| ✴️ En quelques mots : Avant de vous livrer ma synthèse de ce rapport, il faut que je dise quelque chose. Quelque chose de personnel qui me semble essentiel. J’ai un parcours riche, cohérent, traversé par des responsabilités, des engagements, des réussites. Un parcours qui, dans un monde rationnel, devrait inspirer confiance, respect, curiosité. Et pourtant, à mesure que les années passent, je découvre une étrange mécanique : plus mon expérience s’étoffe, plus elle semble me disqualifier. Le jeunisme est un virus discret mais tenace qui s’est incrusté dans les pratiques de recrutement. Il n’est pas toujours frontal, rarement assumé, mais il est là, dans les silences, les « profils plus dynamiques », les « besoins d’agilité ». Celles et ceux qui me connaissent savent à quel point c’est absurde. Mais revenons au sujet de ce rapport : c’est d’autant plus absurde que le rapport de l’OCDE que je vais vous présenter démontre, chiffres à l’appui, que les seniors en bonne santé sont une des clés majeures pour éviter l’asphyxie économique des prochaines décennies. Entre les constats lucides des économistes et les réflexes pavloviens des recruteurs, il y a un gouffre. Et ce gouffre, je le connais. Je le vis. Alors oui, cette synthèse parlera de démographie, de productivité, de politiques publiques. Mais elle parlera aussi, en creux, de cette hypocrisie latente qui consiste à célébrer les seniors dans les rapports, tout en les écartant dans les CV. Je vous invite donc à lire avec attention ce rapport déterminant pour la compréhension du fait qu’une politique de simplification, de compétitivité et de croissance ne sera que veux pieux sans reconsidération rapide des préjugés, qu’ils concernent les seniors, les femmes comme les migrants. |
La ressource
🔗 Perspectives de l’emploi – Pouvons-nous surmonter la crise démographique – par l’OCDE
Sommaire
Le grand retournement silencieux
Le vieillissement démographique, longtemps relégué derrière les urgences climatiques ou les soubresauts géopolitiques, s’installe comme une force tectonique décisive. L’édition 2025 des Perspectives de l’emploi de l’OCDE en prend la pleine mesure : la pénurie d’emplois inquiète moins que celle de main-d’œuvre.
À partir de 2025, la population d’âge actif commence à décroître dans la majorité des pays de l’OCDE. Ce basculement, anticipé depuis des années, devient réalité. Et avec lui, une équation inédite : comment maintenir la croissance économique, la cohésion sociale et les niveaux de vie dans des sociétés où les actifs se raréfient et les retraités se multiplient ?
2025 marque le début d’une ère où la population d’âge actif commence à décroître dans la majorité des pays de l’OCDE. Les démographes ne seront pas surpris, mais c’est une onde de choc pour les politiques publiques. D’ici 2060, cette population aura chuté de 8 % en moyenne, et de plus de 30 % dans un quart des pays. En parallèle, le taux de dépendance des personnes âgées grimpe en flèche : 52 % en 2060, contre 31 % aujourd’hui. En Corée, en Espagne, en Italie, il dépassera les 70 %. Ce n’est plus une question de vieillissement, c’est une question de soutenabilité.
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Une croissance sous anesthésie
Si rien n’est fait, la croissance du PIB par habitant pourrait ralentir de 40 % d’ici 2060 passant de 1 % par an (2006–2019) à 0.6 % (2024–2060). Pas par manque d’innovation ou de capital, mais parce que le moteur humain cale.
Ce ralentissement menace la soutenabilité des systèmes sociaux, exacerbe les tensions intergénérationnelles et fragilise les équilibres politiques. Produire plus ne constituera plus la solution, il faudra produire autrement, avec moins de bras mais plus d’intelligence – humaine et artificielle.
Les viviers oubliés
Face à cette impasse, le rapport propose une stratégie de mobilisation. Car des ressources existent, souvent sous-utilisées, parfois négligées : les seniors en bonne santé, les femmes, les immigrés, les jeunes en décrochage. Ce sont eux, les « réserves stratégiques » du marché du travail.
