NEXUS – lien d’interdépendances entre biodiversité, eau, santé et alimentation – par l’IPBES

Face à l’accélération des crises environnementales interconnectées, les approches cloisonnées ne suffisent plus. L’IPBES dévoile comment la perte de biodiversité, l’insécurité alimentaire et hydrique, les risques sanitaires et le changement climatique s’entremêlent dans un cercle vicieux. Son rapport NEXUS propose des solutions intégrées pour transformer ces défis en opportunités d’action collective vers un avenir durable.

❇️ Introduction : Un rapport pionnier sur les interconnexions des crises mondiales

Le rapport d’évaluation sur les liens entre biodiversité, eau, alimentation et santé (dit « rapport Nexus ») est une analyse scientifique inédite menée pendant trois ans par 165 experts internationaux de 57 pays. Approuvé par les 147 gouvernements membres de l’IPBES en décembre 2024, il constitue la première évaluation globale des interconnexions complexes entre cinq « éléments nexus » : biodiversité, eau, alimentation, santé et changement climatique.

Ce travail met en évidence comment la complexité des interactions entre ces éléments rend inefficaces les approches sectorielles isolées. Comme l’explique Paula Harrison (Royaume-Uni), coprésidente de l’évaluation :

« Nous devons faire en sorte que les décisions et les actions ne soient plus cloisonnées afin de mieux gérer, gouverner et améliorer l’impact des actions menées dans un élément du nexus sur d’autres éléments. »

❇️ Les défis actuels : Une spirale d'interdépendances négatives

➡️ Un déclin généralisé aux impacts multiples
La biodiversité décline partout dans le monde, tel est le constat, et à tous les niveaux, avec des pertes de 2 à 6% par décennie sur les 30-50 dernières années. Ce déclin impacte directement :

  • La sécurité alimentaire et la nutrition
  • La qualité et la disponibilité de l’eau
  • La santé humaine et animale
  • La résilience face au changement climatique
  • L’ensemble des contributions de la nature aux populations

➡️ Des moteurs de changement qui s'intensifient
Les moteurs indirects de ce déclin (économiques, démographiques, institutionnels, culturels et technologiques) se sont intensifiés, aggravant les pressions directes comme :

  • Le changement d’usage des terres et des mers
  • L’exploitation non durable
  • Les espèces envahissantes
  • La pollution
  • Le changement climatique

➡️ Des impacts économiques majeurs mais sous-estimés
Le rapport explique que plus de 50% du PIB mondial (soit plus de 50 000 milliards de dollars d’activité économique annuelle) dépend modérément ou fortement de la nature. Pourtant, les coûts cachés des approches actuelles sont estimés entre 10 et 25 000 milliards de dollars par an, reflétant les impacts négatifs sur la biodiversité, l’eau, la santé et le climat.

❇️ Les scénarios futurs : Entre aggravation et solutions possibles

➡️ Des trajectoires inquiétantes si rien ne change
L’analyse de 186 scénarios issus de 52 études montre que la poursuite des tendances actuelles conduirait à :

  • Une détérioration accélérée de la biodiversité
  • Une dégradation de la qualité de l’eau
  • Une augmentation des risques sanitaires
  • Une intensification du changement climatique

➡️ Des approches isolées insuffisantes
Les scénarios qui privilégient un seul élément du nexus au détriment des autres (comme l’approche « alimentation d’abord » ou « climat d’abord ») créent des déséquilibres et des effets négatifs en cascade.

❇️ Options de réponse et solutions intégrées

➡️ Un éventail de solutions disponibles et synergiques
Le rapport identifie plus de 70 options de réponse regroupées en 10 catégories d’action, dont beaucoup sont déjà disponibles et certaines peu coûteuses. Parmi les options les plus prometteuses avec des impacts positifs sur l’ensemble du nexus :

  • La restauration des écosystèmes riches en carbone (forêts, sols, mangroves)
  • La gestion intégrée des paysages terrestres et marins
  • Les solutions urbaines basées sur la nature
  • L’adoption de régimes alimentaires sains et durables
  • Le soutien aux systèmes alimentaires indigènes
    Ces options peuvent être renforcées lorsqu’elles sont mises en œuvre de manière coordonnée ou séquentielle, créant des synergies positives.

➡️ Des exemples concrets de succès
Le rapport met en avant plusieurs cas d’illustration clés :

📌 Au Sénégal : Un projet de restauration des mangroves a permis :

  • Une séquestration significative du carbone
  • Une augmentation de la biodiversité
  • Une réduction de l’érosion côtière
  • Une amélioration de la qualité de l’eau
  • Un renforcement de la sécurité alimentaire locale

📌 Au Niger : La régénération naturelle gérée par les agriculteurs sur 5 millions d’hectares a conduit à :

  • Une augmentation de 30% des rendements céréaliers
  • Une amélioration de la santé des sols
  • Un enrichissement de la biodiversité

❇️ Gouvernance et mise en œuvre

➡️ Vers une approche nexus de la gouvernance
Le rapport montre que la transformation des modes de gouvernance actuels est essentielle. Pamela McElwee, coprésidente de l’évaluation, insiste sur la nécessité d’adopter des « approches de gouvernance nexus » qui soient :

  • Plus intégrées
  • Plus inclusives
  • Plus équitables
  • Mieux coordonnées
  • Plus adaptatives

➡️ Une feuille de route en huit étapes
Le rapport propose ainsi une feuille de route structurée pour améliorer la prise de décision :

  1. Caractérisation des moteurs de changement directs et indirects
  2. Identification et mobilisation des acteurs de la gouvernance
  3. Compréhension des interactions entre éléments du nexus
  4. Co-création de visions et alignement des valeurs
  5. Identification des options de réponse
  6. Évaluation des conditions favorables
  7. Négociation de la mise en œuvre
  8. Suivi et apprentissage itératif

❇️Implications financières et économiques

➡️ Des besoins de financement considérables
Le rapport identifie des déficits de financement majeurs :

  • 0,3 à 1 billion de dollars par an pour répondre aux besoins en matière de biodiversité
  • Au moins 4 billions de dollars supplémentaires par an pour atteindre les ODD liés à l’eau, l’alimentation, la santé et le climat

➡️ Des réformes économiques nécessaires
Le rapport met en évidence le besoin de :

  • Réformer les subventions néfastes (environ 1,7 billion de dollars par an)
  • Réorienter les flux financiers privés (actuellement 5,3 billions de dollars d’investissements nocifs)
  • Développer de nouveaux mécanismes de financement innovants

❇️ Conclusions et perspectives

Le rapport souligne que le retard dans l’action augmente significativement les coûts :

  • Un délai de 10 ans dans l’action pour la biodiversité pourrait doubler les coûts
  • Chaque année de retard dans l’action climatique ajoute au moins 500 milliards de dollars de coûts supplémentaires

David Obura, président de l’IPBES, conclut que ce rapport arrive à un moment important pour soutenir la mise en œuvre coordonnée des grands cadres internationaux (ODD, Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, Accord de Paris).

❇️ Les ressources

Le rapport Nexus de l’IPBES – synthèse pour les dirigeants


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