| Synthèse courte : Le plan du GCEW (GIEC de l’eau) pour faire du cycle hydrologique un bien commun mondial Ce rapport monumental de la Commission mondiale sur l’économie de l’eau (GCEW) nous propose une véritable révolution dans notre relation à l’élément aquatique. Il ne s’agit plus simplement de gérer une ressource, mais de repenser entièrement notre rapport au cycle hydrologique dans sa globalité, en le considérant comme un bien commun mondial. Cette approche s’appuie sur un constat alarmant : pour la première fois de l’histoire humaine, le cycle de l’eau est déséquilibré à l’échelle planétaire. Les chiffres donnent le vertige : près de 3 milliards de personnes et plus de la moitié de la production alimentaire mondiale se trouvent dans des zones où le stockage total d’eau devrait diminuer. Plus de 1000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour à cause d’une eau insalubre et d’un manque d’assainissement. Au-delà des statistiques, c’est toute notre compréhension du cycle de l’eau qui est bouleversée. La GCEW propose d’élargir le regard au-delà de la seule « eau bleue » des rivières et des nappes phréatiques, pour embrasser également « l’eau verte » contenue dans les sols et la végétation. Cette eau verte, longtemps négligée, joue un rôle fondamental : 40 à 60% des précipitations terrestres en sont issues. Ainsi, la GCEW suggère une refonte complète de notre approche économique et politique de l’eau, articulée autour de 5 missions critiques : 🔷 Révolutionner nos systèmes alimentaires pour améliorer la productivité hydrique de l’agriculture. 🔷 Conserver et restaurer les habitats naturels essentiels à la protection de l’eau verte. 🔷 Établir une économie circulaire de l’eau. 🔷 Permettre une transition vers les énergies propres et l’IA avec une empreinte hydrique minimale. 🔷 Éradiquer la mortalité infantile due à l’eau insalubre d’ici 2030. Ces missions exigent une mobilisation sans précédent de tous les acteurs et une refonte profonde de nos modes de gouvernance et de financement. La GCEW propose ainsi un nouveau cadre conceptuel pour valoriser l’eau, qui va bien au-delà des principes de Dublin énoncés en 1992. L’idée maîtresse ? Considérer l’eau non plus comme une simple marchandise, mais comme un capital naturel dont la valeur doit être pleinement intégrée dans nos décisions économiques et politiques. Cette nouvelle économie de l’eau implique de façonner les marchés dès le départ pour garantir une utilisation efficace, équitable et durable de l’eau, plutôt que de simplement corriger les externalités après coup. C’est tout le sens de l’approche « mission-oriented » préconisée par le rapport, qui pousse à mobiliser l’innovation et l’investissement autour d’objectifs sociétaux ambitieux. Le rapport insiste aussi sur la nécessité de forger des partenariats symbiotiques entre les secteurs public et privé, avec une répartition équitable des risques et des récompenses. Il appelle à une augmentation substantielle du financement de l’eau dans tous les secteurs, en repensant notamment le rôle des institutions de financement du développement. Le rapport insiste sur l’importance des données. Il appelle à la création d’une infrastructure mondiale de données sur l’eau, intégrant à la fois les connaissances scientifiques et les savoirs locaux et indigènes. Cette infrastructure est vue comme un outil indispensable pour éclairer la prise de décision et responsabiliser tous les acteurs. Enfin, le rapport plaide pour l’établissement d’un « Pacte mondial pour l’eau », assorti d’objectifs clairs et mesurables pour stabiliser le cycle hydrologique. Ce pacte devrait reconnaître que l’eau est à la fois un enjeu local et global, et que le cycle hydrologique, englobant à la fois l’eau bleue et l’eau verte, est un défi collectif et systémique. C’est donc ici un manifeste pour une nouvelle civilisation de l’eau qui nous est proposé. La GCEW nous propose de redécouvrir cette ressource vitale non pas seulement comme un bien à gérer, mais comme le miroir même de notre humanité. C’est un défi d’ampleur. Au fond, ce que nous dit ce rapport, c’est que la crise de l’eau n’est pas seulement une crise environnementale ou économique, mais une crise de notre relation à la nature et à nous-mêmes. En nous appelant à valoriser et à gouverner l’eau comme un bien commun mondial, il nous invite à repenser notre place dans le monde naturel et notre responsabilité envers les générations futures. Synthèse des recommandations 🔷Gouverner le cycle hydrologique comme un bien commun mondial, reconnaissant l’interdépendance des flux d’eau bleue et verte. 🔷Reconnaître un besoin minimal en eau de 4000 litres par personne et par jour pour une vie digne. 🔷Valoriser l’eau pour refléter sa rareté et son rôle crucial dans le maintien des écosystèmes, assurer son utilisation efficace et équitable 🔷Façonner les marchés pour stimuler l’innovation et les investissements dans le cycle de l’eau 🔷Forger des partenariats entre toutes les parties prenantes autour des cinq missions critiques : révolutionner les systèmes alimentaires, protéger les habitats naturels, établir une économie circulaire de l’eau, permettre une ère d’énergie propre et d’IA à faible intensité hydrique, et éradiquer la mortalité infantile due à l’eau insalubre. 🔷Créer des partenariats symbiotiques entre les secteurs public et privé pour une utilisation durable de l’eau. 🔷Augmenter la quantité, la qualité et la fiabilité du financement de l’eau dans tous les secteurs 🔷Créer une infrastructure mondiale de données sur l’eau pour éclairer la prise de décision. 🔷Construire une gouvernance mondiale de l’eau (Pacte mondial pour l’eau) qui valorise l’eau comme principe organisateur |
❇️ Le plan du GCEW (GIEC de l’eau) pour faire du cycle hydrologique un bien commun mondial
❇️ Chapitre 1 – Une nouvelle approche de l’économie de l’eau

➡️ Intention
Le rapport de la Commission mondiale sur l’économie de l’eau (la GCEW) propose une refonte radicale de notre compréhension et de notre gestion de l’eau à l’échelle mondiale. Face aux défis sans précédent liés aux changements du cycle hydrologique, le rapport appelle à une vision plus large et plus intégrée de l’eau, reconnaissant son rôle central dans les écosystèmes, les économies et les sociétés du monde entier.
La GCEW s’inspire des travaux fondateurs du Rapport Stern sur l’économie du changement climatique (2006) et de le Rapport Dasgupta sur l’économie de la biodiversité (2021). Tout comme ces rapports ont transformé notre compréhension des interactions entre l’économie, le climat et la biodiversité, la GCEW vise à révolutionner notre approche de l’eau en tant que ressource planétaire critique.
