| La haute mer, vaste territoire océanique au-delà des juridictions nationales, est à la fois un sanctuaire de biodiversité et un pilier du climat mondial. Pourtant, elle est menacée par des activités extractives destructrices. Cet article plaide pour une interdiction totale et permanente de toute exploitation en haute mer — pêche, extraction minière, forage pétrolier — au nom de la stabilité planétaire, de la justice intergénérationnelle et de la préservation des communs. Une proposition radicale, mais scientifiquement fondée et politiquement urgente. |
(Plaidoyer pour les océans) – L’océan profond, pilier invisible de la stabilité planétaire
En quelques mots : La haute mer, vaste territoire océanique au-delà des juridictions nationales, est à la fois un sanctuaire de biodiversité et un pilier du climat mondial. Pourtant, elle est menacée par des activités extractives destructrices. Cet article plaide pour une interdiction totale et permanente de toute exploitation en haute mer — pêche, extraction minière, forage pétrolier — au nom de la stabilité planétaire, de la justice intergénérationnelle et de la préservation des communs. Une proposition radicale, mais scientifiquement fondée et politiquement urgente.
Introduction – Un appel à l’interdiction totale
La haute mer, qui couvre 43 % de la surface terrestre et représente deux tiers de la biosphère en volume, est exploitée depuis des siècles sans cadre de gouvernance global. Moins de 1 % de cette immensité est protégée. Le Traité des Nations Unies sur la haute mer, adopté en 2023, vise à combler ce vide, mais sa ratification est lente — seuls 28 pays l’ont validé à ce jour sur les 60 requis. Pendant ce temps, la pêche industrielle, l’exploitation minière des grands fonds et les projets pétroliers menacent d’irréversibles bouleversements écologiques. Les auteurs lancent un plaidoyer : interdire toute extraction, sans attendre.
La haute mer, puits de carbone et matrice de vie
La haute mer n’est pas un désert liquide : c’est un moteur biogéochimique. Elle abrite une mégafaune migratrice — cétacés, thons, tortues, requins — et joue un rôle central dans le cycle du carbone via deux mécanismes : la pompe biologique et la pompe à nutriments. Les migrations verticales quotidiennes des espèces mésopélagiques (200 à 1 000 m de profondeur) permettent de séquestrer du carbone en profondeur. Sans ce mécanisme, le CO₂ atmosphérique serait supérieur de 200 ppm, et la température globale de 3 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
Mais cette pompe est affaiblie par des siècles d’exploitation : la chasse à la baleine, la pêche au thon, au calmar, au requin, ont appauvri les populations et rompu les cycles écologiques. La mégafaune, en remontant à la surface, fertilise les couches supérieures de l’océan. Sa disparition compromet la productivité marine et la régulation climatique.
La pêche en haute mer : destructrice, subventionnée, inutile
La pêche hauturière, bien que spectaculaire, est marginale : elle représente moins de 6 % des captures mondiales, essentiellement destinées aux pays riches. Elle est économiquement non viable sans subventions massives — 4,2 milliards de dollars en 2014 pour des bénéfices nets estimés entre 3,8 et 5,6 milliards. Pire : elle repose souvent sur des pratiques abusives, voire esclavagistes.
Les impacts écologiques sont dévastateurs : prises accessoires massives (oiseaux, tortues, requins), destruction des habitats, pollution par les dispositifs de concentration de poissons (DCP), dont 90 % sont abandonnés en mer. La désoxygénation des océans, due au réchauffement, pousse les espèces vers la surface, les rendant plus vulnérables à la capture. Fermer la haute mer à la pêche permettrait aux stocks de se reconstituer et bénéficierait aux zones économiques exclusives (ZEE), où la gouvernance est plus robuste.
L’exploitation minière des grands fonds : un saut dans l’inconnu
L’exploitation minière en haute mer n’a pas encore commencé, mais elle est activement promue par certains États et entreprises, avec la complicité de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), à la fois juge et partie. Le processus réglementaire est précipité, opaque, et miné par les conflits d’intérêts. Le décret signé en avril 2025 par Donald Trump, encourageant les entreprises américaines à contourner le droit international, illustre cette dérive.
Les promesses de l’industrie — ressources pour la transition verte, impacts faibles, réduction de l’exploitation terrestre — sont contestées. Les ressources sous-marines sont dispersées, de faible qualité, et leur extraction libérerait du carbone stocké depuis des millénaires. Les impacts seraient irréversibles : disparition d’habitats, sédimentation, désoxygénation. Les normes environnementales minimales ne peuvent être respectées avec les technologies actuelles. Le principe de précaution s’impose.
Conclusion – Une mobilisation à la hauteur de l’Antarctique
L’histoire humaine est jalonnée de destructions irréfléchies. Mais la haute mer offre une opportunité rare : prévenir plutôt que guérir. La perte de 95 % des tortues luth du Pacifique en 25 ans montre la vitesse du déclin. Les ajustements progressifs ne suffisent plus. Il faut une décision claire, radicale, irréversible : sanctuariser la haute mer.
Cette protection n’entraverait ni la navigation, ni la recherche scientifique, ni les loisirs. Elle offrirait au contraire un bénéfice planétaire, à l’image du Traité sur l’Antarctique des années 1950. Il est temps de réitérer cet acte de sagesse collective.
Définitions
- Pompe biologique et pompe à nutriments : mécanismes essentiels de séquestration du carbone par la faune mésopélagique.
- Traité des Nations Unies sur la haute mer (2023) : cadre juridique pour protéger les eaux internationales.
- Autorité internationale des fonds marins (AIFM) : institution controversée, à la fois promotrice et régulatrice de l’exploitation minière.
- DCP dérivants : dispositifs de pêche massive, responsables de captures accidentelles et de pollution.
- Désoxygénation océanique : perte de 2 % d’oxygène en 50 ans, aggravée par le changement climatique.
La ressource
- L’article en forme de plaidoyer scientifique Why we should protect the high seas from all extraction, forever
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