| Le rapport TRAMe2035 de l’IDDRI étudie les conditions d’une transition alimentaire durable en France à l’horizon 2035. À travers une méthodologie innovante et une analyse détaillée des pratiques alimentaires de 12 groupes sociaux, l’étude propose des trajectoires de changement réalistes et ambitieuses. Le rapport met en avant l’importance des environnements alimentaires et des politiques publiques dans la mise en œuvre de cette transition, tout en respectant la diversité sociale et les aspirations individuelles. |
Le rapport TRAMe2035, publié en février 2025 par l’Iddri et l’I4CE, explore les conditions d’une transition vers une alimentation durable en France à l’horizon 2035. Ce travail, fruit de quatre années de recherche multidisciplinaire, se concentre sur l’évolution des pratiques alimentaires, avec une attention particulière à la consommation de viande. Le rapport s’inscrit dans une démarche plus large visant à transformer le secteur des viandes françaises, de l’amont à l’aval, en articulant les évolutions de l’offre et de la demande.
L’Iddri, un think tank indépendant, et l’I4CE, un institut de recherche à but non lucratif, ont collaboré avec de nombreux acteurs pour proposer des analyses et des trajectoires de changement. Le rapport s’appuie sur une méthodologie innovante, combinant sociologie, modélisation quantitative et étude des politiques publiques, pour décrire les trajectoires de transition alimentaire de 12 groupes sociaux représentatifs de la population française.
Pourquoi un scénario sur la demande alimentaire ?
L’alimentation actuelle génère des problèmes de santé publique, sociaux et environnementaux. La nécessité d’une transition vers une alimentation durable est indéniable. Cependant, les conditions de mise en œuvre de cette transition sont moins étudiées et font davantage débat. Le scénario TRAMe2035 vise à montrer que cette transition est possible et à explorer les conditions de sa mise en œuvre. La consommation de viande, en particulier, est un enjeu central, tant sur le plan environnemental que sanitaire et socio-économique.
Le rapport met en avant l’importance des environnements alimentaires (physiques, économiques, socio-culturels et cognitifs) dans le façonnement des pratiques alimentaires. Ces environnements, largement façonnés par les acteurs publics et privés, sont des déterminants majeurs de la demande alimentaire. Le rapport propose une trajectoire à horizon 2035, décrivant comment les pratiques alimentaires peuvent évoluer en cohérence avec les enjeux environnementaux, de santé et les aspirations d’une diversité de groupes sociaux.
Une méthode innovante au service de TRAMe2035
Le scénario TRAMe2035 repose sur une méthodologie originale, couplant sociologie, modélisation quantitative et étude des politiques publiques. Cette méthodologie aboutit à trois résultats principaux :
- Une typologie de 12 groupes sociaux représentatifs de la société française.
- Des socio-récits décrivant leurs trajectoires de changement entre 2023 et 2035.
- Les quantités de viandes consommées en 2035.
La méthodologie repose sur trois outils clés :
- Un cadre sociologique inspiré de la théorie des pratiques.
- Un inventaire de plus de 50 changements dans les environnements alimentaires.
- Un calculateur conçu pour modéliser quantitativement l’évolution de la consommation de viande entre 2023 et 2035.
Résultats : un déclenchement possible à horizon 2035
Le scénario TRAMe2035 montre qu’une évolution significative des pratiques alimentaires, incluant une baisse de la consommation de viande, est possible pour tous les groupes sociaux. Les 12 socio-récits décrivent des trajectoires spécifiques pour chaque groupe, en tenant compte de leurs pratiques actuelles et de leurs aspirations. Cette approche permet de dépasser l’image d’un individu moyen pour représenter la société française dans sa complexité.
Le scénario aboutit à une diminution de la consommation moyenne de viande de 15 % entre 2023 et 2035. Cette trajectoire globale résulte de la somme des trajectoires spécifiques des 12 groupes sociaux, avec des diminutions allant de 4 % à 36 % selon les groupes. Cette réduction aboutit à 74 kg de viande disponibles en moyenne par personne et par an en 2035, soit un peu plus que la moyenne actuelle de l’Italie.