Le rapport développe un nouveau cadre conceptuel pour l’économie de l’eau, articulé autour de plusieurs principes clés :
- Reconnaissance du cycle hydrologique comme un bien commun mondial, intégrant les flux d’eau « bleue » visibles et les flux d’eau « verte » atmosphériques.
- Transformation de la gouvernance de l’eau à toutes les échelles, de locale à globale.
- Valorisation adéquate de l’eau pour refléter sa rareté et ses multiples bénéfices.
- Passage d’une approche réactive à une approche proactive dans la gestion des externalités liées à l’eau.
- Stimulation de l’innovation et des investissements évalués sur leurs bénéfices à long terme.
Ce nouveau paradigme vise à intégrer pleinement l’eau dans les discussions sur le changement environnemental, la gouvernance et la prise de décision économique à tous les niveaux.
➡️ Les nouvelles réalités du cycle hydrologique mondial
Les preuves des changements en cours dans le cycle hydrologique mondial sont alarmantes. Contrairement aux hypothèses passées d’une ressource locale et régulièrement renouvelable, nous sommes confrontés à des perturbations plus fréquentes et extrêmes liées à l’eau.
Le rapport montre 3 interdépendances fondamentales :
- Les pays et les communautés sont interconnectés par les dynamiques du cycle hydrologique à différentes échelles. Les flux d’humidité atmosphérique relient des régions éloignées, transcendant les frontières politiques.
- Le cycle hydrologique mondial est profondément lié aux crises climatiques et de biodiversité. La gestion de l’eau « verte » (dans les sols, les plantes et les forêts) impacte les précipitations futures et le stockage du carbone.
- L’eau joue un rôle direct et indirect dans la réalisation de tous les Objectifs de Développement Durable (ODD).
Ces interdépendances mettent en évidence la nécessité de gérer l’eau comme un bien commun mondial, appelant à une action collective systémique et à l’échelle de l’économie.
➡️ Les fondements d’une nouvelle économie de l’eau
Dans cette partie, ce sont les bases conceptuelles d’une nouvelle approche économique de l’eau qui sont posées. Elle analyse les forces motrices de la crise de l’eau, de l’augmentation de la consommation aux changements climatiques et d’utilisation des terres.
Le cadre de travail proposé par la GCEW combine efficacité économique, équité sociale et durabilité environnementale. Cette approche marque une rupture avec les pratiques antérieures où la durabilité environnementale était souvent reléguée au second plan.
Un exemple de cette nouvelle approche : la gestion de l’eau dans l’agriculture. Plutôt que de se concentrer uniquement sur l’efficacité de l’irrigation (eau bleue), le rapport préconise une vision holistique intégrant la gestion de l’eau verte à travers des pratiques agricoles durables. Cela pourrait impliquer l’adoption de techniques d’agroforesterie ou de cultures de couverture, qui non seulement améliorent la rétention d’eau dans le sol mais aussi contribuent à la séquestration du carbone et à la préservation de la biodiversité. Cette approche multidimensionnelle (systémique!) illustre comment l’efficacité économique (productivité agricole), l’équité sociale (sécurité alimentaire) et la durabilité environnementale peuvent être poursuivies simultanément.
➡️ Une approche centrée sur les missions
Cinq missions critiques sont identifiées :
- Lancer une nouvelle révolution dans les systèmes alimentaires.
- Conserver et restaurer les habitats naturels essentiels à la protection de l’eau verte.
- Établir une économie circulaire de l’eau.
- Permettre une ère d’énergie propre et d’IA avec une intensité hydrique beaucoup plus faible.
- Garantir qu’aucun enfant ne meure d’une eau insalubre d’ici 2030.
Ces missions visent à transformer les politiques et les pratiques dans l’agriculture, la gestion des habitats naturels, l’économie circulaire, et l’accès à l’eau potable.
➡️ Catalyseurs critiques pour le changement
Les catalyseurs essentiels pour réaliser ces missions sont identifiés:
- La conception de partenariats équitables et efficaces.
- La mobilisation et l’orientation des flux financiers vers une gestion durable de l’eau.
- La transformation des services d’eau urbains pour devenir résilients et centrés sur la justice hydrique.
- L’exploitation du potentiel des données pour soutenir la prise de décision.
- L’établissement d’un mécanisme de gouvernance mondiale de l’eau.
➡️ Conclusion : Principes pour une nouvelle ère de gestion de l’eau
La GCEW propose un ensemble de principes directeurs pour relever les défis actuels et futurs de l’eau, base pour de futures discussions, affinements et actions au-delà du travail de la commission mondiale :
- Gouverner le cycle hydrologique comme un bien commun mondial.
- Reconnaître les limites absolues de la consommation d’eau durable.
- Faire de l’eau un principe organisateur pour le développement durable.
- Poursuivre simultanément l’efficacité économique, l’équité sociale et la durabilité environnementale.
- Valoriser pleinement les bénéfices écosystémiques de l’eau, y compris l’eau verte.
- Passer d’une approche réactive à une approche proactive dans la gestion de l’eau.
- Adopter une approche centrée sur les résultats, axée sur les missions hydriques les plus cruciales.
- Garantir un accès à l’eau pour une vie digne à chaque être humain (estimé à 4000 litres par personne et par jour).
❇️ Chapitre 2 – Le cycle hydrologique comme bien commun mondial

➡️ Introduction : Un nouveau paradigme pour l’eau
Pour faire face aux défis sans précédent liés aux changements du cycle hydrologique, la GCEW propose de considérer l’eau comme un bien commun mondial, reconnaissant son rôle central dans les écosystèmes, les économies et les sociétés du monde entier.
Ce chapitre développe donc un nouveau cadre conceptuel pour l’économie de l’eau, articulé autour de plusieurs principes clés :
- Reconceptualiser le cycle hydrologique comme un bien commun mondial.
- Valoriser l’eau « bleue » et « verte » pour les services essentiels qu’elle fournit.
- Établir des limites absolues à la consommation d’eau bleue.
- Gérer l’eau verte en tenant compte des interactions entre le changement climatique, l’utilisation des terres et les précipitations.
- Renforcer le rôle de l’eau dans les stratégies nationales d’atténuation du changement climatique et de perte de biodiversité.
Dans ce nouveau paradigme, il s’agit d’intégrer pleinement l’eau dans les discussions sur le changement environnemental, la gouvernance et la prise de décision économique à tous les niveaux.
