Représentations sociales du changement climatique – par ADEME

Le rapport de l’ADEME d’octobre 2024 « Les représentations sociales du changement climatique » présente une analyse des perceptions et attitudes des Français face au changement climatique. Basé sur une enquête annuelle menée depuis 2000, il explore les évolutions des préoccupations environnementales, les représentations des causes et conséquences du changement climatique, ainsi que les opinions sur les solutions et mesures de politiques publiques.

Contexte du baromètre

Depuis 2000, l’ADEME mène des enquêtes régulières pour mesurer les représentations sociales du changement climatique en France. Ces enquêtes, réalisées par sondage auprès d’échantillons représentatifs de la population, permettent de suivre l’évolution des perceptions et des comportements face à cette problématique environnementale majeure. L’enquête annuelle se déroule généralement en fin juin et début juillet, avec des résultats présentés à l’automne suivant.

L’enquête repose sur un sondage administré à un échantillon représentatif de la société française, selon la méthode des quotas (sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, catégorie d’agglomération et région de résidence). Depuis 2014, le mode « en ligne » est privilégié, sauf pour certains échantillons spécifiques. L’enquête de cette année a été réalisée du 11 au 17 juillet auprès de 1505 personnes, avec une analyse des réponses en fonction de divers critères sociodémographiques et culturels.

Principaux résultats concernant l’enquête grand public

La place de l’environnement dans les préoccupations des Français

L’environnement et la transition écologique occupent une place variable dans les préoccupations des Français. En 2019, l’environnement avait atteint un pic de préoccupation, égalant l’emploi comme principale préoccupation. Cependant, ces dernières années, cette montée en puissance a été contrariée par la crise du COVID-19 et la hausse des prix. En 2024, la préoccupation pour l’environnement stagne à son plus faible niveau depuis 2019, en raison de l’inquiétude persistante pour la hausse des prix et le retour des craintes liées à l’immigration.

La place de l’effet de serre et du réchauffement climatique

L’effet de serre et le réchauffement climatique demeurent des préoccupations environnementales majeures. En 2024, une légère baisse de la priorité accordée à ces enjeux est observée, bien qu’ils restent en tête des choix. Les jeunes et les diplômés de l’enseignement supérieur scientifique sont plus nombreux à les considérer comme prioritaires.

Représentations des causes du changement climatique

Les représentations des causes du changement climatique révèlent une certaine stabilité dans les opinions. Environ deux tiers des personnes interrogées sont convaincues que le réchauffement climatique est une certitude pour la plupart des scientifiques. Cependant, une partie du public reste sceptique, estimant que les scientifiques ne sont pas tous d’accord sur cette question. Les jeunes et les personnes ayant suivi des études supérieures sont plus enclins à croire en la certitude des scientifiques.

Représentations des conséquences du changement climatique

Les conséquences du changement climatique sont perçues comme potentiellement graves. En 2024, 65% des répondants estiment que les conditions de vie deviendront extrêmement pénibles à cause des dérèglements climatiques. Les jeunes et les personnes ayant souvent subi les conséquences de désordres climatiques sont particulièrement pessimistes.

Opinions sur la médiatisation du changement climatique

L’opinion publique est partagée quant à la médiatisation du changement climatique. En 2024, 26% des répondants estiment que l’on parle trop du changement climatique dans la presse ou à la télévision, tandis que 41% pensent que l’on en parle suffisamment. Les personnes âgées et celles se situant à droite de l’échiquier politique sont plus enclines à penser que l’on en parle trop.

Les solutions pour réduire le changement climatique

À l’échelle collective

Les solutions pour réduire le changement climatique à l’échelle collective incluent des mesures de politiques publiques et des adaptations au changement climatique. En 2024, 58% des répondants estiment que la modification de nos modes de vie est la solution la plus efficace, tandis que 17% pensent que le progrès technique permettra de trouver des solutions. Les jeunes et les diplômés de l’enseignement supérieur scientifique sont plus favorables à la modification des modes de vie.

