« La Nature ne fait pas de crédit » : Quand la BCE tire la sonnette d’alarme

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❇️ Introduction
Le rapport de la BCE s’ouvre sur un constat fondamental : la nature, loin d’être un simple décor de notre activité économique, en constitue le socle vital. Nous avons une dépendance viscérale à la nature. Cette introduction pose les bases d’une réflexion approfondie sur l’interdépendance entre systèmes naturels et économiques.

Les auteurs soulignent d’emblée la sous-estimation chronique de la valeur des services écosystémiques par le secteur financier et les décideurs politiques. Cette négligence s’illustre particulièrement à travers le cas des zones humides, véritables infrastructures naturelles de filtration d’eau et de protection contre les tempêtes, dont la valeur économique se chiffre en milliards d’économies en traitement des eaux et en prévention des catastrophes. Le projet INCA (Integrated Natural Capital Accounting) vient quantifier cette réalité : en 2019, dix services écosystémiques dans l’UE généraient un flux annuel de bénéfices estimé à 234 milliards d’euros.

Des recherches récentes ont démontré la nature non linéaire de la perte de biodiversité: les risques financiers peuvent grandir sans relation avec la fragilisation des écosystèmes. Les banques centrales ne pourront assurer la stabilité des prix et la stabilité financière qu’en assimilant les risques graves qui peuvent découler de cette dégradation. C’est ce que l’article de la BCE examine.

❇️ Moteurs de la perte de biodiversité et interconnexion avec le changement climatique
Cette section rappelle les mécanismes complexes qui menacent nos écosystèmes. L’activité humaine a dépassé la capacité de la planète à fournir durablement ses services, entraînant un déclin sans précédent. Les exemples les plus marquants : les populations d’espèces sauvages ont chuté de 69% depuis 1970, tandis que le taux d’extinction actuel est plusieurs centaines de fois supérieur à la moyenne des dix derniers millions d’années.

Les auteurs redonnent les 5 moteurs principaux de cette érosion : l’utilisation des terres et des mers, le changement climatique, la surexploitation des ressources, la pollution et les espèces invasives. La déforestation illustre l’ampleur du phénomène : 420 millions d’hectares de forêts ont disparu depuis 1990, soit l’équivalent de la superficie de l’Union Européenne. Ces pertes créent des boucles de rétroaction aggravantes : la dégradation des écosystèmes amplifie le changement climatique, qui à son tour accélère l’érosion de la biodiversité.

❇️ Risques économiques et financiers matériels
Comment ces atteintes à la nature se traduisent-elles en risques concrets pour l’économie et la finance? Les auteurs distinguent les risques physiques (aigus comme les feux de forêt, ou chroniques comme la dégradation des sols) des risques de transition liés aux évolutions réglementaires et aux changements de comportement des consommateurs. L’analyse révèle que 72% des entreprises non financières de la zone euro dépendent critiquement des services écosystémiques, représentant 75% des prêts bancaires.

❇️ Progrès dans la quantification des risques liés à la nature
L’analyse de la BCE révèle l’ampleur de l’exposition du système financier européen aux risques naturels. Les chiffres sont éloquents : sur 4,2 millions d’entreprises non financières dans la zone euro, près des trois quarts dépendent critiquement des services écosystémiques. Cette dépendance se reflète dans les portefeuilles de prêts bancaires, créant une vulnérabilité systémique.

L’étude pointe aussi l’impact territorial de l’économie européenne sur la biodiversité. Les entreprises de la zone euro génèrent une perte équivalente à 365 millions d’hectares d’habitat naturel dans leur région, auxquels s’ajoutent 217 millions d’hectares à l’échelle mondiale via leurs chaînes d’approvisionnement. Dix banques concentrent 40% du financement des activités néfastes pour la biodiversité, ce chiffre grimpant à 90% pour les 100 premières institutions.

❇️ Gestion des risques liés à la nature : prochaines étapes
Face à ces constats, la BCE préconise une approche systématique et proactive. Les auteurs soulignent l’urgence d’intégrer les considérations climatiques et naturelles dans les fonctions de la BCE, tout en reconnaissant les limites actuelles des modèles économiques et financiers qui sous-estiment ces risques.

La feuille de route proposée s’articule autour de trois axes majeurs :

  • L’identification des sources de risques les plus matérielles
  • L’évaluation des risques économiques
  • L’analyse des risques au sein et à partir du système financier

Les auteurs insistent sur la nécessité d’améliorer les données relatives à la nature, de développer des scénarios intégrant climat et biodiversité, et de renforcer les capacités de modélisation pour évaluer les impacts localisés.

❇️ Conclusions
Le rapport conclut sur l’urgence d’agir face aux défis posés par la dégradation de la nature et la perte de biodiversité. Les auteurs soulignent que ces risques menacent directement les objectifs fondamentaux de la BCE en matière de stabilité des prix et de stabilité financière.

L’appel à l’action est clair : une approche systématique, proactive et globale est nécessaire pour quantifier et évaluer ces risques croissants. Le taux accéléré de dégradation de la nature souligne l’urgence d’intégrer ces coûts dans les processus décisionnels des institutions financières et des décideurs politiques.

❇️ L’économie n’est pas une entité abstraite flottant dans le vide. Elle est profondément ancrée dans le monde naturel, dépendante de ses ressources, soumise à ses lois. Il est grand temps que nos modèles économiques reflètent cette réalité. La nature ne fait pas crédit. Et la facture, tôt ou tard, finira par nous être présentée.

Source La Nature ne fait pas de crédit
Article Novethic


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