartés d’une phrase.
Deux couches de valeur sont conservées :

  • la valeur fonctionnelle (utilité incorporée dans les matières et produits, captée par le prix)
  • et la valeur créée (impacts environnementaux et sociaux, largement externes aux prix).
    Cette seconde couche est partiellement internalisée via le coût social du carbone et le coût des décharges sauvages. Tout le reste – acidification, toxicité, eutrophisation, déplétion des ressources – reste hors champ.

Le PIB mis en accusation, puis réhabilité.
Le rapport se livre à une critique forte du PIB. L’indicateur ne capte que le flux de valeur ajoutée du moment et ignore la déplétion, la dégradation ou la destruction des stocks qui rendent possible cette création. Plus embêtant, 100 € dépensés à nettoyer une marée noire et 100 € investis en éducation comptent à l’identique. Le PIB net (NDP), qui retranche la dépréciation du capital fixe et bientôt la déplétion des ressources naturelles, est présenté comme un correctif supérieur : il est 10 à 20 % inférieur au PIB dans de nombreux pays.
Pourtant, les auteurs se rangent derrière l’indicateur critiqué. Motif invoqué : il reste la mesure la plus largement disponible, la plus standardisée et la plus comparable entre pays et dans le temps. Le PIB est insuffisant mais incontournable. L’écart de valeur servira donc de correctif latéral, pas de substitut.

Cinq voies pour cartographier la fuite.
Les pertes sont regroupées en cinq canaux qui captent à la fois les inefficiences de flux (procédés, énergie, alimentation) et l’érosion des stocks (déchets en fin de vie, dépréciation du capital fixe). Le ratio proposé – valeur perdue rapportée au PIB – livre une image simplifiée : 31 % sous l’hypothèse médiane, 37 % si on se rapporte au PIB net.
Le rapport précise que l’écart de valeur n’est ni une simple soustraction du PIB, ni un verdict d’insoutenabilité sur l’ensemble de la production économique. La précaution vise à désamorcer les critiques orthodoxes, mais elle laisse le lecteur dans une ambiguïté calculée : les 25 400 milliards sont-ils des euros déjà dans le PIB qui seraient à reclasser, des euros additionnels potentiellement récupérables, ou un mélange instable des deux ?

Des limites assumées qui fragilisent le chiffre-massue.
Les services sont exclus du calcul des pertes mais inclus dans le PIB de référence, créant une dissymétrie structurelle ; les externalités sont internalisées à la marge ; les résultats sont sensibles aux hypothèses de dépréciation et à l’estimation du stock initial de capital. Cette transparence est à saluer, mais elle devrait inviter à manier les 25 400 milliards avec la précaution due aux ordres de grandeur indicatifs, non aux mesures consolidées. La communication extérieure du rapport ne fera probablement pas ce tri.

Chapitre 3 — Anatomie des cinq fuites

La hiérarchie des pertes bouscule le récit circulaire dominant.
Le récit habituel de l’économie circulaire met en avant le recyclage, la gestion des déchets, la réduction à la source. Les chiffres du rapport redistribuent les priorités.

  • Les déchets en fin de vie pèsent 10 000 milliards d’euros, soit 39 % de l’écart total.
  • Les pertes énergétiques suivent à 8 700 milliards.
  • La dépréciation du capital fixe – un sujet quasi absent des débats grand public sur la circularité – atteint 5 200 milliards.
  • Les pertes de procédés et le gaspillage alimentaire, souvent traités comme emblématiques, ne représentent ensemble que 1 555 milliards, soit 6 % du total.
    La circularité est donc une affaire de bâtiments qu’on laisse se dégrader, de machines qu’on remplace trop tôt, d’énergie fossile qu’on dissipe en chaleur perdue.

Les pertes de procédés, ou le coût caché de l’industrie lourde.
904 milliards d’euros s’évaporent chaque année entre la mine et le produit fini, dont 481 milliards de valeur matière récupérable mais non recyclée. En Europe, les intrants matériels représentent environ la moitié des coûts totaux des industriels, avec l’automobile, la chimie et les métaux de base en tête (PBL, 2014). L’argument commercial est donc solide – réduire les pertes, c’est directement améliorer la marge. Ce qui reste en suspens : pourquoi cela n’est-il pas déjà fait ?

L’énergie, pieuvre aux mille plaies.
Les 8 700 milliards de pertes énergétiques se décomposent en quatre étapes : extraction (1 100 Md€), conversion (2 300 Md€), transport (315 Md€) et usage final (4 900 Md€). L’écrasante majorité provient des combustibles fossiles, dont la chaîne complète est qualifiée par Walter et al. (Rocky Mountain Institute, 2024) d’« incredible inefficiency ». L’inclusion des centres de données aux côtés de la métallurgie et du ciment est un signal sur le sujet de l’intelligence artificielle qui monte rapidement en importance. Deux tiers de ce total (6 300 Md€) sont des coûts fantômes – le coût social du carbone – et non des pertes physiques directes. Autrement dit, l’énergie pèse autant dans l’écart de valeur parce qu’on y ajoute le prix implicite du climat, que parce qu’on gaspille les kilowattheures.

