Observatoire International du Climat : Entre prise de conscience et désengagement – par Ipsos pour EDF

Alors que les manifestations du changement climatique s’intensifient, une étude internationale révèle un paradoxe troublant : l’inquiétude des populations face à ce phénomène diminue, notamment en France. Cette sixième édition de l’Observatoire International Climat et Opinions Publiques explore les raisons de ce désengagement et analyse l’évolution des comportements face aux enjeux climatiques, offrant des pistes de réflexion pour réconcilier urgence environnementale et réalités socio-économiques.

Introduction et contexte

Cette étude internationale d’envergure, menée par Ipsos pour EDF, couvre 30 pays sur 5 continents, représentant les deux tiers de la population mondiale. L’enquête, réalisée entre août et octobre 2024, a interrogé 23 500 personnes âgées de 16 ans et plus, offrant ainsi une vision globale et représentative des opinions publiques face au changement climatique.

Le changement climatique dans les priorités françaises : un paradoxe inquiétant

Dans le contexte actuel, marqué par une multiplication des événements climatiques extrêmes, on observe un phénomène paradoxal : le changement climatique occupe la quatrième place des préoccupations des Français, derrière le coût de la vie, le système de santé et la délinquance. Plus préoccupant encore, l’inquiétude qu’il suscite diminue sensiblement : seuls 29% des Français se déclarent « très préoccupés » par le changement climatique en 2024, contre 35% en 2022.

Cette baisse de préoccupation s’observe dans presque tous les segments de la population française, avec quelques variations notables :

  • Les sympathisants EELV restent les plus inquiets (49%)
  • Les plus de 55 ans montrent une inquiétude légèrement supérieure (31%)
  • Les sympathisants de droite radicale sont les moins préoccupés (24%)

La priorité environnementale en recul

Le rapport montre un recul significatif de la priorité accordée à l’environnement face aux enjeux économiques. En France, 43% des sondés privilégient l’environnement (en baisse de 7 points sur 6 ans), tandis que 36% favorisent la croissance économique (en hausse de 10 points). Cette tendance est particulièrement marquée chez les 35-54 ans, les classes moyennes et les sympathisants de droite

Cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large où :

  • La polarisation politique sur ces questions s’accentue, atteignant des niveaux comparables à ceux observés aux États-Unis
  • Les gouvernements sont perçus comme donnant de plus en plus la priorité à la croissance économique au détriment de l’environnement
  • L’Europe dans son ensemble montre des tendances similaires

Le climatoscepticisme : état des lieux et évolution

Une réalité qui fait consensus mais des doutes persistants

En France, 90% de la population reconnaît la réalité du changement climatique, un chiffre stable qui témoigne d’un large consensus. Il y a cependant des nuances importantes : 33% des Français peuvent être considérés comme « climatosceptiques », soit parce qu’ils :
– Contestent totalement l’existence du changement climatique (10%)
– Doutent de l’origine humaine du phénomène (23%)

Cette proportion, bien qu’en léger recul (-2 points), reste significative et varie selon les catégories socio-démographiques :

  • Plus élevée chez les plus de 55 ans (39%)
  • Plus marquée chez les sympathisants de droite radicale (51%)
  • Plus faible chez les sympathisants EELV (12%)

Un contraste international significatif

La situation française s’inscrit dans un contexte mondial contrasté : 38% de climatosceptiques au niveau mondial, en hausse de 7 points sur 6 ans, avec des disparités géographiques marquées

La perception des « fake news » climatiques

Une résistance française relative

Les Français se montrent globalement moins sensibles aux fausses informations sur le climat que la moyenne mondiale, avec toutefois une exception notable concernant les véhicules électriques :

  • 71% des Français pensent que les voitures électriques sont aussi nocives pour le climat que les véhicules thermiques, contre 50% au niveau mondial
  • Cette croyance est particulièrement répandue chez les plus de 55 ans (78%), les sympathisants de droite (77-79%)

Autres fake news climatiques

Les Français résistent mieux à d’autres affirmations erronées :

  • Impact de la consommation de viande sur le climat
  • Influence du soleil sur le réchauffement
  • Conséquences d’une hausse de 2-3 degrés
  • Contribution du trafic aérien

L’action face au changement climatique

Les acteurs de la lutte climatique

Le rapport identifie une hiérarchie claire dans les attentes d’action :

  1. Le gouvernement est désigné comme l’acteur principal (69% des Français)
  2. Les entreprises arrivent en deuxième position (58%), une spécificité française
  3. Les citoyens-consommateurs en troisième (51%)

Cependant, un décalage important est observé entre les attentes et la perception des actions réelles :

  • Seuls 38% des Français estiment que le gouvernement agit effectivement
  • 44% reconnaissent l’action des citoyens-consommateurs
  • 33% perçoivent une action concrète des entreprises

L’évolution des comportements individuels

Un désengagement progressif

L’étude révèle une tendance préoccupante au désengagement des citoyens. Si 51% des Français continuent de penser que la modification des modes de vie est la principale solution (contre 26% qui misent sur le progrès technique), ce chiffre est en baisse de 13 points en 6 ans. Cette évolution reflète une lassitude croissante face à ce qui est perçu comme une « injonction culpabilisante ».

Les pratiques quotidiennes en recul

Les efforts quotidiens des Français diminuent dans presque tous les domaines :

  • La mobilité douce recule :
    • 31% évitent systématiquement la voiture (-6 points)
    • 32% évitent l’avion quand possible (-4 points)
  • Les pratiques les plus répandues restent :
    • Privilégier les fruits et légumes de saison (85%)
    • Limiter le chauffage/climatisation (82%)
    • Réduire la consommation de viande (66%)

L’acceptabilité des mesures contraignantes

Un rejet marqué des contraintes financières

Dans un contexte inflationniste, les Français rejettent massivement les mesures impliquant des coûts supplémentaires :

  • Seulement 26% accepteraient un péage urbain
  • 32% approuveraient une hausse du prix des énergies fossiles
  • 34% soutiennent l’interdiction des véhicules thermiques d’ici 2035 (-7 points en 4 ans)

Les mesures plus acceptées

Certaines mesures reçoivent un accueil plus favorable :

  • 69% approuvent l’interdiction des vols courts remplaçables par le train
  • 61% soutiennent l’obligation d’isoler les logements
  • 53% accepteraient une taxe sur les véhicules polluants

L’adaptation au changement climatique

Un sentiment d’impréparation

L’étude révèle une inquiétude concernant la préparation aux impacts du changement climatique :

  • Seuls 31% des Français estiment que leur pays prend des mesures d’adaptation adéquates
  • 22% pensent devoir déménager d’ici 10 ans à cause du changement climatique
  • 75% anticipent d’importantes vagues migratoires climatiques

Les infrastructures énergétiques

L’opinion sur les différents modes de production d’électricité révèle des tendances intéressantes :

  • Forte adhésion aux énergies renouvelables : 85% favorables au solaire – 78% favorables à l’éolien
  • Soutien croissant au nucléaire : 46% d’opinions favorables (+7 points depuis 2021) – Rejet marqué des énergies fossiles : 29% favorables au charbon – 46% favorables au gaz

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