| Le rapport du WWF France sur la directive CSRD et les premiers plans de transition climat des entreprises propose une analyse de cas des rapports Sanofi, Vinci et Air Liquide. |
CSRD au-delà des chiffres : une analyse des premiers plans de transition climat
La directive CSRD, bien que critiquée pour sa complexité administrative, reste un outil essentiel pour structurer la transition écologique des entreprises. Elle impose aux grandes entreprises de publier des plans de transition climat, qui doivent démontrer leur capacité à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et à s’adapter aux enjeux environnementaux. Ces plans, bien que perfectibles, sont un levier indispensable pour orienter les investissements vers des modèles économiques durables et pour répondre aux exigences de l’Accord de Paris.
Le WWF France analyse les premiers plans de transition publiés par Sanofi, Vinci et Air Liquide. Ces entreprises, bien que conformes aux exigences réglementaires, montrent des niveaux variables de cohérence et de crédibilité dans leurs stratégies. Si elles s’engagent à réduire leurs émissions, notamment sur les Scopes 1 et 2, les défis restent importants pour le Scope 3, souvent plus difficile à maîtriser. De plus, les leviers de décarbonation reposent parfois sur des technologies immatures, ce qui introduit des incertitudes dans l’atteinte des objectifs.
Le rapport montre également l’importance de la gouvernance et des incitations financières pour garantir la réussite de ces transitions. Par exemple, Air Liquide se distingue par une forte indexation de la rémunération de ses dirigeants sur les performances ESG, tandis que Sanofi et Vinci doivent encore renforcer ces mécanismes. Enfin, le WWF appelle à une meilleure intégration des enjeux climatiques dans les stratégies globales des entreprises, en insistant sur la nécessité de plans plus détaillés et ambitieux.
10 enseignements clés
Le WWF tire 10 enseignements des premiers plans de transition climat analysés. Parmi eux, on note que les entreprises sont globalement conformes aux exigences réglementaires, mais que des progrès sont nécessaires pour améliorer la cohérence et la crédibilité de leurs stratégies. Par exemple, les objectifs de réduction des émissions sont souvent alignés avec l’Accord de Paris, mais les leviers de décarbonation manquent parfois de précision, notamment sur le Scope 3. De plus, les besoins de financement ne sont pas toujours clairement identifiés, ce qui complique l’évaluation de la faisabilité des plans.
Le WWF insiste également sur l’importance de la gouvernance climatique. Si les entreprises intègrent de plus en plus les enjeux ESG dans leurs processus décisionnels, il reste des marges de progression pour lier la rémunération des dirigeants à la performance climatique. Enfin, le rapport souligne que la CSRD, en tant qu’exercice annuel, permettra aux entreprises d’améliorer progressivement leurs plans, en s’appuyant sur les retours d’expérience et les évolutions technologiques.
1. Les plans de transition climat s’inscrivent dans une continuité
Les plans de transition publiés dans le cadre de la CSRD ne réinventent pas la roue. Ils reprennent et structurent des informations déjà présentes dans les déclarations de performance extra-financière (DPEF) des entreprises. Cela montre que les entreprises avaient déjà intégré une partie des enjeux climatiques dans leurs rapports, mais la CSRD impose une meilleure organisation et lisibilité de ces données. Cependant, cette continuité ne doit pas masquer la nécessité d’aller plus loin dans la précision et l’ambition des plans.
2. Une tendance croissante à la publication de plans de transition
Depuis 2015, avec la méthodologie ACT de l’ADEME, les entreprises publient de plus en plus de plans de transition climat. En 2024, plus de 50 % des entreprises analysées par EY en avaient déjà publié. Cette tendance devrait se renforcer avec l’entrée en vigueur de la CSRD, qui rend cette publication obligatoire pour les grandes entreprises. Cependant, la qualité de ces plans reste variable, et il est essentiel de s’assurer qu’ils ne se limitent pas à une simple conformité réglementaire.
3. Conformité réglementaire : un prérequis, mais pas une garantie de qualité
Les plans de transition des entreprises analysées (Sanofi, Vinci, Air Liquide) sont conformes aux exigences réglementaires. Ils respectent les standards internationaux (GHG Protocol, ISO 14064-1) et couvrent les trois scopes d’émissions de GES. Cependant, la conformité ne garantit pas la qualité. La cohérence et la crédibilité des plans dépendent de la précision des données, de la clarté des objectifs et de la faisabilité des leviers de décarbonation. Par exemple, Vinci et Air Liquide manquent de granularité dans leurs cibles à long terme, ce qui fragilise leur crédibilité.
4. Des objectifs de réduction des émissions ambitieux, mais perfectibles
Les entreprises étudiées ont fixé des objectifs de réduction des émissions compatibles avec l’Accord de Paris, visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5∘C1,5∘C ou 2∘C2∘C. Cependant, ces objectifs sont souvent plus ambitieux pour les Scopes 1 et 2 (émissions directes et liées à l’énergie) que pour le Scope 3 (émissions indirectes), qui reste le plus difficile à maîtriser. Par exemple, Vinci montre des progrès sur les Scopes 1 et 2, mais ses émissions de Scope 3 augmentent, ce qui pose un risque pour l’atteinte de ses objectifs globaux.