L’alimentation, parent pauvre de la démonstration.
650 milliards d’euros, dont 594 milliards de pertes amont (stockage, transport, transformation) et 56 milliards de gaspillage aval (distribution, consommateurs). Le chiffrage paraît faible au regard de la CCNUCC, qui estime à 1 000 milliards de dollars le coût mondial annuel du phénomène. L’écart tient à une décision méthodologique : les pertes au stade de la production agricole sont exclues, tout comme les coûts de traitement des déchets alimentaires. La filière sort donc relativement indemne du comptage – un paradoxe pour un secteur qui mobilise un tiers des émissions mondiales (Crippa et al., 2021).

La fin de vie, gisement dormant de 10 000 milliards.
Le chiffre vertigineux s’explique par une rupture conceptuelle que le rapport assume : la valeur résiduelle d’un actif retiré ne se résume pas à sa valeur matière. Un bâtiment démantelé, une machine mise au rebut, un véhicule retiré emportent avec eux le travail, l’énergie et le savoir-faire qui les ont produits. Le recyclage, assène le rapport, « rarely compensates for the loss of component- or product-level functionality ». Hiérarchie implicite : reconditionnement et refabrication au-dessus du recyclage. L’argument est fort, la politique qui en découlerait – obligation de démantèlement sélectif, responsabilité élargie du producteur renforcée, droit à la réparation étendu aux infrastructures- est laissée aux lecteurs.

Le capital fixe, l’angle mort devenu pilier.
Dernière voie et sans doute la plus originale : 5 200 milliards d’euros perdus dans la dépréciation évitable de bâtiments, infrastructures et machines. Le rapport pose une hypothèse : 25 à 50 % de cette dépréciation serait évitable par la maintenance, la modernisation, la conception modulaire. Le postulat ouvre un chantier politique que l’Europe commence à peine à envisager – la « rénovation profonde » du parc bâti, la durabilité des équipements industriels, la lutte contre l’obsolescence des infrastructures publiques. Gérer la dépréciation est une vraie stratégie de rétention de valeur.

Chapitre 4 — Comprendre les mécanismes : trois grilles pour une même fuite

Une matrice de lecture qui déplace le centre de gravité.
Le rapport propose d’analyser les 25 400 milliards d’euros selon trois prismes croisés : les cinq voies physiques déjà décrites, quatre mécanismes explicatifs, et trois phases du cycle de vie. Cette triangulation produit le résultat le plus analytiquement fécond du document.
Elle révèle notamment que la mauvaise gestion des matières, habituellement pointée comme coupable principal, ne représente que 24 % de l’écart total (6 200 Md€). L’internalisation des coûts fantômes — c’est-à-dire la mise en prix des externalités climatiques et environnementales – en pèse 30 % (7 500 Md€). L’obsolescence prématurée des actifs longue durée atteint 26 % (6 500 Md€), et la simple détérioration évitable du capital fixe, 20 % (5 200 Md€). Trois quarts de l’écart de valeur se jouent donc sur le terrain des stocks et des signaux-prix, pas sur celui de la gestion quotidienne des flux.

La géographie des pertes recompose les priorités d’action.
L’amont capte 5 300 milliards, essentiellement en pertes énergétiques liées à l’extraction et à la conversion.
La phase d’usage pèse 10 100 milliards, partagés entre la dégradation du capital fixe et l’inefficacité énergétique des bâtiments, véhicules et procédés industriels.
L’aval concentre les 10 000 milliards de déchets en fin de vie, dominés par l’obsolescence prématurée.
Si les pertes les plus lourdes se produisent pendant l’usage et en fin de vie, la circularité ne peut pas être déléguée aux seuls industriels amont ni aux filières de tri. Elle engage les propriétaires d’actifs, les donneurs d’ordre publics, les régulateurs du bâtiment et de l’énergie – acteurs que le rapport ne nomme pourtant jamais explicitement.

L’aveu d’une première tentative.
Circle Economy reconnaît que cette édition est une première itération et énumère trois chantiers d’amélioration :

  • adopter le PIB net comme dénominateur à mesure que les comptes nationaux intégreront la déplétion naturelle,
  • étendre l’internalisation aux services écosystémiques et à la biodiversité,
  • et construire un volet « écart de valeur sociale » analogue au coût social du carbone pour les salaires indignes, la sécurité au travail, l’exclusion des travailleurs informels. Ce dernier point ouvre une porte vers une comptabilité circulaire du travail, longtemps tenue hors champ. Mais la porte reste entrouverte — aucun des chiffres avancés dans le rapport n’intègre cette dimension aujourd’hui.

