Frank Bold analyse l’écart règlementation / Pratiques de 100 entreprises à impact

À l’heure où les normes européennes de reporting de durabilité (ESRS) redéfinissent les règles du jeu pour les entreprises, cette étude de Frank Bold offre une analyse critique de l’état de préparation du marché. Basée sur l’examen minutieux de 100 entreprises de secteurs à fort impact, elle éclaire l’écart entre les attentes réglementaires et les pratiques actuelles, tout en identifiant les leviers d’une mise en œuvre efficace. Entre défis d’implémentation et opportunités de transformation, l’étude est une feuille de route pragmatique pour que la transparence extra-financière devienne un véritable outil de transition durable.

❇️ Introduction et contexte

Dans le contexte d’une transformation majeure du reporting de durabilité en Europe, l’étude de Frank Bold apporte un éclairage crucial sur la préparation des entreprises aux nouvelles exigences. La mise en œuvre de la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) marque un tournant décisif, avec l’obligation pour les grandes entreprises d’adopter les European Sustainability Reporting Standards (ESRS) dès 2024, pour une première publication en 2025.

Cette évolution répond à un double enjeu stratégique :

  • Combler une défaillance systémique du marché en matière d’information extra-financière
  • Permettre une standardisation effective des pratiques de reporting durable
    L’étude s’appuie sur l’analyse approfondie de 100 entreprises influentes issues de cinq secteurs critiques :

« Ces secteurs ont été choisis pour leur contribution substantielle à l’empreinte carbone mondiale ainsi que leurs effets considérables sur la biodiversité et les communautés » précise le rapport

📊 Les secteurs analysés :

  • Textile
  • Énergie
  • Transport routier
  • Agriculture, Alimentation et Boissons
  • Finance

❇️ La double matérialité : un défi d'implémentation majeur

L’analyse révèle un écart significatif entre les ambitions du cadre réglementaire et les pratiques actuelles des entreprises. Trois dimensions clés émergent :

🎯 Sur les impacts Le constat est préoccupant : seules 15% des entreprises parviennent à décrire des impacts matériels spécifiques. La grande majorité se limite à des références génériques aux thématiques de durabilité, sans réelle analyse approfondie. L’information pertinente, quand elle existe, apparaît souvent de manière fragmentée dans les rapports, compromettant ainsi sa cohérence et son utilité.

« While in some cases there is relevant and specific information scattered across companies’ reports, this is not yet provided in a comprehensive manner as part of their materiality assessment. »

⚠️ Sur les risques et opportunités Un tableau plus nuancé se dessine avec 53% des entreprises qui spécifient leurs risques liés à la durabilité de manière détaillée. Cette performance est largement portée par les divulgations sur les risques climatiques, fruit de l’influence du cadre TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures). En revanche, les risques environnementaux et sociaux demeurent significativement moins bien appréhendés.

🔄 Sur le processus d’évaluation

  • 33% des entreprises décrivent leur processus de matérialité
  • 29% considèrent les impacts dans leurs opérations ET leur chaîne de valeur
  • 21% démontrent une prise en compte complète de l’ensemble de leur chaîne de valeur

❇️ Plans de transition climatique : entre engagement et mise en œuvre

L’analyse des plans de transition climatique révèle une dynamique positive mais contrastée. Le secteur financier se distingue particulièrement avec 65% d’engagement (13 entreprises sur 20), reflétant une prise de conscience accrue liée aux initiatives de finance durable et à la prépondérance des émissions de « scope 3 » dans leur activité.

« La transition vers une économie durable nécessite des plans de transformation crédibles et des métriques fiables » – Linda Kromjong, Présidente d’amfori

🎯 État des lieux des engagements climatiques :

  • 53 entreprises ont formalisé un engagement net-zero ou de neutralité carbone
  • Parmi elles, 42 présentent un plan de transition climatique complet
  • 9 entreprises supplémentaires en esquissent certains éléments

Qualité et crédibilité des plans :
La maturité des plans révèle des disparités notables. Si 46 entreprises explicitent leurs leviers de décarbonation, seulement 28 démontrent la compatibilité de leurs objectifs avec une trajectoire 1,5°C. Point critique : aucune entreprise n’évalue ses émissions « verrouillées » (locked-in emissions), compromettant potentiellement la crédibilité de leurs engagements.

❇️ Reporting des émissions de GES : une pratique qui se standardise

Le reporting des émissions de gaz à effet de serre devient une pratique largement adoptée, avec des niveaux de maturité variables :

📊 Performance globale :

  • Une grande majorité (89%) publie ses émissions scope 1 et 2
  • 81% communiquent sur leurs émissions scope 3
  • 60% présentent des objectifs de réduction clairs pour l’ensemble des scopes

⚠️ Points de vigilance méthodologiques :

  • Seules 43 entreprises démontrent clairement que leurs données couvrent l’intégralité du groupe consolidé
  • Sur les 81 entreprises rapportant des émissions scope 3, 48 couvrent les catégories significatives de leur secteur
  • Parmi les 33 entreprises présentant des données partielles, seules 13 justifient l’exclusion de certaines catégories

❇️ Diligence raisonnable en matière de durabilité

L’étude met en lumière l’émergence progressive des pratiques de diligence raisonnable, avec 43 entreprises déclarant avoir mis en place un processus dédié. Toutefois, la qualité et la profondeur de ces dispositifs varient considérablement :

🔍 Gouvernance et supervision :

  • 9 entreprises seulement fournissent des informations claires sur l’implication de leurs instances dirigeantes dans la gouvernance de la diligence raisonnable
  • La majorité des conseils d’administration manque de granularité dans leur supervision des impacts

📢 Engagement des parties prenantes :

  • 38 entreprises expliquent clairement leur identification des parties prenantes clés et leurs modalités d’engagement
  • Seules 7 entreprises précisent comment cet engagement contribue à l’identification et l’évaluation des impacts

❇️ Les ressources


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