➡️ Comprendre l’eau bleue et l’eau verte
Il est nécessaire de poser les concepts d’eau « bleue » et « verte » :
- L’eau bleue : visible dans les rivières, les lacs et les aquifères, elle constitue la base des écosystèmes aquatiques et est disponible pour l’extraction humaine.
- L’eau verte : présente dans le sol, les plantes et les forêts, elle soutient tous les écosystèmes terrestres et l’agriculture pluviale.
À l’échelle mondiale, environ 60% des précipitations terrestres se transforment en eau verte et 40% en eau bleue. L’eau verte est souvent négligée dans les politiques de gestion de l’eau.
Un exemple de l’interconnexion entre l’eau bleue et verte : le recyclage de l’humidité terrestre. Près de la moitié des précipitations terrestres proviennent de l’évapotranspiration des terres, créant un cycle complexe où l’eau verte joue un rôle aussi important que l’évaporation océanique pour maintenir les précipitations.
➡️ Identification des limites de l’eau douce
2 cadres analytiques sont utilisés pour définir les limites de l’eau douce :
- Les limites planétaires (PB) : définissent un espace d’opération sûr pour l’humanité.
- Les limites du système terrestre (ESB) : intègrent des considérations de justice sociale.
Ces cadres évaluent les limites de l’eau douce en termes d’eau bleue et verte, utilisant des indicateurs tels que le débit des cours d’eau, l’humidité du sol et la recharge des eaux souterraines. Le rapport constate que ces limites sont actuellement dépassées à l’échelle mondiale, indiquant une perte de résilience du système terrestre.
➡️ Le stade d’une crise mondiale de l’eau
Une crise mondiale de l’eau est imminente selon la GCEW :
- 1,4 milliard de personnes vivent dans des bassins fluviaux fermés où la demande dépasse l’offre en eau bleue.
- 4 milliards de personnes connaissent une grave pénurie d’eau pendant une partie de l’année.
- 3 à 4 milliards de personnes supplémentaires devraient être exposées à une pénurie physique d’eau avec un réchauffement de 2 à 4°C.
Plusieurs indicateurs sont utilisés pour évaluer la disponibilité de l’eau :
- L’indice de disponibilité de l’eau bleue (BWAI) : environ 70% de la population mondiale vit sous stress hydrique ou pire.
- L’indice de disponibilité de l’eau verte (GWAI) : environ 2 milliards de personnes vivent dans des conditions de pénurie d’eau verte.
- Le stockage total d’eau terrestre : mesuré par les missions satellites GRACE, il montre des pertes importantes dans de nombreuses régions du monde.
➡️ Un cycle de l’eau mondial déstabilisé
Le changement climatique intensifie le cycle hydrologique, augmentant la fréquence et la sévérité des événements extrêmes. Le rapport projette une augmentation de plus de 10% des précipitations terrestres d’ici la fin du siècle, mais avec de grandes disparités régionales.
Un exemple frappant montre les changements projetés des précipitations moyennes annuelles pour 2081-2100. Certaines régions comme l’Afrique centrale, l’Inde et la Chine pourraient connaître jusqu’à 30% d’augmentation des précipitations, tandis que l’Europe, l’Amérique centrale et du Sud, l’Afrique du Sud et l’Australie pourraient subir des diminutions allant jusqu’à 25%.
➡️ L’eau verte transfrontalière
Il y a une interconnexion mondiale des pays à travers les flux d’humidité atmosphérique. Ainsi, l’évaporation dans un pays peut contribuer aux précipitations dans un autre, même à travers les océans.
Au Brésil par exemple: le pays reçoit de l’humidité de l’océan Atlantique, la recycle à travers la forêt amazonienne, puis l’envoie sous forme d’évapotranspiration vers ses pays voisins. Cette dynamique fait du Brésil un exportateur net d’humidité terrestre.
➡️ Le cycle hydrologique comme bien commun mondial
Il faut en conclusion repenser l’économie de l’eau et considérer le cycle hydrologique comme un bien commun mondial. Trois arguments principaux sont avancés :
- Le cycle hydrologique relie les pays et les communautés à travers les flux d’eau bleue et verte.
- Le cycle hydrologique est profondément lié aux crises climatiques et de biodiversité.
- L’eau joue un rôle direct ou indirect dans la réalisation de tous les Objectifs de Développement Durable.
La GCEW préconise une gestion collective, systémique et économique de l’eau, nécessitant l’engagement de toutes les parties prenantes, des gouvernements aux entreprises en passant par la société civile.

❇️ Chapitre 3 – Vers une nouvelle économie de l’eau

➡️ Introduction : Un nouveau paradigme pour la gestion de l’eau
La GCEW appelle à une nouvelle économie de l’eau basée sur trois principes fondamentaux :
- Valoriser l’eau pour les services essentiels qu’elle fournit.
- Établir des limites absolues pour assurer sa durabilité.
- Développer des ensembles de politiques pour promouvoir des synergies.
➡️ Évaluation des impacts et des risques liés aux changements des ressources en eau
Le rapport présente de nouvelles évaluations alarmantes des tendances mondiales en matière de stress hydrique :
- Environ 2,9 milliards de personnes et 55% de la production alimentaire mondiale se trouvent dans des zones connaissant des tendances à l’assèchement ou à l’instabilité du stockage total d’eau.
- Dans les zones irriguées, l’impact de l’irrigation sur l’assèchement est plus important que celui du changement climatique.
- Entre 40% et 60% des précipitations terrestres proviennent des terres, avec une contribution significative des forêts et des écosystèmes naturels.
- Les 10% les plus pauvres de la population mondiale vivent dans des zones qui reçoivent 70% de leurs précipitations annuelles de sources terrestres, les rendant particulièrement vulnérables aux changements d’utilisation des terres en amont.
Le recyclage de l’humidité terrestre est absolument nécessaire : l’élimination de tous les flux de recyclage de l’humidité terrestre en Afrique et en Amérique du Sud entraînerait une baisse de la croissance du PIB de 0,5 et 0,7 points de pourcentage par an respectivement. Les écosystèmes terrestres sont donc cruciaux pour le maintien des précipitations régionales.
➡️ Estimation des coûts de l’inaction
Les projections économiques en cas d’inaction face à la crise de l’eau sont inquiétantes :
- Baisse du PIB : Les pays à revenu élevé devraient connaître une baisse médiane du PIB de 8%, tandis que les pays à faible revenu pourraient faire face à une baisse de 10-15%.