Quatre types de trajectoires
Le rapport identifie quatre grandes trajectoires d’évolution des pratiques alimentaires des groupes sociaux :
- Affirmation : Groupes avec un niveau élevé de prédisposition à l’alimentation durable et un niveau de contrainte moyen. Ces groupes réduisent leur consommation de viande de manière significative, influencés par la végétalisation de l’offre alimentaire et l’évolution des normes sociales.
- Mise en route : Groupes avec un niveau de contrainte variable mais globalement moyen. La viande est importante dans leurs habitudes alimentaires pour des raisons de praticité, habitude, tradition et plaisir. Leur trajectoire de transition est marquée par une familiarisation progressive à des pratiques qui se normalisent.
- Ouverture des possibles : Groupes avec un niveau de contrainte élevé et un niveau de prédisposition bas. Le relâchement de la contrainte financière et l’évolution de l’offre des lieux qu’ils fréquentent sont centraux dans leur trajectoire.
- Mise en cohérence : Groupes avec un niveau de contrainte faible et un niveau de prédisposition élevé. Ces groupes réduisent leur consommation de viande de manière significative, influencés par des préoccupations environnementales et de santé.
Une stratégie et un programme d’action sur les environnements alimentaires
Le scénario TRAMe2035 montre que les environnements alimentaires sont des déterminants majeurs des pratiques alimentaires. La maxime renouvelée « quand on peut, on veut » illustre bien cette idée : c’est par la pratique, les gestes quotidiens et le cadre de vie que le changement apparaît. Le rapport propose une action cohérente, ambitieuse et atteignable sur les environnements alimentaires, en mobilisant des changements qui ont fait leurs preuves dans toutes les dimensions des environnements alimentaires.
Le rapport décrit des évolutions dans la distribution alimentaire, la restauration collective et commerciale, ainsi que des changements dans les normes socio-culturelles et les discours publics. Ces évolutions, bien que mineures prises individuellement, forment un système cohérent qui peut induire des changements significatifs dans les pratiques alimentaires.
Conclusion
Le rapport TRAMe2035 ouvre la voie à une transition alimentaire durable en France. En explorant les conditions sociales de mise en œuvre d’une trajectoire de réduction de la consommation de viande, il montre que cette transition est non seulement possible, mais aussi compatible avec les enjeux environnementaux et de santé. Les résultats du scénario, bien que contrastés entre les groupes sociaux, montrent que l’ensemble de la société peut être embarqué dans cette transition, à condition de prendre en compte la diversité des pratiques et des aspirations.
Livret 2 – les socio-récits
Le Livret 2 du rapport TRAMe2035 se concentre sur les socio-récits de transition alimentaire pour 12 groupes sociaux représentatifs de la population française. Ces récits décrivent les trajectoires d’évolution des pratiques alimentaires de chaque groupe entre 2023 et 2035, en tenant compte des changements dans les environnements alimentaires et des dynamiques sociales spécifiques à chaque groupe. Voici une synthèse des principaux éléments abordés dans ce livret.
Les socio-récits : une approche innovante
Les socio-récits sont au cœur de la démarche TRAMe2035. Ils permettent de décrire les trajectoires d’évolution des pratiques alimentaires en combinant :
- Une analyse sociologique des représentations et pratiques actuelles de chaque groupe.
- Une modélisation des changements dans les environnements alimentaires (offre, prix, discours publics, etc.).
- Une projection des évolutions des pratiques alimentaires en réponse à ces changements.
Cette approche repose sur une méthodologie rigoureuse, combinant une revue de la littérature scientifique, des données quantitatives (comme celles de l’enquête INCA 3) et des analyses qualitatives. Les socio-récits permettent de rendre compte de la complexité des pratiques alimentaires et de leur évolution, tout en restant accessibles et compréhensibles.
Les 12 groupes sociaux étudiés
Le livret décrit les trajectoires de 12 groupes sociaux, représentant 92 % de la population française hexagonale. Ces groupes sont des idéaux-types, c’est-à-dire des simplifications permettant d’illustrer les dynamiques de transition alimentaire. Ils sont définis selon des critères socio-démographiques (revenus, diplômes, localisation, structure du ménage) et des caractéristiques spécifiques à leurs pratiques alimentaires.
