CSRD – ESRS – Anatomie et état des lieux d’un système de durabilité européen en gestation – par l’EFRAG

En quelques mots : Le rapport « State of Play 2025 » d’EFRAG essaye de ne pas être un inventaire passif des premières déclarations de durabilité sous le CSRD. Et c’est plutôt réussi, en notant que l’EFRAG a largement utilisé l’aide de l’IA pour effectuer ses analyses. Et c’est le portrait brut d’un système en train de se chercher, entre rigueur normative et tâtonnements méthodologiques, qui est constitué. À travers l’analyse de 656 rapports issus de la première vague d’entreprises soumises aux ESRS, il montre une Europe du reporting ESG encore fragmentée, mais déjà traversée par des dynamiques puissantes. Trois standards – climat, salariés, gouvernance – dominent le paysage, tandis que des enjeux cruciaux comme la biodiversité, les droits humains ou les communautés restent marginalisés, souvent réduits à des mentions décoratives. Une tension importante apparait clairement entre la volonté de structurer un langage commun de la durabilité, et la réalité d’un reporting encore trop déclaratif, trop centré sur les parties prenantes internes, trop peu connecté aux impacts systémiques. Cela souligne aussi les premiers signes d’une maturité émergente : des plans climatiques validés, des cartographies d’impact plus fines, des politiques sociales enfin reliées à des indicateurs concrets. La question lancinante qui subsiste en fin de rapport: le reporting peut-il devenir un levier de transformation, plutôt qu’un exercice de conformité ? Pour cela, il faudra dépasser les silences statistiques, intégrer les voix oubliées, et faire du reporting un outil de gouvernance, d’innovation et de justice.

La ressource

🔗 State of play 2025 par l’EFRAG

Sommaire

Chapitre 1 – Executive Summary : Observations

Une cartographie des premiers pas dans l’ère ESRS
La mise en œuvre du CSRD permet d’entrevoir un panorama des pratiques émergentes en matière de reporting de durabilité, révélant les hésitations des entreprises, leurs audaces, et leurs angles morts dans l’application des normes ESRS. C’est donc ici une plongée dans les entrailles d’un système en gestation, où la rigueur normative côtoie la diversité des interprétations.

Structure et longueur : entre foisonnement et fragmentation
Le premier constat est celui d’une hétérogénéité formelle. Les rapports varient de 25 à 440 pages, avec une moyenne de 115 pages. Cette amplitude traduit moins une différence de maturité qu’une pluralité de styles : certains optent pour une narration dense, d’autres pour une approche plus schématique. Pourtant, derrière cette diversité, une ossature commune se dessine : la plupart des rapports suivent la structure ESRS, articulée autour des standards généraux et des thématiques ESG. Ce socle commun permet une comparabilité à haut niveau, mais les divergences réapparaissent dès qu’on plonge dans les données granulaires, où les formats et contenus varient largement.

Matérialité : une convergence autour de quelques piliers
La notion de matérialité, pierre angulaire du CSRD, révèle des dynamiques intéressantes. Seules 10 % des entreprises considèrent l’ensemble des 10 standards thématiques comme matériels. La majorité se concentre sur 4 à 6 standards, avec une convergence marquée autour de trois piliers : le climat (E1), les salariés (S1), et la conduite des affaires (G1). Ces trois thématiques sont jugées matérielles par plus de 90 % des déclarants. À l’inverse, des sujets comme les microplastiques, les droits des peuples autochtones ou le bien-être animal restent marginalisés, souvent relégués à des mentions anecdotiques.

Cette hiérarchisation des enjeux reflète-t-elle une réelle analyse de double matérialité ou une forme de conformisme stratégique ? Le fait que certains sous-thèmes soient jugés matériels par moins de 5 % des entreprises suggère une vision encore très sectorielle et peu systémique des interdépendances entre enjeux environnementaux et sociaux.

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