- Perte de capital humain : Le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement exacerbe ces impacts économiques, affectant de manière disproportionnée les communautés pauvres, les femmes et les enfants.
- Perturbations commerciales : Les exportations d’eau virtuelle devraient diminuer, entraînant un changement dans les schémas d’exportation. Les pays à faible revenu, dépendants de l’agriculture et soumis à un stress hydrique, supportent le plus gros de ces perturbations.
Les pertes projetées ici sont plus importantes que celles projetées par les modèles économiques climatiques qui négligent le rôle critique de l’eau.
➡️ L’agriculture et les subventions
L’impact de l’agriculture sur la disponibilité et la durabilité des ressources en eau et en terres est disproportionné. Les subventions directes et indirectes accordées aux utilisateurs d’eau dans l’agriculture sont estimées à plus de 630 milliards de dollars par an. Les constats empiriques présentés sont alarmants :
- Les subventions perverses faussent les modèles de culture et conduisent à la culture de plantes gourmandes en eau dans des régions arides et semi-arides.
- Les subventions aux produits de la frontière forestière ont favorisé la déforestation dans les tropiques.
- Les subventions aux engrais azotés sont responsables de 17 à 20% de la pollution azotée due au ruissellement.
- Ces subventions sont régressives, bénéficiant principalement aux agriculteurs les plus riches et les plus grands.
➡️ Recommandations pour une nouvelle économie de l’eau
La GCEW propose 3 principes fondamentaux pour guider la réforme des politiques de l’eau :
- Valoriser l’eau pour les services essentiels qu’elle fournit : Cela implique de décourager le gaspillage et d’allouer les ressources en eau rares entre les secteurs pour obtenir de plus grands bénéfices. Le rapport suggère que cela pourrait être réalisé par le biais d’infrastructures et de réglementations, ou par de meilleures incitations telles que la tarification et le commerce.
- Établir des limites absolues pour assurer la durabilité : Reconnaissant que les systèmes d’eau bleue et verte sont généralement renouvelables mais aussi finis, le rapport appelle à établir des limites absolues à la quantité d’eau qui peut être consommée de manière sûre et durable. Pour l’eau bleue, cela implique des limites sur la quantité d’eau qui peut être prélevée et sur la concentration de polluants. Pour l’eau verte, cela signifie protéger les sources d’approvisionnement (forêts et zones humides) avec des incitations et des politiques pour conserver l’humidité contenue dans les sols.
- Développer des ensembles de politiques pour promouvoir des synergies : Reconnaissant qu’aucune politique unique ne peut atteindre les multiples objectifs d’efficacité, d’équité et de durabilité environnementale, le rapport appelle à des ensembles de politiques pour traiter les compromis qui émergent. Par exemple, des politiques complémentaires sont nécessaires pour traiter les distorsions dans les secteurs connexes qui peuvent entraver la réforme.
❇️ Chapitre 4 – Repousser les limites de l’économie – Le cas pour façonner les marchés

➡️ Introduction : D’une approche réactive de correction des défaillances du marché à une approche proactive de façonnement des marchés dès le départ.
La proposition s’articule autour de trois concepts clés :
- Façonner les marchés plutôt que les corriger
- Adopter une approche centrée sur les missions
- Placer la justice et l’équité au cœur de la réponse politique
➡️ Façonner les marchés plutôt que les corriger
La GCEW critique l’approche économique conventionnelle qui se concentre sur la correction des externalités après leur apparition. Au lieu de cela, il propose de façonner les marchés dès le départ pour minimiser les externalités et les défaillances.
Exemple de cette approche : au lieu de taxer l’eau utilisée par les fabricants de semi-conducteurs dans les zones arides, les gouvernements peuvent jouer un rôle plus important en déterminant où ces entreprises s’implantent, évitant ainsi le problème en amont.
Le rapport cite l’exemple de Singapour comme un cas réussi de façonnement des marchés de l’eau. Face à une pénurie chronique d’eau douce, le pays a investi massivement dans la recherche et le développement de technologies liées à l’eau, créant un secteur florissant de plus de 180 entreprises et 20 centres de recherche sur l’eau.
➡️ Adopter une approche centrée sur les missions
Le chapitre propose le concept d’approche centrée sur les missions comme un moyen d’opérationnaliser le façonnement des marchés. Les missions sont définies comme des objectifs ambitieux, clairs et limités dans le temps qui mobilisent des solutions intersectorielles pour relever des défis complexes.
5 critères pour une approche centrée sur les missions :
- Être audacieuse et inspirante avec une large pertinence sociétale
- Fixer une direction claire, ciblée, mesurable et limitée dans le temps
- Être ambitieuse mais réaliste
- Encourager l’innovation transdisciplinaire, intersectorielle et entre acteurs
- Impliquer de multiples solutions ascendantes
Exemple d’une mission liée à l’eau : réduire les fuites d’eau dans les zones urbaines de 50% d’ici 2030. Cette mission implique des innovations dans divers domaines tels que les matériaux résistants aux fuites et les technologies de détection précoce des fuites.
➡️ Placer la justice et l’équité au centre
Justice et équité doivent être au cœur de la réponse à la crise mondiale de l’eau. La GCEW introduit le concept de Justice du Système Hydrique, qui va au-delà de l’équité pour aborder une analyse plus large.
Le cadre de Justice du Système Hydrique comprend 5 éléments clés :
- Justice de reconnaissance
- Justice épistémique
- Justice relationnelle (interspécifique, intergénérationnelle et intragénérationnelle)
- Justice procédurale
- Justice substantielle
Exemple de l’application de ce cadre : L’objectif d’assurer qu’aucun enfant de moins de cinq ans ne meure d’une cause liée à l’eau
➡️ Estimer les besoins en eau pour une vie digne
Cette partie se referme sur une réévaluation des besoins en eau pour une vie digne. Contrairement à l’estimation actuelle de 50 litres par personne et par jour, le rapport propose une estimation beaucoup plus élevée d’environ 4 000 litres par personne et par jour.
Cette nouvelle estimation prend en compte non seulement les besoins domestiques, mais aussi les besoins en eau pour la production alimentaire et l’industrie. Le calcul se décompose comme suit :
- Environ 3 800 litres pour la production alimentaire
- 50 litres pour les besoins domestiques
- 322 litres pour l’industrie
Cette estimation montre l’ampleur du défi auquel nous sommes confrontés pour assurer un accès équitable et durable à l’eau pour tous.
