Deux rapports majeurs de l’IPBES, publiés successivement ces 17 et 18 décembre 2024, articulent un constat de crise systémique environnementale et de solutions potentielles bien au delà de la biodiversité.
Le premier rapport tisse la trame des interconnexions complexes entre les cinq crises majeures – biodiversité, eau, santé, alimentation et climat – tandis que le second ouvre aux transformations profondes nécessaires pour y répondre.
Le 17 décembre, dans le rapport « Nexus », l’IPBES dressait le portrait de crises multiples dont les effets sont intimement connectés, en affirmant qu’aucune de ces crises ne peut être traitée isolément sans risquer d’aggraver les autres. Le coût de l’inaction était également évalué,
Les coûts cachés de l’inaction étaient chiffrés : entre 10 000 et 25 000 milliards de dollars annuels de conséquences sur la biodiversité, l’eau, la santé et le climat pour les politiques actuelles inadaptées, et un doublement si l’on retarde d’une décennie les mesures nécessaires. Ce sont également près de neuf millions de décès annuels liés à la pollution atmosphérique.
Le 18 décembre, le second rapport intitulé « changement transformateur » va au delà de ces analyses en identifiant trois causes profondes qui sapent les efforts actuels :
- la déconnexion de l’homme avec la nature,
- la concentration du pouvoir et des richesses,
- et la priorisation des gains individuels à court terme.
Les deux rapports cumulés permettent ainsi de comprendre d’un côté comment les crises se cumulent, s’aggravent et provoquent des conséquences sans bornes, de l’autre comment l’efficacité de l’action est entravée par des causes humaines, et comment cet ensemble constitue des causes systémiques.
Dans « Nexus », ce sont 71 réponses possibles qui sont étudiées, dont certaines particulièrement prometteuses comme l’optimisation de l’usage de l’eau en agriculture ou la restauration des écosystèmes.
Dans « Changement Transformateur », c’est une refonte des visions, des structures et des pratiques qui est recommandée. Et si l’expression « Changement transformateur » est utilisée depuis 2019 par l’IPBES, c’est à dessein : il faut pour faire face à ces crises des changements profonds de modes de fonctionnements de notre société humaine.
La gouvernance actuelle, fragmentée en silos, doit céder la place à des approches « plus intégrées, inclusives, équitables, coordonnées et adaptatives ». Cette transformation n’est pas présentée comme utopique mais comme un « pari possible », s’appuyant sur l’analyse de 400 cas concrets à travers le monde.
Ces 2 rapports veulent marquer un tournant dans l’appréhension des crises environnementales : ils proposent (pour la première fois?) une vision systémique et transformatrice de grande ampleur, tout en restant ancrés dans le concret et le réalisable.
C’est ainsi que devraient être lus ces deux rapports complémentaires, ces travaux de grande ampleur.
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