La France à la croisée des chemins – entre dépendance alimentaire et quête de résilience – Terre de Liens

Quelles sont les failles du système agricole français, où une agriculture industrialisée et dépendante des importations coexiste avec une aspiration croissante à la souveraineté alimentaire. C’est l’objet du rapport de Terre de Liens, « Souveraineté alimentaire – un scandale made in France ». Ce document met en exergue les défis contemporains liés à la production alimentaire, à la préservation des terres agricoles et à la nécessité de repenser les politiques agricoles et alimentaires dans une perspective de responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

Souveraineté alimentaire : un concept en tension

La souveraineté alimentaire, définie par le mouvement paysan Via Campesina en 1996, repose sur le droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée, produite de manière durable. Cependant, la France, bien que disposant de ressources agricoles considérables, peine à concrétiser ce concept. Le rapport indique que *43 % des terres agricoles françaises sont dédiées à l’exportation, réduisant la surface disponible pour nourrir la population locale à 2100 m² par habitant, soit la moitié de ce qui est nécessaire. Cette situation illustre une déconnexion entre la production agricole et les besoins alimentaires nationaux, exacerbée par une dépendance aux importations et une industrialisation croissante de l’agriculture.

Une agriculture sous pression

L’agriculture française est marquée par une spécialisation et une intensification des pratiques agricoles. Depuis les années 1950, la spécialisation des fermes a progressé, avec 35 % des fermes ayant une seule production agricole en 2020, contre 19 % en 1990. Cette spécialisation, couplée à une dépendance accrue aux intrants importés, fragilise les systèmes agricoles. Par exemple, la France importe chaque année 4 millions de tonnes de soja, principalement du Brésil et d’Argentine, pour nourrir le bétail, ce qui équivaudrait à la totalité des terres agricoles de la Bretagne si produit localement.

Cette dépendance aux intrants importés, tels que les engrais minéraux et les pesticides, rend l’agriculture française vulnérable aux fluctuations des prix internationaux et aux tensions géopolitiques. En 2022, la hausse du prix du gaz, consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, a entraîné une augmentation de 75 % du prix des engrais, illustrant cette vulnérabilité.

Précarité alimentaire et santé publique

Il y a un grand paradoxe : alors que la France dispose des ressources pour nourrir sa population, 8 millions de personnes sont en situation de précarité alimentaire. Cette précarité est aggravée par une alimentation déséquilibrée, trop riche en protéines animales et en sucres, et pauvre en fibres. Les conséquences sur la santé publique sont significatives, avec une augmentation des maladies liées à l’alimentation, telles que le diabète et les cancers.

Les pesticides, dont l’usage reste élevé malgré les engagements de réduction, contribuent également à cette problématique. Leur présence dans l’eau et les aliments pose des risques sanitaires importants, tant pour les consommateurs que pour les agriculteurs. *520 personnes ont bénéficié en 2022 du fonds d’indemnisation des victimes des pesticides, pour un montant total de 13 millions d’euros.

Politiques agricoles et alimentaires : des lacunes à combler

Les politiques agricoles et alimentaires françaises sont critiquées pour leur manque de cohérence et leur inefficacité à promouvoir une agriculture durable. La Politique Agricole Commune (PAC) de l’UE, qui représente *9,3 milliards d’euros annuels pour la France, est jugée insuffisante pour encourager la transition agroécologique. Seuls *15 % des dépenses publiques dédiées à la production agricole sont favorables à cette transition, selon une étude du bureau d’étude I4CE.

Le rapport suggère une réorientation des politiques publiques pour soutenir les pratiques agricoles durables, telles que l’agriculture biologique et les circuits courts. Il plaide également pour une meilleure intégration des enjeux de santé publique et de préservation de l’environnement dans les politiques alimentaires.

Innovations et initiatives locales

Face aux limites des politiques nationales, des initiatives locales apparaissent pour promouvoir une agriculture plus durable. Par exemple, la ferme collective Radis&Co en Mayenne illustre un modèle de polyculture-élevage, où la diversification des productions et la vente en circuit court permettent de créer de l’emploi et de préserver les ressources naturelles. Ces initiatives montrent qu’il est possible de concilier production alimentaire, préservation de l’environnement et développement économique local.

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