❇️ Chapitre 5 – Innovations pour relever les défis critiques liés à l’eau

Le rapport identifie cinq missions critiques :
- Lancer une nouvelle révolution dans les systèmes alimentaires
- Conserver et restaurer les habitats naturels essentiels à la protection de l’eau verte
- Établir une économie circulaire de l’eau
- Permettre une ère d’énergie propre et d’IA avec une intensité hydrique beaucoup plus faible
- S’assurer qu’aucun enfant ne meure d’une eau insalubre d’ici 2030
➡️ Mission 1 : Lancer une nouvelle révolution dans les systèmes alimentaires
Cette mission vise à améliorer la productivité de l’eau dans l’agriculture tout en répondant aux besoins nutritionnels d’une population mondiale croissante. Le rapport fixe trois objectifs principaux :
- Réduire l’utilisation d’eau dans l’agriculture d’un tiers tout en augmentant les rendements des cultures
- Accélérer le passage à des systèmes d’agriculture régénératrice, de 15% des terres cultivées mondiales à 50% d’ici 2050
- Viser une part de 30% de protéines d’origine végétale d’ici 2050
Exemple qui illustre le potentiel de ces innovations : l’adoption de techniques comme l’alternance entre inondation et assèchement dans la culture du riz en Asie a permis de réduire l’utilisation d’eau de 10 à 20% tout en maintenant ou en augmentant les rendements.
➡️ Mission 2 : Conserver et restaurer les habitats naturels essentiels à la protection de l’eau verte
Cette mission s’aligne sur les objectifs du Cadre mondial pour la biodiversité, avec trois cibles principales :
- Restaurer au moins 30% des écosystèmes forestiers et d’eau douce dégradés d’ici 2030
- Conserver 30% des écosystèmes forestiers mondiaux d’ici 2030
- Conserver 30% des écosystèmes d’eau douce d’ici 2030
Exemple : la restauration des plaines inondables de Waza au Cameroun, dont le coût a été récupéré en moins de cinq ans, générant un revenu supplémentaire annuel de 2,3 millions de dollars.
➡️ Mission 3 : Établir une économie circulaire de l’eau
Cette mission a pour objectif de créer une économie circulaire de l’eau permettant de capturer sa pleine valeur. Les objectifs principaux sont :
- Réduire de moitié les fuites et l’eau non génératrice de revenus d’ici 2030
- Recycler 50% de l’eau pour que chaque goutte d’eau utilisée génère une nouvelle goutte
- Créer de la nouvelle valeur en récupérant d’autres ressources du traitement des eaux usées
Exemple : Manila Water a réduit l’eau non génératrice de revenus dans la zone Est de Metro Manila de 63% en 1997 à 13% en 2023, grâce à des partenariats communautaires et des solutions techniques.
➡️ Mission 4 : Permettre une ère d’énergie propre et d’IA avec une intensité hydrique beaucoup plus faible
3 domaines clés :
- Générer de l’énergie propre avec une faible intensité hydrique
- Améliorer l’efficacité de l’eau dans l’industrie, du refroidissement des centres de données à l’extraction des minéraux essentiels
- Développer des technologies de production de semi-conducteurs et de centres de données économes en eau
Exemple innovant : le centre de données de Google à Hamina, en Finlande, qui utilise l’eau de mer pour le refroidissement, réduisant ainsi la consommation d’eau douce.
➡️ Mission 5 : S’assurer qu’aucun enfant ne meure d’une eau insalubre d’ici 2030
Cette mission doit permettre de garantir un approvisionnement fiable et abordable en eau potable et en assainissement pour toutes les communautés mal desservies.
Les objectifs principaux sont :
- Construire des systèmes décentralisés de traitement de l’eau
- Combler le déficit mondial de stockage d’eau, notamment par la collecte des eaux de pluie et les zones humides
- Prévenir la contamination de l’eau à la source
- Développer et étendre les techniques de dessalement économes en énergie
Exemple prometteur : le développement de solutions de dessalement à petite échelle alimentées par énergie solaire, qui peuvent être aussi rentables que les systèmes conventionnels à grande échelle dans certains contextes.
➡️ Conclusion : Une opportunité sans précédent
L’objectif d’un accès durable, abordable et équitable à l’eau propre partout est à portée de main. Il nécessite de réorienter les politiques et les institutions pour stimuler une vague d’innovation et d’investissement centrée sur les cinq missions identifiées.
Tarifier correctement l’eau est fondamental, tout en fournissant un soutien financier ciblé pour permettre l’accès à chaque communauté vulnérable. Il faut décourager la consommation excessive et soutenir la demande d’innovations économes en eau dans tous les secteurs de l’économie.
❇️ Chapitre 6 – Partenariats, droits de propriété et contrats pour une plus grande justice de l’eau

➡️ Introduction : Vers des partenariats plus symbiotiques pour l’eau
La GCEW propose dans ce 6ème chapitre de son rapport une refonte radicale de la manière dont les partenariats liés à l’eau sont conçus et mis en œuvre. Face aux défis croissants de la gestion de l’eau dans un contexte de changement climatique et de demande croissante, le rapport appelle à des partenariats plus symbiotiques entre les acteurs publics et privés.
➡️ Principaux problèmes des partenariats actuels
2 problèmes majeurs sont identifiés avec les partenariats actuels liés à l’eau :
- Une surallocation de l’eau : Dans la plupart des pays et régions, la limite du système terrestre pour l’eau de surface a été dépassée. Par exemple, en Afrique du Sud, certaines zones de gestion de l’eau dépassent leurs ressources de 120%.
- Une allocation inéquitable : Les droits d’utilisation de l’eau ressemblent souvent à des droits de propriété, ce qui rend difficile pour les gouvernements de réaffecter l’eau dans l’intérêt public. Par exemple, certains pays accordent des permis d’utilisation de l’eau pour des durées allant jusqu’à 75 ans.
➡️ Redesigner les contrats de l’eau
La GCEW propose un cadre basé sur la justice pour refondre les contrats de l’eau. Ce cadre comprend six dimensions :
- Justice de reconnaissance : Respecter les systèmes de gouvernance de l’eau autochtones et locaux.
- Justice épistémique : Intégrer différentes formes de connaissances sur l’eau.
- Justice interspécifique : Considérer les besoins en eau des écosystèmes et de la biodiversité.
- Justice intergénérationnelle : Préserver le cycle hydrologique pour les générations futures.
- Justice intragénérationnelle : Assurer un accès et une allocation équitables des ressources.