5. Le Scope 3 : un défi majeur pour la décarbonation
Le Scope 3, qui inclut les émissions indirectes liées aux chaînes de valeur, est souvent le parent pauvre des plans de transition. Les entreprises peinent à réduire ces émissions, en raison de leur complexité et de leur dépendance à des acteurs externes. Par exemple, Air Liquide a vu ses émissions de Scope 3 augmenter de 19,5 % en 2024, malgré des progrès sur les Scopes 1 et 2. Pourtant, le Scope 3 représente souvent la majorité des émissions totales d’une entreprise, ce qui en fait un levier incontournable pour atteindre la neutralité carbone.
6. Des leviers de décarbonation clairs, mais parfois incertains
Les entreprises identifient des leviers de décarbonation précis, comme l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables ou les technologies bas-carbone. Cependant, ces leviers reposent souvent sur des technologies immatures (hydrogène vert, capture du carbone), ce qui introduit des incertitudes. Par exemple, Vinci et Air Liquide misent sur des technologies encore en développement, ce qui pourrait compromettre l’atteinte de leurs objectifs. Les entreprises doivent donc renforcer la gestion des risques technologiques et diversifier leurs leviers.
7. Un besoin de financement mal défini
Les entreprises identifient généralement les besoins de financement pour leur transition, mais ces besoins manquent souvent de granularité. Par exemple, Vinci ne chiffre pas ses investissements nécessaires pour atteindre ses objectifs climatiques, ce qui complique l’évaluation de la faisabilité de son plan. En revanche, Air Liquide se distingue en ayant émis une obligation verte de 500 millions d’euros pour financer sa transition. Cependant, les entreprises doivent aller plus loin en ventilant les besoins de financement par levier de décarbonation et en précisant les sources de financement envisagées.
8. Les émissions verrouillées : un angle mort des plans de transition
Les émissions verrouillées, liées aux actifs à longue durée de vie (infrastructures, équipements), sont rarement abordées de manière détaillée dans les plans de transition. Par exemple, Vinci mentionne ses autoroutes et aéroports comme sources d’émissions verrouillées, mais ne fournit pas de données quantitatives ni de stratégies précises pour les réduire. Pourtant, ces émissions représentent un risque majeur pour l’atteinte des objectifs climatiques, car elles peuvent compromettre les efforts de décarbonation à long terme.
9. Une gouvernance climatique en progrès, mais perfectible
Les entreprises intègrent de plus en plus les enjeux climatiques dans leur gouvernance. Par exemple, Air Liquide lie 10 % de la rémunération de son PDG à la performance ESG, ce qui constitue un levier d’incitation puissant. Cependant, cette pratique reste inégale. Sanofi et Vinci doivent encore renforcer le lien entre rémunération des dirigeants et performance climatique. De plus, les entreprises doivent s’assurer que les compétences nécessaires pour piloter la transition climatique sont bien présentes au sein de leurs organes de gouvernance.
10. La CSRD : un exercice annuel et dynamique
La directive CSRD impose une publication annuelle des plans de transition, ce qui permet aux entreprises d’améliorer progressivement leurs stratégies. Les premiers rapports montrent déjà des forces et des faiblesses, mais ils constituent une base solide pour des améliorations futures. Par exemple, Sanofi et Air Liquide ont identifié des axes d’amélioration dans leurs plans, notamment en termes de précision des données et de granularité des objectifs. Ce caractère dynamique est essentiel pour adapter les stratégies aux évolutions technologiques et réglementaires.
Le bilan par entreprise
Sanofi : des objectifs clairs, mais des détails à préciser
Sanofi s’est fixé des objectifs ambitieux pour réduire ses émissions de GES, en ligne avec une trajectoire compatible avec l’Accord de Paris. Cependant, le rapport du WWF pointe plusieurs axes d’amélioration. Par exemple, les leviers de décarbonation sont bien identifiés à horizon 2030, mais manquent de détails pour les étapes suivantes. De plus, les besoins de financement ne sont pas suffisamment granulaires, ce qui limite l’évaluation de leur adéquation. Enfin, bien que la gouvernance climatique soit intégrée, le lien entre rémunération des dirigeants et performance ESG pourrait être renforcé.
Vinci : des progrès, mais des incertitudes technologiques
Vinci a défini des objectifs de réduction des émissions pour 2030, mais ces cibles manquent de clarté à long terme. Le rapport souligne que les leviers de décarbonation reposent sur des technologies encore immatures, ce qui introduit des risques importants. De plus, les émissions verrouillées, liées aux infrastructures comme les autoroutes et aéroports, ne sont pas suffisamment détaillées. Enfin, bien que la gouvernance climatique soit en place, les incitations financières pour les dirigeants restent limitées, ce qui pourrait freiner la dynamique de transition.
Air Liquide : une stratégie ambitieuse, mais des défis technologiques
Air Liquide a structuré des objectifs de réduction des émissions validés par le SBTi, mais ces cibles ne sont pas alignées sur une trajectoire 1,5∘C1,5∘C. Le rapport met en avant les défis liés à la maturité des technologies de décarbonation, notamment pour les Scopes 1 et 2. Cependant, l’entreprise se distingue par une forte indexation de la rémunération de ses dirigeants sur les performances ESG, ce qui constitue un levier d’incitation puissant. Enfin, Air Liquide a émis une obligation verte de 500 millions d’euros pour financer sa transition, mais des précisions supplémentaires seraient nécessaires pour évaluer la faisabilité de ses plans.
Les Ressources
- le rapport du WWF CSRD au-delà des chiffres – notes sur les 1ers plans de transition climat
- Le rapport annuel Sanofi
- Le rapport annuel Vinci
- Le rapport annuel Air Liquide
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