PIB – quand l’INSEE met le climat dans l’équation

Pour la première fois, l’INSEE propose une nouvelle lecture de l’économie française qui va au-delà des indicateurs traditionnels. Dans un rapport majeur, l’institut de statistiques intègre désormais l’impact climatique et les inégalités sociales dans ses calculs de la richesse nationale. Les résultats révèlent un écart significatif entre l’image habituelle de notre économie et sa réalité, une fois pris en compte le coût environnemental de notre développement. Un changement de paradigme qui questionne notre modèle de croissance.

L’INSEE vient d’introduire une nouvelle façon de mesurer la santé économique de la France, appelée les « comptes augmentés ». L’idée est de ne plus regarder uniquement la croissance économique traditionnelle (le PIB), mais intègre deux dimensions cruciales de notre société :

  1. L’impact sur le climat : Comment nos activités économiques affectent le réchauffement climatique
  2. Les inégalités : Comment l’argent est vraiment réparti entre les différentes catégories de Français

Voici les découvertes principales :
Sur les inégalités :

  • Sans les mécanismes de redistribution que sont les impôts, les aides sociales et les services publics, l’écart de revenus entre les plus riches et les plus pauvres serait considérable : les 10% les plus aisés gagneraient 24 fois plus que les 10% les plus modestes.
  • Grâce à cette redistribution, l’écart est considérablement réduit, passant à un rapport de 1 à 4, ce qui montre l’importance des services publics et des aides sociales
  • Ce système profite à une majorité de Français, puisqu’en 2022, 57% de la population voit son niveau de vie augmenter grâce à ces mécanismes de redistribution.
    Sur le climat :
  • Si la France a réussi à réduire ses émissions directes de gaz à effet de serre de 31% depuis 1990, le bilan est moins favorable quand on prend en compte les émissions liées à nos importations : la baisse n’est alors que de 13%.
  • Un point positif néanmoins : notre économie devient progressivement plus « propre », produisant moins d’émissions pour chaque euro de richesse créée.

Mais c’est dans l’évaluation de notre vraie richesse que ce nouveau système de comptabilité révèle ses enseignements les plus importants. En intégrant le coût climatique de nos activités, l’INSEE a développé deux nouveaux indicateurs majeurs.

  • Le premier, le Produit Intérieur Net Ajusté (PINA), montre que notre richesse réelle est en fait 4,3% plus faible que ce que nous pensions, soit une différence de 94 milliards d’euros en 2023. Cette correction prend en compte les dommages futurs causés par nos émissions de gaz à effet de serre.
  • Le second indicateur, l’épargne nette ajustée, est encore plus préoccupant. Alors que la France affiche une épargne positive de 68 milliards d’euros selon les méthodes de calcul traditionnelles, ce chiffre devient négatif (-133 milliards) quand on prend en compte l’ensemble des coûts climatiques.
    Pour calculer ces coûts, l’INSEE considère non seulement nos émissions nationales, mais aussi l’impact des émissions mondiales sur la France, l’épuisement de notre « budget carbone », les coûts futurs de la décarbonation de l’économie, et même les impacts sur la santé publique.

Cette nouvelle approche expérimentale donne une image plus fidèle de notre situation économique réelle. Elle montre que notre modèle actuel n’est pas soutenable sur le long terme : nous créons une dette environnementale que nous devrons payer plus tard. Même si les méthodes de calcul sont encore perfectibles et reposent sur des hypothèses qui pourront évoluer, elles permettent déjà de mieux comprendre les véritables défis économiques et environnementaux qui nous attendent.

Quand on regarde si on met assez d’argent de côté pour faire face aux défis climatiques futurs, la réponse est non. Notre « épargne ajustée » (qui prend en compte ces coûts environnementaux) est négative, ce qui signifie qu’on ne se prépare pas assez financièrement pour les défis climatiques à venir.

L’INSEE reconnaît que donner une valeur monétaire à des enjeux comme la santé publique ou les conditions de vie futures peut sembler réducteur, mais c’est un passage nécessaire pour construire des indicateurs qui reflètent mieux la réalité de notre développement économique et ses conséquences à long terme.

C’est une façon plus complète et plus réaliste de regarder notre économie, qui montre qu’au-delà des chiffres de croissance traditionnels, il faut aussi regarder comment cette richesse est répartie et quel impact elle a sur notre environnement.

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