- Justice procédurale : Inclure de multiples acteurs dans la prise de décision sur l’allocation de l’eau.
Exemple : en Nouvelle-Zélande, le gouvernement a accordé au fleuve Whanganui les droits juridiques d’une personne, reconnaissant ainsi les droits historiques des Maoris sur les terres et les eaux. Cette approche novatrice montre comment la justice de l’eau peut être intégrée dans le cadre juridique.
➡️ Utiliser les conditionnalités pour façonner l’allocation de l’eau
La GCEW propose d’utiliser des conditionnalités comme outil concret pour façonner les partenariats. Par exemple, les gouvernements pourraient exiger des entreprises qu’elles :
- Améliorent la conservation de l’eau et l’efficacité de son utilisation
- Dirigent les investissements vers des régions moins stressées en eau
- Réinvestissent les profits dans la R&D et l’innovation liées à l’eau
- Contribuent à la conservation des bassins versants
➡️ Transparence, suivi et responsabilité
La transparence et de la responsabilité sont fondamentaux dans la mise en œuvre de ces nouveaux partenariats. La GCEW propose :
- De renforcer la collecte de données sur l’utilisation de l’eau
- D’améliorer les rapports sur l’empreinte hydrique des entreprises
- De développer des mécanismes de divulgation, comme le programme de sécurité de l’eau du CDP
Exemple : la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) de la Commission européenne, qui pourrait servir de modèle pour des exigences de reporting plus strictes sur l’utilisation de l’eau par les entreprises.
➡️ Conclusion
Le chapitre 6 propose un changement de paradigme radical dans la manière dont les partenariats liés à l’eau sont conçus et mis en œuvre. En mettant l’accent sur la justice, l’équité et la durabilité, il ouvre la voie à une gestion plus efficace et plus juste de cette ressource vitale.
Références et ressources complémentaires
3. Le cadre de justice du système terrestre développé par Gupta et al. (2024).
❇️ Chapitre 7 – Financer un avenir de l’eau juste et durable

➡️ Introduction : Un nouveau paradigme pour le financement de l’eau
Dans le 7ème chapitre de son rapport, La GCEW propose une refonte de notre approche du financement de l’eau. Face au déficit massif de financement dans ce secteur, il faut non seulement augmenter le volume des financements, mais aussi améliorer leur qualité et leur orientation.
➡️ Principaux constats
Plusieurs problèmes majeurs dans le financement actuel de l’eau :
- Un déficit de financement persistant : Les besoins d’investissement pour atteindre l’Objectif de Développement Durable 6 (eau et assainissement) sont trois fois supérieurs aux investissements historiques dans le secteur.
- Une sous-évaluation de l’eau : La sous-tarification de l’eau affaiblit les arguments en faveur des investissements.
- Un manque d’investissements privés : Seulement 9% du financement de l’eau et de l’assainissement dans les marchés émergents provient du secteur privé.
- Des subventions mal ciblées : Les subventions actuelles, estimées à plus de 550 milliards de dollars dans le seul secteur agricole, contribuent souvent à la surutilisation de l’eau et à la dégradation de l’environnement.
➡️ Principes pour un nouveau paradigme de financement
Le rapport propose cinq principes clés pour guider le financement de l’eau :
- Reconnaître la science : Comprendre que le cycle hydrologique est un bien commun mondial en déséquilibre.
- Reconnaître les enjeux de justice de l’eau : Assurer un accès universel à l’eau potable et abordable.
- Valoriser l’eau bleue et verte comme capital naturel : Considérer l’eau comme une ressource critique fournissant des services précieux.
- Partager les risques et les récompenses : Libérer les investissements privés par un partage équitable des risques et des récompenses.
- Ajuster correctement les taux d’actualisation : Refléter la valeur à long terme des bénéfices dans les décisions de financement.
➡️ Stratégies de financement innovantes
Plusieurs stratégies sont proposées pour améliorer le financement de l’eau :
- Finance publique : Rôle accru des banques nationales de développement pour fournir un financement patient et stratégique – Utilisation de conditionnalités dans les contrats pour orienter les investissements vers des objectifs de politique publique.
- Finance privée : Développement de la finance mixte pour catalyser les investissements privés. – Valorisation de l’eau comme capital naturel pour encourager les investissements dans sa protection.
- Finance multilatérale : Alignement des banques multilatérales, régionales et nationales de développement sur des objectifs communs. – Exploration des échanges dette-eau comme outil de financement innovant.
Exemple du potentiel de ces approches : l’échange dette-nature au Belize a permis de réduire la dette extérieure du pays de 10% du PIB tout en sécurisant 4 millions de dollars par an jusqu’en 2041 pour la conservation marine.
➡️ Partenariats pour une eau juste
Le chapitre introduit le concept de « Partenariats pour une eau juste » (Just Water Partnerships) comme un moyen de mettre en œuvre ces nouvelles approches de financement. Ces partenariats viseraient à :
- Intégrer la nouvelle science et économie de l’eau bleue et verte dans les stratégies de développement.
- Concevoir et mettre en œuvre des stratégies de transition inclusives.
- Développer des mécanismes de financement pour soutenir ces stratégies.
Ces partenariats pourraient réunir les secteurs public, privé et philanthropique pour réaliser des investissements ambitieux dans l’eau, avec des conditionnalités claires attachées. Exemple : le Kenya Pooled Water Fund (KPWF), qui combine différentes sources de financement pour combler les lacunes spécifiques du secteur de l’eau au Kenya.
❇️ Chapitre 8 – La gouvernance des services d’eau

➡️ Introduction : Un nouveau paradigme pour les services d’eau
Le chapitre 8 de la GCEW propose une refonte de la gouvernance des services d’eau pour répondre aux défis du 21e siècle. Avec un cycle hydrologique déstabilisé et des inégalités persistantes d’accès à l’eau, la transition vers des services d’eau centrés sur les missions et la justice est indispensable.
➡️ Principaux défis et opportunités
Le rapport identifie plusieurs défis majeurs pour les services d’eau :
- Manque d’accès : Un quart de la population mondiale n’a pas accès à une eau potable gérée de manière sûre.
- Durabilité des services : Dans de nombreux pays, le renouvellement des infrastructures est plus lent que leur durée de vie prévue.
- Problèmes spécifiques aux zones informelles : Le manque de régime foncier peut être un obstacle à l’investissement public.
