| Le Shift Project lève le voile sur l’empreinte carbone du football et du rugby français, amateur et professionnel. Au-delà du constat détaillé, l’étude chiffre et modélise des trajectoires de réduction d’émissions, en ciblant les leviers d’action prioritaires : mobilité des supporters et des équipes, énergie des infrastructures, et consommation d’articles de sport. Feuille de route pour un secteur en quête de résilience climatique. Ce document s’inscrit dans le Plan de transformation de l’économie française (PTEF), visant à proposer des solutions pragmatiques pour décarboner l’économie secteur par secteur. |
1. L’urgence d’une décarbonation du sport : un impératif RSE
Le sport, en particulier le football et le rugby, occupe une place centrale dans la société française, tant sur le plan économique que social. Avec 2,2 % du PIB national et un nombre significatif de licenciés, ces sports jouent un rôle structurant dans le quotidien des Français.
Le rapport du Shift Project s’inscrit dans un contexte où la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) devient un impératif de survie pour les organisations. L’intérêt principal de cette étude réside dans sa capacité à transposer les enjeux climatiques globaux à un secteur spécifique : le sport. Comme le souligne Yves Pellicier, Président de MAIF, cité dans l’édito, « Pour pouvoir agir, il ne suffit pas de s’appuyer sur des “a priori” : il faut connaître, mesurer, analyser ».
Le sport, en tant que puissant vecteur de cohésion sociale et de développement humain, possède une caisse de résonance inégalable pour diffuser des messages structurants, notamment celui de la décarbonation. Le rapport montre que le secteur sportif est à la fois influent et vulnérable. Cette vulnérabilité triple se manifeste à travers les risques physiques liés au changement climatique, les risques d’approvisionnement en énergies fossiles et les risques de transition vers une économie bas-carbone.
Risques et vulnérabilités
Le secteur sportif est exposé à des risques physiques liés au changement climatique, tels que l’augmentation des températures, les sécheresses et les événements climatiques extrêmes. Ces risques menacent non seulement la pratique sportive elle-même, mais aussi l’économie du sport. Par exemple, une étude du WWF indique qu’à +2°C, près de 24 jours supplémentaires par an dépasseraient le seuil de 32°C, rendant la pratique sportive dangereuse. De plus, la dépendance aux énergies fossiles expose le secteur à des risques d’approvisionnement, comme l’a illustré la crise énergétique de l’hiver 2022-2023.
Périmètre et méthode
L’étude distingue deux volets : professionnel et amateur. Le volet professionnel se concentre sur les événements sportifs de haut niveau, tandis que le volet amateur englobe les activités des clubs et des ligues régionales. La méthodologie repose sur une collecte de données exhaustive, incluant des entretiens avec des acteurs du secteur, et une modélisation des leviers de décarbonation. Les principaux postes d’émissions identifiés incluent les déplacements, la consommation énergétique des infrastructures, et l’alimentation.
2. Football et rugby : deux modèles face à la contrainte carbone
L’étude se concentre sur deux sports emblématiques en France : le football, sport roi, et le rugby, avec son ancrage régional fort. L’analyse de leur empreinte carbone révèle des spécificités importantes.
2.1. L’empreinte carbone du football et rugby : le poids des déplacements
Pour le secteur professionnel, les résultats de l’étude montrent que les déplacements représentent le poste d’émission le plus important pour le football et le rugby. Les déplacements des spectateurs, des équipes sportives et encadrantes, ainsi que les trajets domicile-travail des salariés, contribuent de manière significative à l’empreinte carbone globale. L’étude chiffre précisément ces impacts et propose des pistes de réduction.
Pour le secteur amateur, les énergies fossiles ont un rôle prépondérant également, notamment dans les déplacements et la consommation énergétique des infrastructures. Les articles de sport représentent également une part non négligeable de l’empreinte carbone. Des solutions sont proposées pour agir sur ces différents leviers.
3. Les leviers d’action concrets
Feuille de route pour la décarbonation du football et du rugby
3.1. Agir sur les déplacements
Le rapport insiste sur la nécessité d’optimiser les transports comme de favoriser les modes de transport bas-carbone pour les spectateurs, les équipes et les salariés. Cela passe par le développement des transports en commun, l’incitation au covoiturage, et la promotion des mobilités douces.
3.2. Optimiser la consommation énergétique des infrastructures
L’étude souligne l’importance d’améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments sportifs, de recourir aux énergies renouvelables, et d’adopter des pratiques de sobriété énergétique.
3.3. Repenser la consommation d’articles de sport
Le rapport invite à repenser la conception et la production des équipements sportifs, en privilégiant les matériaux durables et recyclés, et en favorisant l’économie circulaire.
4. Scénarios de décarbonation
Le rapport explore deux scénarios de décarbonation : DROP (Décarbonation Rapide et OPtimiste) et BUT (Bon Usage Technologique). Le scénario DROP repose sur une adoption rapide et complète des technologies de décarbonation, tandis que le scénario BUT anticipe des perturbations et des crises potentielles, nécessitant une approche plus robuste et réaliste.
5. Tendances émergentes et innovations en matière de RSE dans le sport
Le rapport met en lumière plusieurs tendances émergentes et innovations en matière de RSE dans le secteur sportif. On peut citer :
- Le développement de labels et de certifications environnementales pour les événements sportifs.
- L’émergence de partenariats entre les clubs sportifs et les entreprises engagées dans la transition écologique.
- La sensibilisation des sportifs et des supporters aux enjeux climatiques.
Références
- The Shift Project. (Février 2025) – Décarbonons le Sport – Un premier applicatif au football et au rugby.
- Le travail du WWF pour décarboner les jeux et le sport
- L’étude du WWF Dérèglement climatique – le monde du sport à +2°C et à +4°C
- L’étude AXA Climate de 2024 Quel sera l’impact du changement climatique sur le sport en 2050 ?
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