À l’échelle individuelle

À l’échelle individuelle, les pratiques en faveur de l’environnement déclarées montrent une certaine stabilité. En 2024, 79% des répondants déclarent trier les déchets, tandis que 70% baissent la température de leur logement de deux ou trois degrés l’hiver. Cependant, certaines pratiques, comme la limitation de la consommation de viande, montrent une légère baisse.

Typologie des attitudes vis-à-vis du changement climatique

La typologie des attitudes vis-à-vis du changement climatique distingue trois catégories de répondants : les convaincus, les sceptiques et les hésitants. En 2024, 42% des répondants sont convaincus, 11% sont sceptiques et 46% sont hésitants. Les convaincus sont plus nombreux parmi les jeunes, les cadres et les professions intermédiaires, ainsi que parmi les personnes ayant un niveau d’études supérieur.

1. Les Convaincus

Définition : Les convaincus sont ceux qui adhèrent pleinement à la réalité et à la gravité du changement climatique. Ils sont persuadés que les désordres climatiques sont principalement causés par les activités humaines et que des actions urgentes sont nécessaires pour atténuer leurs effets.

Pensées sous-jacentes :

  • Confiance dans la science : Les convaincus croient fermement que le réchauffement climatique est une certitude scientifique, soutenue par un consensus parmi les scientifiques.
  • Responsabilité humaine : Ils attribuent les changements climatiques aux activités humaines, notamment l’émission de gaz à effet de serre.
  • Urgence d’agir : Ils ressentent une urgence à agir, tant au niveau individuel que collectif, pour réduire les émissions et adapter les sociétés aux impacts du changement climatique.

Profil sociodémographique : Les convaincus sont souvent plus jeunes, ont un niveau d’éducation supérieur, et se situent politiquement à gauche. Ils accordent une grande importance à la protection de l’environnement.

2. Les Sceptiques

Définition : Les sceptiques remettent en question la réalité ou la gravité du changement climatique. Ils doutent du consensus scientifique et estiment que les désordres climatiques peuvent être attribués à des causes naturelles.

Pensées sous-jacentes :

  • Doute scientifique : Les sceptiques pensent que le réchauffement climatique est une hypothèse parmi d’autres et que les scientifiques ne sont pas unanimes sur ses causes.
  • Causes naturelles : Ils croient que les changements climatiques actuels sont similaires à ceux observés dans l’histoire géologique de la Terre, causés par des phénomènes naturels.
  • Exagération des risques : Ils estiment que les risques associés au changement climatique sont exagérés par les médias et les scientifiques.

Profil sociodémographique : Les sceptiques sont souvent plus âgés, ont un niveau d’éducation plus faible, et se situent politiquement à droite. Ils accordent moins d’importance à la protection de l’environnement.

3. Les Hésitants

Définition : Les hésitants ont des opinions mixtes sur le changement climatique. Ils peuvent reconnaître certains aspects du problème tout en doutant de ses causes ou de la nécessité d’une action urgente.

Pensées sous-jacentes :

  • Ambivalence : Les hésitants oscillent entre les arguments des convaincus et des sceptiques. Ils peuvent accepter certaines preuves scientifiques tout en restant incertains sur les actions à entreprendre.
  • Complexité du problème : Ils perçoivent le changement climatique comme un problème complexe, difficile à appréhender pleinement.
  • Attente de preuves supplémentaires : Ils attendent souvent des preuves supplémentaires ou des solutions plus claires avant de s’engager pleinement dans l’action climatique.

Profil sociodémographique : Les hésitants sont souvent d’âge moyen, avec des niveaux d’éducation variés, et se situent politiquement au centre. Ils peuvent accorder une importance modérée à la protection de l’environnement.

Conclusion

Le rapport de l’ADEME de 2024 confirme une certaine stagnation de la sensibilité du public face au changement climatique. Bien que les préoccupations environnementales restent importantes, elles sont souvent reléguées au second plan par rapport à des préoccupations économiques et sécuritaires. Les représentations des causes et des conséquences du changement climatique montrent une certaine stabilité, avec une légère augmentation du scepticisme. Les solutions pour réduire le changement climatique, tant à l’échelle collective qu’individuelle, restent variées, avec une préférence pour la modification des modes de vie.

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