Les seniors, d’abord. Ils sont la grande réserve oubliée. L’espérance de vie dépasse les 80 ans, et 70 % des années gagnées sont vécues en bonne santé. Pourtant ils quittent le marché du travail trop tôt, l’emploi chute après 60 ans. En Islande, 77 % des 60–64 ans travaillent ; au Luxembourg, seulement 25 %. En abaissant le taux de départ à la retraite au niveau des pays les plus performants, certains pays pourraient gagner jusqu’à 0.4 point de croissance annuelle du PIB par habitant. Mais cela suppose de repenser le travail : lutter contre l’âgisme, adapter les postes, valoriser l’expérience. L’OCDE plaide pour une retraite flexible, une lutte contre l’âgisme, une formation continue, une adaptation des postes.
Les femmes, ensuite. L’écart d’emploi, de rémunération, de temps de travail et de qualité d’emploi entre les sexes se sont réduits, mais restent significatifs. Trop souvent cantonnées au temps partiel subi ou au travail non rémunéré, les femmes représentent un potentiel immense. Réduire ces écarts pourrait compenser la moitié du ralentissement prévu de la croissance. À condition de transformer en profondeur les politiques familiales, salariales et éducatives.
Les immigrés. Leur contribution est déjà essentielle dans les secteurs en tension. Mais pour qu’elle devienne structurante, il faut dépasser les seuils historiques d’immigration nette, tout en garantissant l’accès au logement, à l’éducation, aux services publics. Une gageure politique, mais une nécessité économique. Et surtout, il faut contrer cette impression des sociétés occidentales d’envahissement, populisme allant à l’encontre des intérêts économiques.
Les jeunes en décrochage enfin . Dans neuf pays, plus de 15 % des 15–29 ans sont sans emploi et hors du système éducatif. C’est un gâchis. L’OCDE appelle à des politiques de deuxième chance, à des transitions école-travail fluides, à une revalorisation de l’éducation.
Le piège des compétences figées
Alors que les emplois évoluent, les compétences des travailleurs seniors stagnent. L’écart avec les jeunes est important : −12 % en littératie, −10 % en numératie. Et pourtant, seuls 33 % des 60–65 ans suivent une formation, contre plus de 50 % des 25–44 ans. Ce déficit d’investissement dans les compétences est un frein majeur à l’employabilité et à la mobilité professionnelle.
Il faut former mais aussi créer une culture de l’apprentissage tout au long de la vie. Cela passe par des comptes individuels de formation, des dispositifs de reconnaissance des acquis, et une revalorisation du savoir expérientiel.
La mobilité, nerf de la productivité
Le vieillissement ne ralentit pas seulement la croissance, il fige aussi les trajectoires. Les seniors changent moins souvent d’emploi, réagissent moins aux écarts de salaires ou de productivité. Résultat : la réallocation vers les entreprises les plus performantes s’affaiblit, et avec elle, la dynamique de croissance. Entre 2000 et 2060, la baisse de la mobilité pourrait coûter 0.13 point de croissance annuelle des salaires et 0.10 point de productivité.
Pour y remédier, il faut fluidifier les transitions : orientation professionnelle, assurance salaire, réforme des clauses de non-concurrence, politiques de logement adaptées. La mobilité ne doit pas être un privilège de jeunesse, mais une possibilité offerte à tous les âges.
Un marché du travail en mutation
Malgré les tensions, les marchés du travail restent résilients. Le taux d’activité atteint un record (76.6 %), le chômage reste bas (4.9 %), et les salaires réels repartent à la hausse (+2.5 % en moyenne). Mais les inégalités persistent : les salaires minimums ont progressé (+7.9 %), compressant la distribution salariale, tandis que les profits unitaires reculent, signe d’un rééquilibrage post-inflation.
Le temps partiel, lui, évolue : sa part reste stable (17.6 %), mais sa nature change. Le volontaire progresse, l’involontaire recule. Une transformation silencieuse, révélatrice d’un pouvoir de négociation accru des travailleurs.
Et maintenant ?
Le rapport propose donc des leviers et un changement de regard. Le vieillissement n’est pas une fatalité, mais une transition. Il peut être subi ou accompagné, ignoré ou anticipé.
Mobiliser les seniors, les femmes, les jeunes, les immigrés, ce n’est pas seulement une stratégie économique. C’est un choix de société. Celui de l’inclusion, de la reconnaissance, de la solidarité intergénérationnelle. Celui d’un avenir où la croissance ne se mesure pas seulement en points de PIB, mais en qualité de vie, en dignité, en capacité à faire société.
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