Le prix de l’attente : Quand l’inaction climatique menace la survie des entreprises

Avec l’accélération du changement climatique, les entreprises se trouvent à la croisée des chemins : agir maintenant pour limiter les risques ou subir des pertes croissantes dans les décennies à venir. Cette étude du Forum Économique Mondial démontre que l’inaction climatique pourrait coûter jusqu’à 5 à 6 fois plus que les investissements nécessaires à l’adaptation et à la transition écologique.

❇️ Introduction : L'urgence d'une action climatique pour l'économie mondiale

Les risques climatiques ne sont plus des menaces lointaines mais des réalités qui impactent déjà l’économie mondiale. Depuis 2000, les catastrophes climatiques ont causé plus de 3,6 trillions de dollars de dommages, dont plus de la moitié est attribuée aux tempêtes. Sans action urgente, le PIB mondial pourrait chuter jusqu’à 22% d’ici 2100.

Les impacts se matérialisent déjà à travers plusieurs indicateurs clés :

  • La concentration de CO2 atmosphérique a atteint 427 ppm en juin 2024, un niveau inédit depuis au moins 3 millions d’années
  • La température mondiale a augmenté de 1,2°C par rapport à l’ère préindustrielle
  • La fréquence des catastrophes naturelles a été multipliée par 5 au cours des 50 dernières années

❇️ Les coûts croissants de l'inaction climatique

L’analyse montre une augmentation dramatique des coûts liés aux événements climatiques. Les dommages économiques sont passés de 450 milliards de dollars entre 2000-2004 à plus d’1 trillion de dollars entre 2020-2024. L’ouragan Helene de septembre 2024 illustre cette tendance avec des dégâts estimés à plus de 100 milliards de dollars, en faisant l’un des ouragans les plus coûteux de l’histoire américaine.

« Les risques climatiques ne sont plus des menaces distantes – ils se matérialisent aujourd’hui, avec des impacts déjà ressentis dans tous les secteurs et régions. » – Patrick Herhold, Directeur général & Associé senior, Boston Consulting Group

❇️ Les risques physiques pour les entreprises

Le rapport détaille comment les risques physiques du changement climatique menacent directement les opérations des entreprises. Dans un scénario de réchauffement non maîtrisé, les entreprises non préparées pourraient voir leur EBITDA diminuer de 5% à 25% d’ici 2050, selon leur secteur et leur localisation.

Des exemples concrets illustrent ces impacts :

  • La sécheresse de 2022 en Chine a réduit la production hydroélectrique du Sichuan à 20% de sa capacité normale
  • Les inondations de 2021 en Allemagne ont causé 1,4 milliard de dollars de dommages aux infrastructures ferroviaires
  • Les feux de forêt en Californie ont conduit à la faillite de PG&E en 2019, avec 30 milliards de dollars de passif

❇️ Les risques de transition pour les entreprises

Le rapport indique l’importance croissante des risques liés à la transition écologique. Dans un scénario d’accélération de l’action climatique, les entreprises non préparées pourraient faire face à :

  • Des coûts carbone significatifs : l’impact de la tarification du carbone pourrait représenter jusqu’à 50% de l’EBITDA dans certains secteurs intensifs en émissions
  • Des dépréciations d’actifs : jusqu’à 35% de la valeur des actifs pétroliers upstream pourrait devoir être dépréciée d’ici 2030
  • Une baisse rapide de la demande : jusqu’à 70% du volume d’activité pourrait être menacé dans certains secteurs d’ici 2030

« Tipping points in public opinion shifts are difficult to predict. You need to anticipate future trends, or you might be late and forced to catch up under pressure. » – Pascal Soriot, CEO, AstraZeneca

❇️ Les opportunités de la transition climatique

Le rapport indique que la transition climatique représente aussi d’importantes opportunités de croissance. Le marché des technologies vertes est estimé à 5 trillions de dollars en 2024 et devrait atteindre 14 trillions de dollars d’ici 2030, avec une croissance annuelle de :

  • 20% pour l’énergie alternative
  • 16% pour le transport durable
  • 13% pour les produits de consommation durables

Des exemples de réussite sont présentés :

  • SSAB développe une production d’acier vert en partenariat avec LKAB et Vattenfall
  • Airbus investit dans les carburants d’aviation durables et vise le premier avion commercial à hydrogène d’ici 2035
  • Standard Chartered Bank génère 1 milliard de dollars de revenus annuels grâce à la finance durable

❇️ Guide pratique pour les dirigeants

Le rapport propose un cadre d’action en quatre étapes principales :

  1. Évaluation complète des risques climatiques
  • Mesure des risques physiques
  • Évaluation des risques de transition
  • Identification des opportunités
  1. Gestion des risques dans le portefeuille actuel
  • Investissement dans l’adaptation et la résilience
  • Décarbonation des actifs et des opérations
  • Décarbonation du portefeuille d’activités
  1. Pivot stratégique vers les opportunités
  • Reshaping du portefeuille d’activités
  • Capitalisation sur la résilience physique
  • Alignement des allocations de capital
  1. Suivi et reporting des progrès
  • Mise en place d’un monitoring des risques climatiques
  • Communication sur l’exposition matérielle
  • Reporting sur les activités d’adaptation

❇️ Perspectives et recommandations

Le rapport conclut en soulignant la nécessité d’une action urgente tant au niveau des entreprises que des gouvernements. Les recommandations clés incluent :

Pour les entreprises :

  • Adopter une approche par scénarios
  • Mesurer l’impact complet des risques climatiques
  • Développer des plans de transition et de résilience robustes

Pour les gouvernements :

  • Combler l’écart d’ambition de 600+ Gt
  • Étendre l’utilisation de la tarification carbone
  • Doubler les financements et incitations
  • Lever les obstacles à la transition
  • Se préparer à des mesures de transition plus drastiques

❇️ Les ressources

Le rapport The Cost of Inaction: A CEO Guide to Navigating Climate Risk


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