| En quelques mots: En 1972, le rapport The Limits to Growth du Club de Rome sonnait l’alarme : l’humanité, ivre de croissance, risquait de buter contre les limites écologiques de la planète. Un demi-siècle plus tard, l’Europe découvre que ses sols, ces peaux vivantes de la Terre, sont malades : 60 à 70 % d’entre eux, dégradés par l’agriculture intensive, peinent à nourrir les générations futures. Pourtant, dans les marges du système, l’agriculture régénérative, concept aussi prometteur que flou, apparait de plus en plus comme une réponse possible à une équation impossible : produire plus, polluer moins, et redonner à la terre ce qu’on lui a pris. Le Comité économique et social européen (CESE), dans un avis publié en juin 2025, en fait le pari d’une réconciliation entre l’humain et son milieu, stratégie de résilience systémique, fondée sur des indicateurs mesurables, des alliances transsectorielles et une redéfinition du rôle de l’agriculteur comme restaurateur de cycles vitaux. Cet avis dessine les contours d’une agriculture qui aspire à réparer, à relier, à refonder. Il regarde les défis colossaux derrière cette révolution: comment mesurer la régénération ? Comment financer la transition ? Et surtout, comment convaincre une Europe encore accrochée à ses vieilles recettes productivistes ? |
Les ressources
🔗 L’avis du CESE L’agriculture régénérative au service d’une meilleure production alimentaire durable
🔗 Ajoutons cette note du Ministère de l’Agriculture d’Août 2025 – Une prospective à 2040 pour l’agriculture biologique française
Sommaire
Un changement de paradigme agricole : de la durabilité à la régénération
L’agriculture régénérative dépasse la logique de maintien pour embrasser celle de la restauration. Elle rompt avec la logique extractiviste qui a dominé l’Holocène pour embrasser une vision où le sol n’est plus un substrat inerte, mais un organisme vivant, un allié. Le CESE propose une définition ambitieuse : une approche « adaptative et globale », fondée sur des résultats mesurables – santé des sols, captation du carbone, biodiversité – plutôt que sur des pratiques imposées.
Pourtant, l’Union européenne, malgré ses ambitions climatiques, peine à aligner ses politiques sur cette nouvelle donne. La Politique agricole commune (PAC) reste largement aveugle aux bénéfices systémiques de la régénération. Elle perpétue même souvent des incitations perverses, récompensant la quantité plutôt que la qualité.
Le CESE propose de refonder les subventions, les indicateurs, les contrats. Et vite. Car dans les exploitations pionnières, les rendements peuvent augmenter de 15 % tout en réduisant de 23 % l’usage d’azote synthétique et de 75 % la consommation de carburant. La preuve que productivité et écologie ne sont pas antagonistes — à condition d’accepter de jouer le long terme.
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