La sobriété.
Mais l’économie circulaire ne peut se réduire à un exercice technique d’efficacité. Le rapport cite Figge et Thorpe (2023), Chenavaz et Dimitrov (2025), et surtout Fanning et Raworth (2025) pour introduire la sobriété comme principe directeur – réduction de la demande matérielle, extension des durées de vie, rétention de valeur supérieure. Six des neuf limites planétaires sont franchies (Richardson et al., 2023). La formule retenue par les auteurs est juste : une économie circulaire centrée sur la valeur dépend des bonnes questions – comment mesurer la valeur, que fournit l’économie, pour qui, et à quel coût pour la planète et la société.

Chapitre 5 — Prochaines étapes : la circularité passée au tamis de Bâle

Le volet entreprises, entre bonnes intentions et prudence commerciale.
Le rapport invite les entreprises à construire un argumentaire économique holistique, à piloter des modèles circulaires – produit-comme-service, location de matières, dispositifs de reprise – et à coopérer le long des chaînes de valeur. Les recommandations s’appuient sur des références académiques solides (Tunn et al., 2019 ; Geissdoerfer et al., 2018) et introduisent un concept utile : la maturité de marché, qui croise viabilité technologique, financière et réglementaire pour évaluer où un modèle circulaire peut réellement passer à l’échelle. Mais aucun secteur n’est désigné comme particulièrement en retard, aucun modèle d’affaires actuel n’est mis en cause, aucun exemple d’entreprise n’est nommé — ni en positif, ni en négatif. Le lecteur comprend qu’il faut « coopérer horizontalement et verticalement » sans que l’on sache jamais qui doit faire le premier pas, ni qui gagne et qui perd dans l’équation. La signature Deloitte se lit ici en creux.

Le volet finance porte la véritable innovation du rapport.
Circle Economy demande aux prêteurs et investisseurs d’intégrer la réparabilité, la durabilité et la récupérabilité dans leurs évaluations de collatéraux, aux superviseurs d’évaluer l’exposition aux risques matières via des tests de résistance, et aux banques centrales de réorienter les flux de capitaux via le pilier 2 de Bâle et le cadre des collatéraux de la BCE. L’argumentaire est construit point par point sur la jurisprudence climatique déjà en place : l’Autorité bancaire européenne (ABE, 2023) qui différencie la tarification hypothécaire selon la performance énergétique des bâtiments, la BCE (2025) qui ajuste son cadre de collatéraux pour refléter les risques de transition. Le raisonnement est redoutable : si la régulation financière peut intégrer le climat, elle peut intégrer la matière. Les actifs durables, récupérables ou sous contrat de location doivent être traités comme des positions économiquement plus robustes, pas comme des anomalies de modèle. On tient ici la première proposition sérieuse de transposition systématique du cadre prudentiel climatique à la circularité — une extension que ni la TNFD ni les travaux du NGFS n’avaient formulée avec cette netteté.

Le volet politique publique recule sur le terrain de la tarification.
Les trois actions préconisées – fixer des objectifs d’usage des matières, internaliser les externalités dans les prix, orienter la fiscalité – sont justes mais timides au regard du diagnostic. Le rapport rappelle que quatorze pays ou régions ont commencé à se doter d’objectifs d’usage des matières (Potocnik, 2025) et évoque des approches par quotas inspirées des pêcheries, du système européen d’échange de quotas ou des droits d’abstraction de l’eau (Dupont et al., 2023). Il cite les crédits d’impôt canadiens pour les technologies propres, la TVA réduite européenne pour la réparation, la taxe britannique sur les emballages plastiques. Ces exemples sont utiles, mais le rapport s’arrête au seuil de la recommandation structurante : aucune proposition d’écofiscalité massive sur les matières vierges, aucune remise en cause des amortissements accélérés qui favorisent le remplacement plutôt que la maintenance, aucun appel à réviser les règles comptables qui font des actifs longue durée un passif plutôt qu’un patrimoine. Le rapport préconise des solutions comptables et signaux-prix là où le levier est essentiellement réglementaire et fiscal.

Un dénouement qui évacue la question du conflit.
La conclusion du chapitre – combler l’écart de valeur exige une action coordonnée, une perspective systémique, la correction des défaillances de marché – pourrait figurer dans n’importe quel rapport produit par n’importe quelle institution depuis dix ans. Elle illustre la limite structurelle du document : faute de désigner des responsables, des perdants et des arbitrages, il transforme un diagnostic systémique en invitation au consensus. Seule la section finance échappe à cette neutralisation, parce qu’elle parle d’un langage — celui du capital réglementaire et des collatéraux — où la contrainte est directement opérationnelle.


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