L’IA : une bombe à retardement pour le climat – par le CAAD

Generating A(I) Crisis explore l’impact des systèmes d’intelligence artificielle générative et des technologies d’apprentissage automatique sur la consommation énergétique mondiale, les engagements climatiques des entreprises et les défis liés à la décarbonisation des systèmes énergétiques. Le rapport montre les tensions entre l’essor rapide de ces technologies et les objectifs climatiques, tout en dénonçant les stratégies de communication trompeuses des grandes entreprises technologiques.
L’étude met en garde contre le greenwashing et appelle à une transparence accrue sur l’impact environnemental de l’IA, soulignant la nécessité d’une régulation politique et économique pour éviter une crise climatique alimentée par la technologie.

1. L’IA, une menace silencieuse pour le climat

L’essor des technologies d’intelligence artificielle, en particulier les applications génératives comme les chatbots ou les outils de création d’images, est souvent présenté comme une révolution technologique. Cependant, derrière cette promesse se cache une réalité préoccupante : ces technologies consomment des quantités colossales d’énergie, principalement via les centres de données qui les alimentent. Le rapport souligne que cette explosion de la demande énergétique risque de compromettre les efforts mondiaux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et pour décarboniser les systèmes énergétiques.

Les centres de données, véritables piliers de l’IA, sont au cœur de cette problématique. Leur croissance rapide pourrait entrer en concurrence directe avec d’autres priorités énergétiques, comme l’électrification des transports ou l’accès à l’électricité dans les régions en développement. Le rapport pose une question centrale : l’IA est-elle compatible avec les objectifs climatiques mondiaux ?

2. Une demande énergétique en explosion

Les projections de la consommation énergétique liée à l’IA sont alarmantes. Selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), la demande énergétique des centres de données pourrait augmenter de manière exponentielle d’ici 2030, représentant une part significative de la consommation mondiale. Les applications génératives, comme la génération de texte ou d’images, sont particulièrement gourmandes en énergie, notamment lors des phases d’entraînement et d’inférence des modèles.

Les projections varient selon les sources, mais toutes s’accordent sur une tendance inquiétante : la demande énergétique des centres de données pourrait dépasser les capacités de production d’énergies renouvelables, entraînant une dépendance accrue aux énergies fossiles. Par exemple, Goldman Sachs estime que la demande énergétique des centres de données pourrait représenter jusqu’à 8 % de la consommation électrique totale des États-Unis d’ici 2030.

3. Les fausses promesses des grandes entreprises technologiques

Les géants de la tech, comme Google, Microsoft et Amazon, se présentent souvent comme des champions de la durabilité, affirmant qu’ils alimentent leurs centres de données avec des énergies renouvelables. Cependant, le rapport révèle que ces affirmations sont souvent trompeuses. Les entreprises utilisent des mécanismes comme les certificats d’énergie renouvelable (REC) ou les contrats d’achat d’énergie (PPA), qui ne garantissent pas toujours une réduction réelle des émissions. Par exemple, une entreprise peut acheter des certificats pour de l’énergie produite dans une autre région ou à un autre moment, ce qui ne correspond pas à sa consommation réelle.

Le rapport cite une étude de 2024 du NewClimate Institute, qui affirme que ces pratiques ont un impact limité sur la réduction des émissions. En réalité, les grandes entreprises technologiques continuent d’émettre des quantités importantes de CO2, malgré leurs déclarations ambitieuses. Par exemple, Google et Microsoft ont tous deux vu leurs émissions augmenter en raison de la croissance de leurs activités liées à l’IA, malgré leurs engagements climatiques.

4. L’IA, un frein à la décarbonisation ?

L’essor de l’IA pourrait non seulement augmenter la demande énergétique, mais aussi ralentir les efforts de décarbonisation. Le rapport met en garde contre le risque que cette demande croissante soit satisfaite par des énergies fossiles, en particulier dans les régions où les infrastructures renouvelables sont insuffisantes. Par exemple, en Irlande, la croissance rapide des centres de données a déjà conduit à une augmentation de la consommation de gaz naturel, compromettant les efforts du pays pour réduire ses émissions.

De plus, l’IA pourrait encourager la construction de nouvelles infrastructures fossiles. Des entreprises comme Microsoft et Google ont signé des accords avec des projets nucléaires ou des centrales à gaz pour alimenter leurs centres de données, ce qui pourrait prolonger la dépendance aux énergies fossiles.

5. Les fausses solutions et le greenwashing

Le rapport critique également les « fausses solutions » proposées par certains acteurs de l’IA. Par exemple, des personnalités comme Sam Altman (CEO d’OpenAI) et Bill Gates investissent dans des technologies comme la fusion nucléaire ou les petits réacteurs modulaires, présentées comme des solutions miracles. Cependant, ces technologies sont encore loin d’être opérationnelles à grande échelle, et leur promotion pourrait détourner l’attention des solutions plus immédiates, comme le déploiement massif des énergies renouvelables.

De même, certaines entreprises mettent en avant des applications de l’IA pour des usages environnementaux, comme l’optimisation des itinéraires pour réduire la consommation de carburant. Cependant, ces applications restent marginales par rapport à l’impact global de l’IA sur la consommation énergétique.

6. L’IA, un outil de désinformation climatique

Le rapport souligne un autre risque majeur : l’utilisation de l’IA pour amplifier la désinformation climatique. Les outils génératifs pourraient être utilisés pour créer des contenus trompeurs, comme des études scientifiques falsifiées ou des images manipulées, visant à semer le doute sur les causes ou les impacts du changement climatique. Par exemple, des groupes anti-énergies renouvelables ont déjà utilisé des outils d’IA pour générer des « études » prétendant que les éoliennes causent des morts massives d’oiseaux ou des perturbations climatiques locales.

7. Appel à l’action

Le rapport « Generating A(I) Crisis » sonne l’alarme sur les dangers de l’IA pour le climat. Il appelle à une régulation plus stricte des centres de données, à une transparence accrue sur leur consommation énergétique et à une remise en question des narratives trompeuses des grandes entreprises technologiques. Sans une action concertée, l’essor de l’IA pourrait devenir un obstacle majeur à la lutte contre le changement climatique.

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