De la solvabilité financière à l’insolvabilité planétaire – jusqu’à 63% du PIB mondial menacé à horizon 2100

Face à l’accélération du changement climatique et à la dégradation des écosystèmes, notre prospérité future dépend de notre capacité à gérer les risques systémiques qui menacent l’équilibre planétaire. Ce rapport propose une approche inspirée des principes actuariels pour évaluer et gérer ces risques, ouvrant la voie à des solutions politiques ambitieuses pour préserver notre avenir commun. Les conclusions sont effarantes, montrant des pertes pouvant atteindre jusqu’à 63% du PIB à l’horizon 2100

Contexte et enjeux

Le rapport « Planetary Solvency » établit un parallèle inédit entre la gestion des risques financiers et la nécessité de préserver l’équilibre des systèmes terrestres. Publié conjointement par l’Institute and Faculty of Actuaries et l’Université d’Exeter en janvier 2025, il développe un cadre méthodologique rigoureux pour évaluer et gérer les risques systémiques qui menacent la stabilité planétaire.

Une dépendance fondamentale aux systèmes terrestres

Le rapport souligne que notre société et notre économie reposent entièrement sur les services écosystémiques fournis par la Terre : nourriture, eau, énergie et matières premières. Ces services, notamment la régulation du climat, sont non substituables – une fois perdus, la technologie ne peut les remplacer. Cette dépendance implique que notre développement et notre prospérité sont intrinsèquement liés à la santé des systèmes terrestres.

Des risques majeurs sous-estimés

L’analyse met en évidence que :

  • Les impacts du changement climatique se matérialisent à des températures plus basses que prévu, avec une sévérité et une fréquence d’événements extrêmes sans précédent
  • Il s’agit désormais d’une question de sécurité humaine, affectant les populations via les incendies, inondations, chocs alimentaires, stress hydrique et maladies infectieuses
  • Les méthodologies actuelles d’évaluation des risques climatiques sous-estiment significativement les impacts économiques en excluant de nombreux risques sévères attendus
  • Les objectifs de l’Accord de Paris n’ont pas été définis sur la base d’une évaluation réaliste des risques et acceptent implicitement un risque élevé de franchir des points de bascule

Des impacts économiques considérables et sous-estimés

Les projections d’impact sur le PIB mondial montrent une grande variabilité selon les modèles utilisés :

  • Le Network for Greening the Financial System (NGFS) présente une fourchette d’estimations allant de 2% du PIB (Nordhaus & Boyer) à 44% du PIB (Bilal & Känzig) d’ici 2100 dans un scénario de réchauffement de 3°C
  • D’autres méthodologies suggèrent des pertes pouvant atteindre jusqu’à 63% du PIB à l’horizon 2100
  • Les dernières mises à jour du NGFS, basées sur le papier Kotz et al., estiment une réduction d’environ un tiers de la croissance du PIB d’ici 2100

Le rapport souligne que même ces estimations alarmantes sont probablement sous-évaluées car elles excluent de nombreux facteurs critiques :

  • Les points de bascule climatiques
  • Les événements climatiques extrêmes
  • Les impacts sur la santé humaine
  • Les risques géopolitiques
  • La montée du niveau des mers
  • Les effets en cascade des risques interconnectés

Cette omission de facteurs critiques rend les évaluations actuelles « précisément fausses plutôt qu’approximativement justes », selon les termes du rapport. La situation est d’autant plus préoccupante que certains modèles économiques, comme celui de Nordhaus, excluent jusqu’à 87% de l’économie de leur analyse, supposant que de nombreux secteurs ne seront que négligeablement affectés par le changement climatique.

Cette sous-estimation systématique des risques économiques contribue à une dangereuse inertie politique, en minimisant l’urgence d’une action décisive face aux menaces climatiques et environnementales.

Méthodologie innovante : les principes RESILIENCE

Pour répondre à ces défis, le rapport développe le cadre RESILIENCE, qui définit 10 principes clés pour une gestion efficace des risques planétaires :

  1. Risk-led methodology (Approche guidée par les risques)
  2. Earth system primacy (Primauté des systèmes terrestres)
  3. Systemic risk assessment (Évaluation des risques systémiques)
  4. Imaginative scenarios (Scénarios imaginatifs)
  5. Latest science (Dernières avancées scientifiques)
  6. Incentives to flag risk (Incitations à signaler les risques)
  7. Educate stakeholders (Éducation des parties prenantes)
  8. Non-linear risks and tipping points (Risques non-linéaires et points de bascule)
  9. Collaborative across disciplines (Collaboration interdisciplinaire)
  10. Effective governance and reporting (Gouvernance et reporting efficaces)

Principales recommandations

Le rapport formule cinq recommandations stratégiques pour atténuer les risques d’insolvabilité planétaire :

1. Mettre en œuvre des évaluations de solvabilité planétaire

  • Établir des évaluations annuelles indépendantes des risques systémiques globaux
  • Recommandation de créer un organisme indépendant chargé de fournir ces évaluations au Conseil de sécurité de l’ONU
  • Intégration de ces évaluations dans les initiatives mondiales comme le Pacte pour le Futur

2. Définir des limites de solvabilité planétaire respectant les frontières planétaires

  • Développer des limites de risque et des seuils pour gérer nos activités
  • Créer une gamme d’indicateurs surveillant la santé planétaire et les indicateurs sociétaux
  • Appliquer le principe de précaution face à l’incertitude
  • Réviser les objectifs climatiques dans une perspective de risque

3. Renforcer les structures de gouvernance

  • Formaliser la solvabilité planétaire pour fournir aux parties prenantes des informations concises sur les implications des risques
  • Présenter l’information sous une forme facilement assimilable, construite sur des évaluations réalistes des risques systémiques
  • Améliorer la transparence par des rapports publics sur les évaluations de risques

4. Développer les capacités des décideurs en matière de gestion des risques systémiques

  • Renforcer la compréhension des interdépendances écologiques et des points de bascule
  • Évaluer l’intégration des risques climatiques et naturels systémiques dans les processus de gestion des risques nationaux
  • Produire une évaluation complémentaire aux rapports scientifiques globaux

5. Prendre des mesures pour atténuer les risques

  • Créer des incitations et concevoir des politiques favorisant des futurs durables
  • Explorer les options pour limiter le réchauffement climatique et éviter les points de bascule
  • Mettre en œuvre des actions d’urgence pour :
  • Accélérer la décarbonation
  • Éliminer les gaz à effet de serre de l’atmosphère
  • Réparer et restaurer les écosystèmes endommagés
  • Renforcer la résilience face aux impacts climatiques inévitables

Conclusions et perspectives

Le rapport met en évidence qu’un changement fondamental d’approche est nécessaire dans la gestion des risques globaux. Les méthodologies actuelles sous-estiment dangereusement les menaces qui pèsent sur la stabilité planétaire.

Les ressources


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