La pollution par les microplastiques, invisible mais omniprésente, est une réalité des fleuves européens. L’équivalent d’un camion-poubelle de plastique se déverse dans les océans chaque minute. Ces débris parcourent auparavant un long périple à travers les méandres des rivières et des fleuves. Les images spectaculaires des amoncellements de déchets sur les berges des grands cours d’eau asiatiques nous sautent aux yeux, tandis que les fleuves européens, en apparence préservés, cachent une pollution insidieuse et massive.
Les microplastiques, ces particules plus petites qu’un grain de riz, se divisent en deux catégories : les « grands » microplastiques, visibles à l’œil nu, et les « petits », invisibles mais omniprésents. Les études récentes, publiées dans la revue Environmental Science and Pollution Research, montrent une concentration affolante de ces particules dans tous les grands fleuves européens. La mission « Tara Microplastiques », menée en 2019, a permis de collecter près de 2 700 échantillons le long de neuf fleuves emblématiques, de la Loire au Tibre. Les résultats sont sans appel : tous les fleuves sont contaminés, avec une concentration moyenne de 3 particules par mètre cube d’eau.
Cette pollution n’est pas seulement quantitative ; elle est aussi qualitative. Les « petits » microplastiques, jusqu’à 1 000 fois plus nombreux que les « grands », représentent un danger majeur pour les organismes vivants. Ils servent de radeaux pour les micro-organismes, y compris des bactéries pathogènes comme Shewanella putrefaciens, responsable de diverses infections chez l’homme. Cette bactérie, identifiée dans la Loire, conserve sa virulence sur les particules plastiques, posant ainsi la question de la dispersion des maladies sur de grandes distances.
Les microplastiques agissent également comme des éponges à polluants, captant et relarguant des produits chimiques toxiques tels que des métaux lourds, des hydrocarbures ou des pesticides. Cette toxicité accrue, combinée à la capacité des microplastiques à pénétrer tous les écosystèmes, de la surface aux abysses, soulève des préoccupations majeures pour la santé environnementale et humaine.
L’origine de ces microplastiques est multiple : granulés industriels échappés lors du transport, débris de plastiques à usage unique, usure des objets en plastique comme les vêtements ou les pneus. Une initiative de science participative impliquant 12 000 élèves a révélé que 25 % des « grands » microplastiques récoltés sur les berges françaises sont des granulés industriels. Le reste provient principalement d’emballages alimentaires et d’autres déchets plastiques.
Les scientifiques sont unanimes : la réduction de la production de plastique est la seule solution viable. Les négociations autour d’un futur traité international sur la pollution plastique achoppent précisément sur ce point. Estimée à 460 millions de tonnes par an, la production mondiale de plastique devrait tripler d’ici 2060. Si rien n’est fait, ce sera l’équivalent de trois camions-poubelles de plastique qui se déverseront chaque minute dans les océans.
La pollution par les microplastiques n’est pas seulement un problème environnemental ; elle est aussi un enjeu de santé publique et de développement durable.
Les ressources
- Le Monde Microplastiques : une pollution invisible mais massive dans tous les fleuves européens
- La fondation Tara, lien vers la page Tara Microplastiques
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