Voici les 12 groupes étudiés :
- Familles aisées diplômées (12 % de la population)
- Familles urbaines modestes (9,2 %)
- Familles de classe moyenne rurales (8,1 %)
- Familles rurales modestes (5,1 %)
- Ménages aisés très diplômés (3,3 %)
- Familles de classe moyenne urbaines (9,4 %)
- Femmes seules (3,8 %)
- Hommes seuls (4,3 %)
- Étudiants et étudiantes (6,7 %)
- Séniors aisés (13,2 %)
- Séniors à faible niveau de revenu et de diplôme (4,7 %)
- Ménages aisés peu diplômés (12 %)
Les principaux leviers de la transition alimentaire
Les socio-récits mettent en lumière les leviers principaux qui influencent les pratiques alimentaires des différents groupes. Ces leviers incluent :
- L’évolution de l’offre alimentaire : développement de produits végétaux, amélioration de la qualité des produits transformés, essor des circuits courts et des magasins bio.
- Les politiques publiques : campagnes de sensibilisation, évolution des normes nutritionnelles, soutien à l’aide alimentaire.
- Les dynamiques sociales et culturelles : influence des réseaux sociaux, des médias, des influenceurs, et des interactions intergénérationnelles.
- Les contraintes économiques : impact de l’inflation, évolution des prix des produits alimentaires, rôle des minima sociaux et des aides financières.
Les quatre types de trajectoires alimentaires
Les trajectoires d’évolution des pratiques alimentaires des groupes sociaux peuvent être regroupées en quatre grandes catégories :
- Affirmation : Groupes avec un niveau élevé de prédisposition à l’alimentation durable et un niveau de contrainte moyen. Ces groupes réduisent leur consommation de viande de manière significative, influencés par la végétalisation de l’offre alimentaire et l’évolution des normes sociales.
- Exemple : Familles aisées diplômées, Ménages aisés très diplômés.
- Mise en route : Groupes avec un niveau de contrainte variable mais une prédisposition moyenne. Leur trajectoire est marquée par une familiarisation progressive à des pratiques alimentaires plus durables, qui deviennent des normes sociales.
- Exemple : Familles de classe moyenne urbaines, Étudiants et étudiantes.
- Ouverture des possibles : Groupes avec un niveau de contrainte élevé et un niveau de prédisposition bas. Le relâchement de la contrainte financière et l’évolution de l’offre alimentaire sont centraux dans leur trajectoire.
- Exemple : Familles urbaines modestes, Séniors à faible niveau de revenu et de diplôme.
- Mise en cohérence : Groupes avec un niveau de contrainte faible et un niveau de prédisposition élevé. Ces groupes réduisent leur consommation de viande de manière significative, influencés par des préoccupations environnementales et de santé.
- Exemple : Femmes seules, Ménages aisés peu diplômés.
Les pratiques alimentaires actuelles et leurs évolutions
Pour chaque groupe, le livret décrit :
- Les pratiques alimentaires actuelles : consommation de viande, de produits transformés, de fruits et légumes, etc.
- Les représentations et aspirations : rapport à l’écologie, à la santé, à la convivialité, etc.
- Les parcours de changement d’ici 2035 : évolution des fréquences et portions de consommation de viande, intégration de légumineuses, recours aux produits végétaux, etc.
Les trajectoires montrent que, bien que les pratiques alimentaires évoluent dans tous les groupes, les dynamiques et les motivations diffèrent selon les contextes socio-économiques et culturels. Par exemple :
- Les familles aisées diplômées réduisent leur consommation de viande en privilégiant des produits de qualité et en intégrant davantage de légumineuses.
- Les familles urbaines modestes bénéficient de l’évolution de l’aide alimentaire et des politiques publiques pour accéder à des produits frais et de meilleure qualité.
- Les étudiants et étudiantes sont influencés par les campagnes de sensibilisation et les évolutions de la restauration universitaire.
Les ressources
- Rapport TRAMe2035 – Scénario pour une Transition des Régimes Alimentaires des Ménages livret 1
- Rapport TRAMe2035 – Scénario pour une Transition des Régimes Alimentaires des Ménages livret 2 – les 12 socio-récits de transition alimentaire
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