La GCEW propose un cadre d’évolution des services d’eau en trois phases :
- Phase 1 : Augmentation de la couverture, mais stagnation de la qualité du service
- Phase 2 : Amélioration de la qualité et de l’efficacité, mais problèmes environnementaux persistants
- Phase 3 : Demande d’amélioration de la qualité environnementale et du service (phase aspirationnelle pour de nombreuses villes)
➡️ Vers des services d’eau centrés sur les missions
Une approche centrée sur les missions pour transformer les services d’eau. Ces missions incluent :
- Lancer une nouvelle révolution dans les systèmes alimentaires
- Conserver et restaurer les habitats naturels
- Établir une économie circulaire de l’eau
- Permettre une ère d’énergie propre et d’IA avec une intensité hydrique plus faible
- S’assurer qu’aucun enfant ne meure d’une eau insalubre d’ici 2030
Exemple de cette approche : à San Francisco, il est obligatoire pour tous les nouveaux bâtiments de plus de 100 000 pieds carrés d’inclure des systèmes de réutilisation de l’eau sur site. Le siège de la San Francisco Public Utilities Commission utilise ainsi des eaux usées traitées dans des zones humides artificielles pour les chasses d’eau, réduisant de 40% sa consommation d’eau potable importée.
➡️ Justice du système hydrique au cœur des services d’eau
Cadre de justice du système hydrique pour guider la gouvernance des services d’eau. Ce cadre comprend six dimensions :
- Justice de reconnaissance : Servir les pauvres en premier
- Justice épistémique : Utiliser d’autres formes de connaissances
- Justice interspécifique : Protéger les écosystèmes aquatiques
- Justice intergénérationnelle : Anticiper les demandes futures
- Justice intragénérationnelle : Utiliser des subventions ciblées pour assurer l’accessibilité
- Justice procédurale : Assurer la responsabilité par l’accès à l’information et la prise de décision
➡️ Changements politiques pour transformer les services d’eau
Plusieurs changements politiques pour accélérer la transition vers des services d’eau plus justes et durables :
- Promouvoir diverses modalités pour servir les populations les plus pauvres
- Intégrer la valeur publique dans la gouvernance des services d’eau
- Utiliser des contrats, des partenariats et la régulation pour orienter les services d’eau vers la valeur publique
- Repenser les tarifs de l’eau et de l’assainissement
Exemple : le programme de subventions U-Save à Singapour, qui fournit des remises trimestrielles aux ménages pauvres et de la classe moyenne vivant dans des logements publics pour les aider à payer leurs factures d’eau, de gaz et d’électricité.
❇️ Chapitre 9 – Exploiter les données comme fondement de l’action

➡️ Introduction : L’importance cruciale des données pour la gestion de l’eau
Le rapport montre l’importance critique des données pour transformer la gouvernance de l’eau à toutes les échelles, du local au global. Face à un paysage de données fragmenté et lacunaire, le rapport appelle à une refonte radicale de notre approche de la collecte, du partage et de l’utilisation des données sur l’eau.
➡️ Principaux défis et opportunités
Plusieurs défis majeurs concernant les données sur l’eau :

- Fragmentation : Le paysage des données est hautement fragmenté, reflétant un manque de capacité institutionnelle et d’engagement citoyen.
- Lacunes : Des lacunes importantes existent à la plupart des échelles hydrologiques et administratives.
- Négligence de l’eau verte : Les données sur l’eau verte sont largement négligées par rapport à l’eau bleue.
Pour relever ces défis, le rapport propose de travailler vers une infrastructure mondiale de données sur l’eau qui soit complète, de haute qualité, opportune, interopérable et accessible au public
Exemple : le portail mondial de données sur l’eau, une composante clé de la Coalition pour l’eau et le climat, vise à fournir un accès unifié aux sources de données pertinentes sur l’eau et à agréger ces données pour soutenir la réalisation des ODD et améliorer l’élaboration des politiques.

➡️ Voies d’action recommandées
Le chapitre propose six voies d’action principales :
- Développer une infrastructure mondiale de données sur l’eau
- Renforcer les capacités de collecte de données et viser l’interopérabilité
- Générer un élan pour la divulgation des empreintes hydriques des entreprises
- Travailler vers des normes réglementaires sur la divulgation de l’eau
- Valoriser l’eau comme capital naturel
- Assurer l’équité dans la création, la propriété et l’accès aux données
Exemple : l’application Blue Map de l’Institut des affaires publiques et environnementales (IPE) en Chine, qui compte 3,8 millions d’utilisateurs et s’appuie sur la science citoyenne pour surveiller et rapporter des données environnementales, renforçant ainsi la transparence et la responsabilité.
➡️ Valoriser l’eau comme capital naturel
Il est nécessaire de valoriser l’eau comme capital naturel. Bien qu’encore à ses débuts, cette initiative est considérée comme un élément clé pour une gestion responsable des écosystèmes d’eau douce. Le chapitre mentionne plusieurs outils et cadres en cours de développement pour atteindre cet objectif :
- L’Alliance pour la gestion de l’eau (Alliance for Water Stewardship)
- La Coalition des capitaux (Capitals Coalition)
- L’initiative collaborative sur un kit d’outils pour l’évaluation des services écosystémiques basée sur les sites (TESSA)
- L’outil open-source InVEST
- Le concept de Produit écosystémique brut (PEB), adopté en Chine
Ces approches visent à quantifier et à valoriser les services écosystémiques liés à l’eau, permettant ainsi une meilleure prise de décision concernant l’utilisation des terres et la conservation des ressources en eau.
❇️ Chapitre 10 – Opportunités pour une gouvernance mondiale juste de l’eau

➡️ Introduction : L’eau comme principe organisateur du développement durable
LaGCEW propose ici une refonte de la gouvernance mondiale de l’eau. Face à la déstabilisation du cycle hydrologique et à l’interconnexion croissante des défis liés à l’eau, elle appelle à considérer l’eau comme un principe organisateur du développement durable et à mettre en place une gouvernance mondiale juste de l’eau.
➡️ Principaux défis et opportunités
Le chapitre identifie plusieurs défis majeurs pour la gouvernance de l’eau :
- Fragmentation : La gouvernance de l’eau est actuellement fragmentée entre différents niveaux et secteurs.
- Manque de coordination : Il existe un manque de coordination entre les institutions et les acteurs impliqués dans la gestion de l’eau.
- Négligence de l’eau verte : La gouvernance se concentre principalement sur l’eau bleue, négligeant l’eau verte.
