✴️ Mon invitation à lire ce rapport exceptionnel
La défense, dans son sens classique, cherche à repousser un ennemi. C’était une menace identifiable, localisable, affrontable. Mais aujourd’hui, les menaces ne franchissent plus les frontières, elles les dissolvent. Et ces menaces sont également créées par le dépassement d’autres frontières, celles des limites planétaires dont nous nous affranchissons chaque jour plus : le changement climatique, la perte de biodiversité, la pollution, le manque d’eau, l’effondrement des sols. C’est aussi la saturation des esprits, les technologies mal orientées, comme l’intelligence artificielle, qui sous couvert de solution (potentielle), accélèrent les menaces — sur le climat, sur la démocratie, sur la vérité. Certes géopolitiques par conséquence, les menaces sont en réalité à leur source écologiques, sociales, technologiques, et enfin cognitives. Elles émergent de nos propres systèmes, de nos dépendances, de nos aveuglements, de nos excès.
Vous comprendrez pourquoi la lecture de ce rapport m’a profondément marqué. Au lieu d’une analyse des menaces et des figures de défense, ce rapport permet de dessiner une posture, celle que nous devons adopter face aux défis du siècle. La posture défensive classique n’est plus d’actualité. C’est bien d’une posture de résistance et de transformation dont nous avons besoin.
Ce rapport, il parle ainsi en réalité de résilience systémique. Il montre que se défendre, c’est aussi cultiver. C’est relier les savoirs, les corps, les récits, les territoires. C’est faire société autrement. Les personnages du rapport ne sont pas des héros, ils sont l’incarnation des acteurs de la transition. Ils nous montrent que la défense du vivant, de la vérité, de la souveraineté, passe par des gestes ordinaires, des liens faibles, des récits lucides. Ils incarnent une écologie de la vigilance, une démocratie du soin, une technologie du discernement.
Mon espoir: que chacune et chacun d’entre nous s’approprie ce texte, et en fasse un outil de déploiement de la transformation environnementale, sociale, écologique, et personnelle.
| En quelques mots: « Qui nous défendra demain ? En dehors de l’armée », ce magnifique rapport concocté par le collectif « Le coup d’après » pour la Suisse ne parle pas en réalité que de défense. Il parle de ce que nous voulons préserver. De fait, il ne propose pas de doctrine militaire en propre, mais une cartographie des vulnérabilités systémiques : sociales, écologiques, technologiques, cognitives. Et puis l’ennemi n’est pas désigné, ce sont les failles qui le sont, celles dans lesquelles les menaces s’insinuent. C’est un fantastique travail prospectif qui opère un déplacement radical : Il faut passe la guerre d’un événement à un système. Elle se manifeste dans la désinformation, dans la dépendance technologique, dans la perte de biodiversité, dans la fatigue mentale, dans les ruptures d’approvisionnement. Ce n’est plus à la frontière qu’elle commence, elle s’insinue partout: dans les récits, les corps, les infrastructures, les imaginaires. Face à cette conflictualité diffuse, le rapport propose une défense distribuée, incarnée, territorialisée. Il donne à voir des figures civiles de la résilience – Roberta, Naïm, Camille, Élisa, Luca, Karin, Thomas, Claudio – qui ne portent pas d’uniforme, mais pourtant défendent. Ils défendent la continuité du vivant, la souveraineté cognitive, la dignité des liens, la vérité des récits, la capacité à se nourrir, à comprendre, à décider. Le rapport concerne la Suisse, mais il est universel. Il parle à toutes les sociétés confrontées à l’effondrement des repères, à la montée des menaces hybrides, à la nécessité de repenser la sécurité comme un projet de société. Il propose de cultiver une souveraineté vivable, fondée sur l’interdépendance, la justice, la lucidité et le soin. |
La ressource
🔗 Qui nous défendra demain, en dehors de l’armée par Le Coup d’Après pour ArmaSuisse
Sommaire
Introduction
La guerre d’aujourd’hui commence avec des ruptures.
Il fut un temps où la guerre se reconnaissait à ses bruits : le fracas des armes, les bottes sur le pavé, les sirènes dans la nuit. Aujourd’hui, elle infiltre les récits, les flux logistiques, les serveurs, les sols épuisés, les esprits saturés. Elle ne surgit plus uiniquement aux frontières, mais dans les interstices de nos vulnérabilités. La guerre est devenue un système. Et sa défense, une affaire collective.
Ce rapport prospectif commandité par armasuisse puise sa force dans le fait de déplacer le regard, refuser les réflexes sécuritaires classiques, et poser une question fondamentale : « Qui nous défendra demain, en dehors de l’armée ? ». Car dans un monde où les menaces ne sont plus seulement militaires mais écologiques, sociales, cognitives, technologiques, la réponse doit être systémique, distribuée, incarnée.
La défense comme écologie de la résilience
Ce texte ne parle pas de RSE. Et pourtant, il interroge la capacité d’une société à tenir ensemble face aux chocs — climatiques, géopolitiques, informationnels. Il explore les rôles que peuvent jouer les citoyens, les entreprises, les collectivités, les infrastructures critiques, les institutions éducatives et scientifiques dans la construction d’une résilience nationale. Ce n’est pas pour repousser une invasion, mais pour préserver les conditions d’une souveraineté vivable, de maintenir la continuité d’un projet commun, de protéger les ressources vitales.
Dans cette perspective, la défense devient une écologie du lien : entre territoires, entre générations, entre savoirs. Elle mobilise des compétences diffuses, des solidarités invisibles, des intelligences collectives. Elle suppose une vision partagée, une lucidité sur le monde qui vient, et une capacité à penser l’impensable, comme le disait Foch.
Des menaces hybrides, des réponses hybrides
Les auteurs cartographient 28 menaces, dont certaines résonnent puissamment avec les crises que la RSE cherche à adresser : chute de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles, hausse des mouvements de population, dégradation de la santé mentale, manipulation cognitive, perte de souveraineté technologique, fractures sociales, désindustrialisation, pression normative, guerre de l’attention…
Et il ne s’agit absolulement pas d’abstractions. Les menaces sont déjà là, latentes ou avérées, et elles s’agrègent, se renforcent, se combinent. Elles ne relèvent pas d’un ministère, mais d’un corps social tout entier. Et c’est là que la défense, dans son sens élargi, rejoint les préoccupations de la RSE : comment préserver les conditions d’une vie digne, autonome, soutenable, dans un monde instable ?
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