Pour relever ces défis, le rapport propose plusieurs opportunités :
- Renforcer la coopération transfrontalière pour l’eau bleue et verte
- Intégrer l’eau dans les agendas internationaux (climat, biodiversité, etc.)
- Impliquer davantage les mouvements sociaux, en particulier les jeunes et les peuples autochtones
- Repenser le rôle du secteur privé dans la gouvernance de l’eau
Exemple : la Convention de la CEE-ONU sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance (1979) pourrait servir de modèle pour une convention sur la gestion des flux de vapeur et du cycle hydrologique.
➡️ Vers un pacte mondial pour l’eau
Il est proposé la création d’un pacte mondial pour l’eau :
- Établissement d’un mécanisme de gouvernance mondiale de l’eau au sein de l’ONU
- Création d’un Conseil de gouvernance composé de hauts responsables de l’ONU
- Nomination d’un Envoyé spécial de l’ONU pour l’eau et d’un Envoyé jeunesse pour l’eau
- Mise en place d’un forum mondial sur l’eau comme espace de dialogue et d’innovation
Exemple : l’Agenda inexploité de l’eau de l’ONU, qui propose d’ancrer l’eau dans toutes les conférences et réunions de l’ONU à venir, offrant ainsi des opportunités pour préparer la Conférence de l’ONU sur l’eau de 2026.
➡️ Rôle des différents acteurs
Il est nécessaire d’impliquer divers acteurs dans la gouvernance mondiale de l’eau :
- Mouvements sociaux : Les jeunes, les peuples autochtones et les campagnes de masse jouent un rôle crucial dans la sensibilisation et la mobilisation.
- ONG environnementales : Elles apportent expertise, plaidoyer et capacité opérationnelle.
- Secteur privé : Les entreprises peuvent contribuer à travers la gestion responsable de l’eau et l’innovation.
- Milieu académique : La recherche est essentielle pour comprendre les changements du cycle hydrologique et développer des solutions innovantes.
❇️ Chapitre 11 – La gouvernance des services d’eau

➡️ Introduction : Une nouvelle perspective sur l’eau comme bien commun mondial
La GCEW propose une nouvelle perspective sur la valeur et la gouvernance de l’eau en tant que bien commun mondial. Cette approche reconnaît un cycle hydrologique stable comme une condition préalable à la réalisation de nos objectifs sociaux, économiques et environnementaux les plus importants.
➡️ Les cinq missions critiques
Voici les 5 mission critiques pour guider l’action vers la résolution de la crise de l’eau croissante et la stabilisation du cycle hydrologique :
- Lancer une nouvelle révolution dans les systèmes alimentaires
- Conserver et restaurer les habitats naturels essentiels à la protection de l’eau verte
- Établir une économie circulaire de l’eau
- Permettre une ère d’énergie propre et d’IA avec une intensité hydrique beaucoup plus faible
- S’assurer qu’aucun enfant ne meure d’une eau insalubre d’ici 2030
➡️ Au-delà des principes de Dublin : Un nouveau cadre pour l’eau
Au delà de la déclaration de Dublin de 1992, la GCEW préconise des nouveaux principes
- Gouverner le cycle hydrologique comme un bien commun mondial
- Reconnaître les limites absolues de la consommation durable d’eau
- Considérer l’eau comme un principe organisateur pour les transformations nécessaires
- Reconnaître la complémentarité entre efficacité économique, équité sociale et durabilité environnementale
- Tarifer l’eau et allouer les subventions de manière à soutenir à la fois l’utilisation efficace et l’accès pour tous
- Passer de la correction des externalités à posteriori à la conception d’économies durables dès le départ
- Adopter une approche axée sur les résultats et centrée sur les missions d’eau les plus importantes
- Reconnaître que chaque être humain a besoin d’environ 4000 litres d’eau par jour pour une vie digne
➡️ Agenda de recherche future
Plusieurs pistes de recherche pour l’avenir vont être développées :
- Améliorer les données sur le stockage total de l’eau et l’exposition aux stress hydriques
- Développer l’économie de l’humidité pour mieux caractériser les actions de préservation de l’humidité des sols
- Opérationnaliser et appliquer le cadre de justice des systèmes hydriques
- Étudier les bénéfices de l’innovation dans chaque secteur pour le cycle hydrologique
- Concevoir des régimes d’allocation de l’eau plus justes
- Affiner les projections des besoins en eau pour une vie digne
- Développer des principes pour des partenariats pour une eau juste
- Aligner le commerce avec l’ambition de restaurer un cycle hydrologique brisé
➡️ Recommandations
- Gouverner le cycle hydrologique comme un bien commun mondial, reconnaissant l’interdépendance des flux d’eau bleue et verte.
- Reconnaître un besoin minimal en eau de 4000 litres par personne et par jour pour une vie digne.
- Valoriser l’eau pour refléter sa rareté et son rôle crucial dans le maintien des écosystèmes, assurer son utilisation efficace et équitable
- Façonner les marchés pour stimuler l’innovation et les investissements dans le cycle de l’eau
- Forger des partenariats entre toutes les parties prenantes autour des cinq missions critiques : révolutionner les systèmes alimentaires, protéger les habitats naturels, établir une économie circulaire de l’eau, permettre une ère d’énergie propre et d’IA à faible intensité hydrique, et éradiquer la mortalité infantile due à l’eau insalubre.
- Créer des partenariats symbiotiques entre les secteurs public et privé pour une utilisation durable de l’eau.
- Augmenter la quantité, la qualité et la fiabilité du financement de l’eau dans tous les secteurs
- Créer une infrastructure mondiale de données sur l’eau pour éclairer la prise de décision.
- Construire une gouvernance mondiale de l’eau (Pacte mondial pour l’eau) qui valorise l’eau comme principe organisateur
Pour aller plus loin
- Rapport Stern sur l’économie du changement climatique de 2006
- Rapport Dasgupta sur l’économie de la biodiversité de 2021
- Conférence des Nations Unies sur l’eau de Mars 2023
- Rapport du WWF A Water handbook for the 2024-2029 mandate – Preserving Europe’s waters, keeping Europeans safe
- La déclaration de Dublin
- Le Rapport du GCEW The Economics of Water – Valuing the Hydrological Cycle as a Global Common Good
- Article publié le 16/10/24 dans The Guardian, commentaire passionnant du rapport Global water crisis leaves half of world food production at risk in next 25 years
Compléments
- L’organisation Alliance for Water Stewardship
- L’organisation Capitals Coalition
- L’outil open-source InVEST
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